CHAPITRE XVI
installation; il lui reproche d'avoir favorisé les Jacobins; il l'invite à faire une révolution d'opinion, à se rallier aux honnêtes gens, aux g^ens qui possèdent ainsi qu'aux bons écrivains, à ces journalistes incorruptibles, tels que lui, Dupont de Nemours, rédacteur en chef de V Historien et qui, attendu qu'il ne fait point ses frais, a sollicité du Directoire des « encouragements ». Après avoir eu la patience de laisser gourmander le Directoire jusqu'où cela a plu à ces messieurs, Rewbell les rappelle à la décence qu'ils ont oubliée et à l'ordre du jour, qui est la question des finances et qu'ils n'ont point abordée. J'avais été averti de plusieurs côtés de ce qui se passait en ce moment. Les députés avaient annoncé d'avance leur algarade à leurs amis, et ils s'étaient même vantés de nous insulter chez nous. Si ce n'eût été qu'une gasconnade isolée de tout complot, mais nous étions prévenus du dessein avoué par ces messieurs de paralyser la réforme du gouvernement par le refus des moyens nécessaires à sa marche, et mettre ainsi le Directoire dans l'embarras dont ils allaient être tout triomphants : et je ne peux contenir l'expression de ma mauvaise humeur, en voyant le rire sardonique dont ils accompagnaient leurs discours prémédités. Je leur dis : « Si nous n'étions pas ici chez nous, hommes inconsidérés, vous ne sortiriez pas par la porte ». Jugeant qu'il pourrait m'être aussi facile de le faire que de le dire, ces députés vitupérateurs ont aussitôt levé le siège.
Carnot, pendant cette scène, garda le silence; et comme si elle lui donnait une nouvelle autorisation à parler encore des anarchistes, il dénonce Thirion et Thuriot : ce sont deux anciens membres de la Convention nationale, ses collègues, qui, dans leurs fonctions actuelles, administratives comme judiciaires, n'ont pas donné lieu à un reproche qui puisse être caractérisé. On veut qu'il suffise du péché originel, et l'on oublie que ce péché est celui de nous tous!.., Carnot, qui avait cru la circonstance favorable pour faire prévaloir
son opinion malveillante, avait mal compté. Il reçoit des reproches très vifs et même amers de Rewbell, tout ému d'indignation contre les députés provocateurs du désordre. Il propose l'ajournement des destitutions demandées. Carnot réclame au moins celle du commissaire près le département de la Sarthe. Letourneur lui-même s'y oppose , il parle avec estime du commissaire. Carnot insiste : c'est, dit-il, un partisan de Robespierre. Je crois pouvoir faire remarquer que ce département de la Sarthe paraît marcher dans le meilleur esprit républicain; que les contributions s'y payent exactement. Je demande le renvoi au ministre de l'intérieur pour en faire un rapport. Carnot se résigne au rapport : il croit se justifier en disant que le Directoire ne doit pas hésiter à « livrer les Jacobins » s'il veut se ménager l'opinion publique.
Cochon voudrait se justifier des reproches que nous avons dû lui faire plusieurs fois de poursuivre avec une prévention particulière les patriotes qu'il appelle Jacobins, et de négliger singulièrement la surveillance que méritent les royalistes. Il nous apprend qu'il a fait acheter une Vie de Louis XVI, chez Louvet, qui tient un magasin de librairie au Palais-Royal; que cette Vie est écrite dans un esprit d'accusation contre les membres de la Convention qui ont jugé Louis XVI. C'est le cas de Cochon, qui est l'un des votants sans appel et sans sursis. Quoi qu'il semble que nous devions faire cause commune dans cette personnalité, nous croyons que le respect de la liberté de la presse doit être ici la règle de conduite. Le jour do l'histoire est arrivé pour Louis XVI et pour ses juges, nous n'en devons pas étouffer les débats. Puissions-nous rester assez maîtres de nous-mêmes pour continuer à tenir une conduite aussi haute et supérieure aux passions dont nous sommes assaillis!
La discussion sur le traité avec Naples est reproduite : Carnot a causé avec le prince Pignatelli; celui-ci lui a remis