CHAPITRE XVII
Telle est la position naturelle du Directoire depuis son installation. Les royalistes ont su habilement en profiter, en se présentant non pas seulement comme les protégés des lois, mais comme leurs défenseurs. Le signal qu'ils donnent au sein de la représentation nationale obtient un malheureux écho dans diverses parties de la France.
Le bureau central de Lyon annouice que des représentants en congé dans leurs pays fomentent et encouragent les entreprises du royalisme, et paralysent les mesures qui pourraient garantir l'ordre. L'inviolabilité attachée au caractère de député doit-elle les suivre hors du corps législatif et pour les actes personnels qu'ils peuvent se permettre en dehors de leur mandat? Je crois qu'une question aussi importante est bien faite pour être traitée dans un message. Carnot nie les faits avancés par le bureau central, en produisant une lettre de Ivellermann dans laquelle ce général, qui, deux années auparavant, tonnait si énergiquement contre Lyon, proteste qu'aujourd'hui cette ville est dans le meilleur esprit. II dément tout ce qu'on peut avoir écrit au Directoire relativement à des troubles qui seraient organisés par les royalistes. Rewbell déclare que les généraux, à leur tour, excèdent leur pouvoir lorsqu'ils paralysent en faveur d'un parti quelconque les mesures répressives du gouvernement. Il faut les rappeler à leurs devoirs militaires. Dans ce moment, des journaux payés par le gouvernement se permettent d'infâmes calomnies contre les républicains, les députés et des ministres, et même le Directoire, qui les paye. Devons-nous autoriser un pareil abus par notre silence et y ajouter encore de l'argent pour encourager les calomniateurs? Le Directoire a décidé qu'on cessera de payer les journalistes.
D'après tout ce qui s'est passé précédemment, et notre volonté bien formelle pour que la commission militaire terminât ses séances, on ne s'attend guère qu'elle existe encore. Le ministre de la police rend compte que, cette commission "^an"v!"^* n'ayant pas voulu juger les prévenus tous à la fois, ses travaux n'ont pu cesser. Carnot déclare qu'après les exécutions qui ont été déjà un spectacle fort pénible dans la capitale, il serait dangereux qu'il y eût encore des condamnés à mort. En appuyant l'avis de Carnot, je rappelle qu'à l'époque de
Prairial la commission militaire, en prolongeant ses rigueurs, avait fait porter tout l'intérêt de l'opinion sur les victimes. C'étaient, comme ici, la plupart, des hommes simples, des patriotes égarés. Il est temps de mettre fin à ces arrêts sanglants. Cochon lui-même les désapprouve, il dit que la com mission et surtout le rapporteur ont prétendu qu'il voulait les influencer et sauver les coupables lorsqu'il leur a mani- 3 Brumaire ^sté soH opiniou.... Il ajoutc qu'à la vérité, des prévenus de Grenelle n'ont pas donné leurs vrais noms, et ne veulent pas les déclarer aujourd'hui; que les royalistes se remuent aussi de leur côté; que tous menacent à la fois l'ordre public. Il semble aussitôt, par ces nouveaux faits, rétracter tout ce qu'il vient de dire à l'instant d'auparavant dans le système de l'adoucissement. A ce dernier discours de Cochon, Letourneur s'élance plus agité que jamais. Il somme Cochon de le prévenir du moindre mouvement; il se mettra luimême à la tête des troupes, chargera à la baïonnette les anarchistes : il veut en voir la fin et les tuer tous. Ce qui se passe au Directoire est-il assez déplorable? Voilà comme des scènes, qu'on croit tous les jours terminées, se reproduisent sans cesse par les mêmes circonstances, avec les mêmes expressions, les mêmes propos. La France attend de plus nobles résultats de l'autorité qu'elle a investie de sa haute administre^tion.
Le corps législatif discute toujours le rapport de la loi de Brumaire. Carnet revient sur son traité avec le Pape, qu'il voudrait réaliser. Il nous entretient ensuite de la démarche que l'Angleterre fait en ce moment auprès du gouvernement. Lord Malmesbury vient d'arriver à Paris avec le titre de ministre, pour traiter de la paix avec la France. Carnot remarque que les conseillers qui composent l'ambassade sont au nombre de cinq : e C'est assez singulier et fort extraordinaire, s'écrie Letourneur : voudraient-ils nous donner un cartel? — En ce cas, répond Rewbell, je me charge du plus méchant. » Cette bouffonnerie se termine avant d'arriver jusqu'à moi. Les diplomates, en général, ne se croient pas plus obligés à faire preuve de courage que de loyauté.