‹ Mémoires;Chapitre 117 sur 302 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

nombre des exécutés est déjà assez considérable pour l'exemple, et qu'on pourrait en rester là. Letourneur répond qu'on veut sauver les coupables. Après discussion, le Directoire passe à l'ordre du jour. Tous les condamnés se sont au surplus accordés à déclarer qu'il n'y avait aucun des membres du gouvernement que leurs révélations aient pu compromettre.

Garnot fait lecture d'une lettre du général Willot : il pré- o et lo ventend qu'à Marseille les anarchistes se remuent; il lui faut an v. des forces pour les réprimer. Il se plaint qu'on ait admis au département le citoyen Manche, partisan de l'anarchie. Il dément les accusations portées contre les royalistes du Midi; il assure que ce parti n'existe pas; que les tribunaux et les autorités marchent dans la ligne constitutionnelle. Letourneur et Garnot parlent dans le sens de Willot, ils demandent la destitution des autorités soupçonnées d'anarchie. Rewbell et moi répondons à Willot. Je démontre par ma correspondance que c'est le royalisme protégé qui acquiert une influence dangereuse dans le Midi.

Les deux agents envoyés à l'Ile de France ont été expulsés de cette colonie. Ils sont admis. On voudrait approuver à l'instant leur conduite sur leur seule relation. Je demande l'ajournement jusqu'à ce que le Directoire ait d'autre part les renseignements nécessaires entre ses agents et ceux dont ils se plaignent.

Letourneur fait l'éloge du Journal de Paris, sans en excepter un article oii il est accusé ainsi que Garnot. Tous deux proposent d'accorder des encouragements aux propriétaires du journal, MM. de la Platière, Rœderer et Gorancez, et au poète Despaze, de Bordeaux, qui, après avoir fait des satires pendant les réactions, fait maintenant des panégyriques à l'honneur du pouvoir régnant. Il a composé une brochure intitulée les Cinq Hommes : on croirait que c'est une histoire, ce n'est qu'une flagornerie ignoble pour chacun de nous. Il résulterait de l'ouvrage de M. Despaze que nous avons, tous

cinq, tous les mérites, toutes les qualités, tous les talents et toutes les vertus. « Si je raisonnais selon mon amour-propre, dis-je à mes collègues, je ne devrais pas être moins flatté que vous des compliments de M. Despaze; mais si je croyais que cela méritât ce qu'il désire, de l'arg-ent, je lui en donnerais du mien et non de celui puisé au trésor public. Nous devons chacun faire nos affaires, et ne pas charger l'Etat de donner pour nous des récompenses aux flatteurs; c'est par le même principe que je crois devoir repousser la proposition de gratifier le Journal de Paris. Le public doit suffire à l'honneur et à la fortune des journaux. S'ils défendent véritablement la cause de la nation, ils en trouveront la récompense dans le nombre de leurs abonnés. Tous les négociants, banquiers ou pâtissiers de Paris n'auraient pas moins de droit que les journalistes à demander des encouragements, s'ils les sollicitaient de vous. Vous seriez les premiers à leur faire la réponse que je fais à M. Rœderer : « Agissez comme tous « les Ijonnêtes commerçants, faites bien ce que vous faites, « donnez bonne marchandise à vos pratiques : elles ne vous « manqueront pas. » Le Directoire rejette la proposition et passe à l'ordre du jour. Les journalistes trouveront leur salaire et leur récompense dans leurs œuvres.

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