CHAPITRE XVI
son ancien collègue et collaborateur au Comité de Salut public. C'est un des hommes les plus inoffensifs, les plus laborieux dans son cabinet : on aurait pu le croire presque étranger à la politique, alors même qu'il se trouvait à sa tête par ses fonctions de membre du Comité de Salut public. Comment Carnot peut-il entendre accuser aussi injustement devant lui l'homme absent dont il devait être le premier à garantir l'innocence?
Pouvons-nous espérer de nous reposer un moment de toutes ces crises où le pouvoir arbitraire qu'on prétend nécessaire paraît toujours ajourner de plus en plus l'établissement de l'ordre légal? Quoique les exécutions des condamnés pour l'affaire de Grenelle soient consommées, on pourrait encore lui trouver une suite, et cette suite, que Cochon appelle « la queue », la voici. Ce sont les déclarations des condamnés contre les différents citoyens qui circulent dans Paris, et que la justice n'a pas eu le temps de prendre dans le premier moment : ne serait-il pas temps de revenir sur eux pour entretenir une terreur salutaire, et de lancer des mandats d'arrêt? Saisi de colère à cette proposition, je déclare m'opposer de toute ma force à cette mesure qui amènerait le jugement des individus qui ne furent pas arrêtés à Grenelle en flagrant délit. J'ai le bonheur de voir Carnot, cette fois, se ranger à mon opinion; il pense aussi qu'une pareille extension pourrait devenir très dangereuse, et compromettre grand nombre de citoyens qui sont en dehors de l'affaire. Cochon se retire sans avoir pu obtenir cette exécution d'arbitraire qui lui aurait si bien servi, non seulement pour entretenir la terreur, mais pour en assurer les effets et en goûter les jouissances.
Dans le moment de la retraite de Jourdan, le général
[.léber n'ayant pas voulu accepter le commandement en ^hef, le Directoire, qui pouvait faire de si beaux choix
)armi les brillants généraux divisionnaires de cette armée,
avait cédé aux intrigues de Beurnonville qui se prétendait le plus ancien général en chef, et qui réclamait une année active. On s'était laissé aller à lui donner celle de Sambreet-Meuse : excellente occasion pour lui de déployer sa médiocrité et faire preuve, aux yeux des militaires les plus instruits, de la nullité qui le distinguait. Il n'avait pas tardé à justifier de son incapacité, et nous venons de le rappeler de l'armée qu'on n'aurait jamais dû lui confier. J'avais précédemment proposé de donner le commandement en chef à Kléber ou à Bernadotte. Le premier est nommé.
Dans la discussion relative au traité avec le Portugal, je propose de demander la cession de la rive gauche de l'Amazone, le libre cours de sa navigation, en y comprenant les établissements qui se trouvent sur les bords de cette rive du fleuve. La Revellière-Lépeaux et Carnot m'appuient par ce qu'ils appellent une puissante considération : ils disent que ces vastes et fertiles contrées pourraient être affectées à une mesure nécessaire dans un gouvernement libre, la déportation. Une telle considération, que je ne m'attendais certes pas à voir sortir de ma proposition, me détermine à en demander l'ajournement, ou bien à la retirer.
Moreau écrit, le 46 vendémiaire an V, que, le 9 et le 11, deux affaires ont eu lieu. Dans la première il a été attaqué par le général Latour; il conserve toutes les positions. Le 11, il a repris l'offensive dans toute sa ligne; la victoire a été complète : cinq mille prisonniers; des canons, des drapeaux, ont été enlevés à l'ennemi, qu'il a poursuivi et qui est en pleine déroute.
26, 27 et 28 Camot a repris du calme depuis que les armées du Rhin an V. sont replacées dans une meilleure position; mais la juste rigidité qu'il a raison de porter dans l'administration de la guerre, n'est pas plus exempte d'âcreté dans son expression que ses sentiments politiques. Paraissant trouver un plaisir particulier à dénoncer des personnes qui peuvent me toucher