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CHAPITRE XVI

La lettre de Bonaparte est blâmée ; celle de Garreau amène la proposition de la destitution. J'offre un moyen de conciliation : celui de distraire de l'armée d'Italie la division Willot, et de lui donner un successeur. Carnot adopte mon avis, mais il croit que, pour ne pas s'exposer à l'humeur de Bonaparte, il est à propos de lui écrire à ce sujet; que Letourneur et Barras, surtout ce dernier, pourraient le calmer. On exécuterait ensuite la mesure proposée.

Le Directoire, à la majorité de quatre, arrête qu'il sera formé un bureau central auquel serait atti-ibuée la représentation de citoyens capables d'exercer les fonctions publiques à la nomination du Directoire. Nous croyons avoir trouvé dans ce procédé un moyen d'échapper aux reproches faits contre nos choix par les deux partis. Car nous nous rappelons sans cesse que nous sommes le Directoire de la France entière, et non l'un des partis qui la divisent malheureusement encore : et quelle est l'administration militaire ou civile qui n'a pas besoin de cette impartialité?

Nous sommes informés que l'armée de Moreau, comme l'intérieur, est travaillée par des partis extrêmes. Elle a subi des destitutions injustes. Les remplaçants sont mal choisis. Il faut que le Directoire s'élève au-dessus de toutes les intrigues, pour prévenir les plus grands malheurs.

Conformément au traité d'armistice conclu avec le gouvernement de Rome, des caisses d'argent qu'il s'était engagé à fournir étaient parties et déjà rendues à Rimini. Nous sommes informés que le Pape les a fait rétrograder et rentrer dans Rome. Voilà le résultat des ménagements sans cesse invoqués en faveur d'une puissance infidèle à ses engagements. Rewbell et moi déclarons que si les conditions ne sont point exécutées, nous ne reconnaîtrons aucun traité avec le Pape.

Le ministre de la police a été chargé de presser les juge- 20 vendé-

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ments du conseil militaire qui condamne les individus arrêtes au camp de Grenelle. Les exécutions sont consommées, mais on nous rapporte une circonstance qui a suivi la dernière du 14 de ce mois, et que l'on ne peut apprendre sans frémir d'horreur. Un des condamnés, appelé Gagnant, secrétaire de Drouet, conduit sur la charrette fatale, s'en était échappé au moment où elle passait devant le théâtre Italien. Il était parvenu à se sauver et à se réfugier dans une maison voisine; c'était celle de son frère, sellier; il s'y était un moment dérobé

derrière les voitures renfermées sous les hangars. Les soldats de conduite, l'y ayant poursuivi et atteint, l'avaient frappé de coups de sabre, et l'avaient ramené et rejeté dans la charrette, couvert de sang. Le malheureux chantait encore :

Mourir pour la patrie, C'est le sort le plus doux, le plus digne d'envie,

puis il avait été fusillé. Je m'élevai avec toute l'indignation dont je suis capable contre cette scène de férocité : lorsque Cochon, pour qui toutes sortes de dénonciations sont bonnes et qui voudrait me faire sa cour en m'ofîrant de nouveau un plat de son métier, tire un rapport de sa poche où l'on dit qu'un nommé Piquet jeune, qui se prétend noble, se vante partout d'avoir, le 43 Vendémiaire, tiré plusieurs coups de carabine sur Barras, d'avoir tué plusieurs terroristes, et déclare que ledit Barras périrait bientôt de sa main. Je demande avec ironie au ministre : « Eh bien, citoyen Cochon, qu'est-ce que cela prouve? » Il comptait sur plus de reconnaissance de ma part.

Le Directoire a senti la nécessité d'une loi vigoureuse contre l'introduction des marchandises anglaises. Le message est fait; Carnot demande à l'examiner pour proposer quelques modifications. Après plusieurs jours, Rewbell et moi, nous réclamons le message. Carnot ne voudrait pas qu'il fût envoyé. Il croit connaître l'opinion des Conseils : elle n'est pas favorable à cette mesure. Le Directoire persiste; plusieurs jours s'écoulent; le message nous est enfin rendu, remis en délibération et adopté; Rewbell le rédigera.

L'infatigable et inépuisable ministre de la police possède encore dans son sac bien des documents renaissants contre les anarchistes : il arrive tout essoufflé, annonçant qu'un mouvement aura défmitivement lieu le 2o; que Drouet est rentré dans Paris pour y faire des enrôlements, et que Robert Lindet est toujours à la tête des agitateurs.

Personne n'a connu de plus près Robert Lindet que Carnot,

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