‹ Mémoires;Chapitre 124 sur 302 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

par quelque relation, il déclare que le général Dummy, inspecteur de l'armée de Sambre-et-Meuse, est accusé de vol; qu'il doit être traduit devant un conseil militaire. Le Directoire l'ordonne. Je fais observer que ce Dummy, quoiqu'il soit mon allié, n'a jamais été cautionné par moi; que j'étais trop convaincu de son incapacité, et que c'est lui, Carnot, qui l'a nommé inspecteur général malgré mon opposition.

Une correspondance interceptée par le ministre de la police, et mise par lui sous les yeux du Directoire, dévoile complètement les tentatives des royalistes dans le département de la Lozère. Le ministre enverra un agent pour s'assurer des faits. Le Directoire ne veut auparavant prendre aucun parti.

Selon des rapports arrivés d'Italie, le Pape vient de s'adresser aux puissances coalisées : il les a invitées à exterminer les Français. La même invitation est faite dans ses États et en Italie, non seulement au peuple, mais aux évéques et aux curés.

Bien que le Directoire ait à s'occuper des affaires les plus 3o vendémiaire an V.

importantes, il est chaque jour et à chaque instant interrompu par l'arrivée du ministre Cochon; il absorbe nos séances par des rapports empreints peut-être de la franchise de la peur, mais vraiment indignes d'être présentés à des magistrats qui se respectent. Aujourd'hui Cochon vient nous lire un billet signé Bertrand, officier de gendarmerie détenu au Temple, qui l'a adressé dans un pain à Dumesnil, adjudant aux Invalides. Il faudrait que Dumesnil et tous ceux mentionnés dans le billet fussent traduits au conseil militaire. Ce Bertrand a déjà été acquitté. Cette raison me paraît décisive pour qu'il ne puisse être repris, ni cité en jugement, pas plus que Dumesnil et autres. Je ne consentirai jamais à ce qu'un individu, quelle que soit sa couleur politique, soit repris par la justice pour les mêmes faits sur lesquels il a déjà été jugé et acquitté. Deux membres du Directoire consentent à ce qu'il soit envoyé devant les tribunaux ordi- T. II. 45

naires : môme opposition de ma part et de celle de Carnot. On arrête leur expulsion de Paris : cela est encore de l'arbitraire, car ce ne sont point les lois qui le permettent. Au surplus, je m'élève avec la plus grande force contre l'existence prolong-ée de ce tribunal militaire qui ne doit plus être en fonctions. Si la nécessité d'une malheureuse circonstance peut autoriser l'érection momentanée de ces terribles org-anisations prévôtales, elles ne peuvent aller au delà de celte circonstance. Carnot se range de mon avis : il convient qu'il faut en finir avec ces moyens qu'il avoue être révolutionnaires. Il a reçu des détails sur les dernières exécutions de Grenelle. Des pères de famille estimés y ont été compris, et leur mort, qui n'a point été sans un grand courage, a profondément ému les spectateurs, qui ont été au moment de les sauver. Il ne faut pas laisser arriver la pitié publique à de pareils excès. Le ministre Cochon lui-même paraît ne plus être contraire à cette morale d'une humanité trop tardive. Il voudra bien s'y conformer.

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