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CHAPITRE XVI

Plusieurs lettres de différents ports dénoncent l'introduction de marchandises anglaises et l'apathie des autorités chargées de cette surveillance. Les pouvoirs administratifs du gouvernement me semblent suffire pour remédier au mal. Carnot pense qu'il faut de nouvelles mesures, même législatives. En conséquence il sera fait un message.

Il n'y a rien de tel qu'un mauvais choix dans une place importante pour tourmenter l'autorité qui ne sait point revenir sur une erreur, dans la crainte de l'avouer. Le commandement donné à Willot dans le Midi ne nous laisse pas un moment de repos. Nouvelle lettre de ce général : il se plaint que la municipalité de Toulon lui conteste le pouvoir de faire des proclamations; il l'accuse en conséquence de Jacobinisme. Carnot reproduit sa pro^ position de destituer les autorités. Rewbell et moi, nous renouvelons notre opposition à ces destitutions, si on ne les motive. On renvoie au ministre de la police générale pour faire un rapport.

Nous ne sommes pas quittes des dénonciations contre les anar chistes. Le ministre de la police apporte une déclaration signée Perrin Achard. Suivant ce délateur, il aurait été résolu, dans un cabaret, rue de Vaugirard, que Drouet, Robert Lindet, Méaulle, Thuriot, Duhem formeraient un Comité insurrectionnel; qu'on tuerait d'abord les thermidoriens Barras, Tallien, Legendre et Fréron; qu'on prendrait de la Constitution de 1793 et de celle de 1795 ce qui pourrait s'amalgamer. Ce travail serait offert dans le mois au peuple, qui l'accepterait. La terreur serait à l'ordre du jour. Les chefs seraient Cusset et Javogne. Je fais observer que Cusset et Javogne sont déjà fusillés, ce qui rend assez difficile l'exécution du complot dont ils se sont chargés. Je ne vois là qu'un résultat d'un vin bu sans discrétion; et je demande que le tout soit renvoyé au cabaret, désirant que la police puise désormais à meilleures sources.

Dans le même moment, on reçoit une lettre du général Foissac Latour, commandant le camp de Grenelle. Plusieurs condamnés lui ont fait signifier une protestation et solliciter un sursis. Il croit sa responsabilité compromise. L'ordre du jour est adopté sur le tout.

Letourneur et Carnot reviennent à leur proposition de remplacer le ministre Lacroix. Le remplaçant, ' Doulcet, n'ayant pu réussir, ils présentent aujourd'hui Barthélémy, notre ambassadeur en Suisse. Aucune décision n'est prise.

Les sapeurs du 10" régiment, en garnison à la Rochelle, qui ont 13 Vendoservi sous les ordres de Drouet, ont adressé une pétition en faveur an%^f de l'accusé. Merlin s'imagine qu'il y a là un crime à poursuivre : il nous lit naïvement contre les hardis pétitionnaires un rapport

14 Vendémiaire an V.

OÙ il ne conclut pas moins qu'à leur renvoi devant un conseil de guerre. Les âmes sans élévation, sans pitié sont sans intelligence : elles ne peuvent comprendre les mouvements des hommes généreux. LetoUrneur craint que cette trop douce mesure n'encourage à acquitter les terroristes; il opine pour la traduction devant la haute cour. Merlin lui répond que la loi s'y oppose. Alors il serait plus simple de laisser les sapeurs tranquilles avec leur pétition, qui n'est pas un crime. Le Directoire renvoie les sapeurs pétitionnaires seulement au conseil de discipline.

Le projet d'organisation définitive de la garde du Directoire, discuté dans plusieurs séances avec les ministres de la guerre et de l'intérieur, est adopté. Le secrétaire général du Directoire, Lagarde, dit ironiquement qu'on aurait dû « avoir égard dans cette organisation aux recommandations de Poultier, l'ami des lois ». C'était une manière de faire la cour aux ennemis de ce député. Tel est souvent le genre d'esprit de ceux à qui l'on n'en connaît point d'autre. Le Directoire rappelle à ses fonctions le secrétaire Lagarde.

15 Vendémiaire an V.

Le premier devoir et le plus fatigant travail des gouvernements nouveaux, c'est de s'occuper des changements de personnes. Toutes les passions sont en mouvement pour tromper ceux qui arrivent au pouvoir : les uns pour rester en place, les autres à leur tour pour y arriver, et plus qu'à l'ordinaire les intérêts se présentent comme des opinions. La tâche du Directoire est donc en ce moment des plus difficiles. Diverses administrations de département doivent être remplacées; les députations sont divisées sur les choix. Letourneur et Carnot disent comme à l'ordinaire : « Prends garde de nommer des anarchistes ». Rewbell répond comme à l'ordinaire : « N'écartez pas les républicains ».

La commission des finances du Conseil des Anciens est admise pour se concerter sur les propositions faites au Conseil à ce sujet. Barbé-Marbois ainsi que Lafont-Ladébat prennent occasion de cette réunion pour interpeller Rewbell d'une manière toute personnelle sur ce qu'ils appellent des nominations terroristes. Dupont de Nemours se met aussi à blâmer la conduite qu'a tenue le Directoire depuis son

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