CHAPITRE XV. 20b
sont sur des points différents s'entendent avec sincérité, se coordonnent avec intelligence, et font pour ainsi dire partir leurs troupes d'un même pied pour arriver au but. Le Direcr toire n'a pas été assez heureux pour rencontrer cet esprit d'union. Jourdan, dont les formes ont l'air toutes bénignes et résignées, ne s'était point entendu avec Pichegru (ce n'est pas ici le moment d'examiner la question) ; il ne paraît pas s'entendre davantage avec Moreau. Celui-ci, commandant l'armée du Rhin, annonce que sa retraite a été nécessitée par celle de l'armée de Sambre-et-Meuse. Il se propose de reprendre sous peu de jours l'offensive. Jourdan, de son côté, a écrit de Weslhau que son armée n'aurait pas été forcée à la retraite si elle eût été assistée de la coopération de l'armée du Rhin. Ces deux armées, depuis leur formation, paraissent en général avoir été plus occupées de s'accuser que de se soutenir. Les germes de divisions semés parmi les généraux ne peuvent manquer d'être funestes à la patrie, si, indépendamment du mal qui doit en résulter pour la conduite des deux armées, les chefs doivent un jour se trouver immiscés dans les questions politiques, et y porter les conséquences de leurs haines premières commencées par la rivalité militaire.
Le ministre actuel de laiustice, Merlin, voudrait touiours séjour
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avoir dans ce nouveau département tout l'arbitraire dont il ^\fl^ jouissait à celui de la police. Merlin communique et présente au Directoire un rapport où il s'agit de revenir sur des jugements rendus et dé remettre en cause des citoyens acquittés : « C'est la raison d'Etat, dit-il, qui dicte la jurisprudence. » Merlin oublie que nous sommes arrivés au gouvernement constitutionnel. RewbcU éclate d'indignation contre la proposition de Merlin. Nous déclarons l'un et l'autre que nous nous opposerons à ce que des hommes acquittés soient remis en jugement pour la même cause. Le Directoire ne donne aucune suite à cette affaire.
Suivant toujours l'idée de faire jouer àKellermannun rôle
1"' et 2 Vendémiaire an V.
en opposition à Bonaparte, Carnot fait un éloge pompeux du vieil Alsacien, il le place parmi les plus grands généraux; s'il ne conserve pas le commandement de l'armée des Alpes, on lui doit en compensation au moins l'ambassade de Turin. Carnot au Comité de Salut public avait été moins favorablement prévenu en faveur de Kellermann, lorsque celui-ci fut compris sur une liste de traduction au Tribunal révolutionnaire remise à Fouquier, l'accusateur public, lorsqu'à cette époque Fouquier-Tinville me consulta, sur l'invitation de Robespierre. Je ne considérais Kellermann ni comme un grand capitaine ni comme un grand ami de la liberté : c'était à mes yeux un homme né subalterne, un caractère plus adroit et souple que fort et lier; mais je le croyais incapable de trahison, et je m'empressai de soustraire encore une victime à l'échafaud. Carnot, voyant les choses de plus haut que moi, et pouvant penser qu'il était politique que des têtes de généraux tombassent sur des échafauds, ne m'avait pas aidé à sauver Kellermann; il l'avait tout au plus rangé parmi ceux qui étaient l'objet de ses dédains pour ne pas croire que leur vie dût être un objet d'attention. Aujourd'hui il convient à Carnot de faire de Kellermann un grand homme.
La retraite de l'armée de Sambre-et-Meuse afflige le Directoire. Carnot en paraît abattu ; il se promenait à grands pas, la main sur le front, et disait : « Tout est perdu ». « Je pense, moi, lui dis-je, que rien n'est perdu quand on a à sa disposition les immenses ressources et l'énergie de la France républicaine; qu'il suffît de les savoir employer et diriger. Nous sommes aujourd'hui en possession d'une organisation militaire dont nous ne soupçonnions pas môme la possibilité lorsque la coalition menaçait la France et s'était déjà avancée à quarante lieues de Paris. Tous les grands cadres de la guerre sont formés; il n'y a plus qu'à en remplir quelques-uns et à suivre les errements tracés par la Révolu-