‹ Mémoires;Chapitre 115 sur 302 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

lion aux généraux qu'elle a créés sur le champ de bataille. Il ne faut que stimuler les faibles, les ranimer et les faire marcher en avant comme dans nos premières années. Je demande que le ministre de la guerre nous rende compte de la quantité de renforts qu'il a dû faire déjà arriver à l'armée de Sambre-et-Meuse; examinons ensuite avec attention et sang-froid quelle est vraiment la position oii Jourdan a laissé amener son armée, et nous prendrons un parti vigoureux, capable de la sauver »

Le Directoire adopte ma proposition.

Depuis que la scène de la Révolution a été ouverte aux ambitions, on a vu les hommes tourmentés de cette passion se reproduire sous diverses formes à toutes les époques, et suivre leur proie avec un acharnement qui a souvent été des plus funestes. L'un de ces hommes que la versatilité de leur conduite, unie à un certain caractère de perfidie, a fait écarter des affaires, voudrait s'y représenter aujourd'hui. C'est M. Rœ.derer. Le Directoire s'étant refusé à agréer les services de ce personnage, il ne savait comment pénétrer dans le gouvernement : il a pensé que le meilleur moyen, c'était de le renverser et de lui en substituer un autre. Dans ce but, il fait depuis quelque temps des brochures et des articles de journaux. Regardant la législature renforcée de nouveaux élus comme le point d'appui de son levier, il voudrait que dès ce moment le Directoire se crût ce qu'il appelle au niveau et en harmonie avec la législature qui sera renouvelée en praii^l prochain. La majorité des Conseils devant alors établir un nouveau système, il faut que le Directoire s'y résigne et s'y prépare d'avance. Ainsi, d'après le conseil obligeant de M. Rœderer, nous n'aurions rien de mieux à faire que de subir aussitôt les conséquences des élections prochaines que nous ne pouvons empêcher. Cette opinion de M. Rœderer se rapporte tout à fait à la conduiie que tient Carnot, et qui s'autorise d'autant plus de la nécessité oii

il se croit être de nous défendre des mouvements populaires et des conspirations récemment entreprises contre le gouvernement. Carnot s'enfonce tous les jours davantage dans ce système, que « les jacobins sont nos premiers, nos seuls ennemis, et que les fonctionnaires qui les poursuivent, ont droit à notre intérêt ». Carnot parvient à faire approuver la conduite du général Willot dans le Midi : « Il est, dit-il, bien vu des honnêtes gens ». En même temps Carnot veut qu'on destitue les administrateurs de l'Allier, dont quelquesuns sont des amnistiés, dit-il, par la loi de Brumaire, sur les faits relatifs à la Révolution. Il ne faut, selon Carnot, laisser en place aucun amnistié. Voilà le principe d'union et d'oubli déjà reconnu, compris et pratiqué comme on voudra qu'il le soit par la suite, dans une autre application.

Letourneur et Rewbell répondent à Carnot qu'ils ont des renseignements positifs sur le département de l'Allier; qu'on y vit tranquille et soumis aux lois. Si d'ailleurs on devait renvoyer à l'instant tous les fonctionnaires contre lesquels il existe des dénonciations quelconques, pouvons-nous perdre la mémoire de celles qui existent contre nous tous, contre les députés et contre les républicains? Si l'on prenait ce parti, 5 Vende- il ne subsisterait pas un patriote en place. Tel nous a été tout récemment présenté par Merlin lui-même, qui s'est trouvé exposé à de grandes accusations et que nous avons été forcés de soutenir des témoignages de notre satisfaction, pour ne pas le laisser succomber. Carnot dit que, pour l'exemple de Merlin, ce qui se réfèr.e à un pareil personnage n'a nullement autorité • dans l'opinion publique. « Et toi-même aussi bien que moi, lui répond Rewbell, crois-tu que nous ayons l'assentiment général? ».

Carnot et Letourneur paraissent plus agités qu'à l'ordinaire de tous les discours et les écrits des révolutionnaires et même des contre-révolutionnaires. La licence de la presse est poussée à un tel degré d'impudence, qu'il faut, selon eux,

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