‹ Mémoires;Chapitre 127 sur 302 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Pour faire taire toutes les versions qu'on répand sur les négo- r., 6 et 7 dations ouvertes entre Charles Lacroix et l'envoyé anglais, le 'il'n'v.'^" Directoire arrête que chaque conférence sera littéralement imprimée. L'Angleterre veut traîner en longueur, ne pouvant traiter sans ses alliés. Le séjour à Paris de l'ambassade anglaise pouvant ne pas être sans quelque danger, on propose de désigner une ville neutre ou une ville de France à quelque distance de Paris, vers le Nord, où s'établiraient désormais les conférences. Rien n'est décidé.

Le général Dugua a fait arrêter des chouans venus à Caen et à Rouen pour recruter. De longs débats ont lieu à ce sujet ; des députés du parti vendéen demandent la destitution de Dugua et la mise en liberté de leurs partisans : ils obtiennent que Dugua sera envoyé à l'armée d'Italie, et remplacé par un nommé DumesniL considéré comme un fort mauvais officier. Picot, adjudant général de Frotté, vient de s'évader.

Dans un rapport que nous lit le ministre Cochon, et dont la note principale a été donnée à la surveillance de l'administration de la police par le ministre de l'intérieur, on dit que : « Tandis que les terroristes, pour détourner la question, prétendent ne faire voir partout que des royalistes, leurs chefs ont fait venir des départements les émissaires les plus affreux, dont les figures révolutionnaires sont le premier signalement : entre autres, Jourdan Coupe-Tête, qui depuis plusieurs jours se promène avec audace et tête levée dans Paris avec le marquis de Saint-Huruges. » Le ministre de l'intérieur avait ajouté la recommandation suivante : « Surveillez le tout, et m'en rendez compte ».... Croirait on que le ministre de la police faisait cette lecture avec sa volubilité et surtout sa conviction ordinaire, et qu'il allait tirer toutes les conséquences ordinaires de la présence à Paris de la puissance terroriste; je crus ne pas devoir le laisser s'enferrer davantage, et lui dis avec mépris : « Faut-il en être réduit à apprendre à un ministre de la police combien ses paroles et ses rapports sont exposés à avoir peu d'autorité, lorsqu'on saura que l'individu Jourdan dont il raconte aussi sérieusement l'audacieuse promenade dans Paris, a été guillotiné il

y a dix-huit mois. Je ne suis pas aussi assuré de la mort de Saint-Huruges, qu'on ressuscite pour le faire promener aussi avec feu Jourdan. On peut juger de la vérité du rapport par l'invention principale. » Qu'on juge de la stupeur de tous les Directeurs qui avaient écouté Cochon avec complaisance et qui se voyaient enlever un aussi g-rossier prétexte de diffamalion contre les révolutionnaires. Cette mystificalion, qui devrait les faire roug-ir, les empêchera-t-elle au moins de récidiver?

Le ministre Cochon, dont le zèle ne se ralentit point, nous instruit que le général Brune, l'évèque d'Autun Talleyrand, son ancien vicaire Desrenaudes, Maret, Semonville et autres personnages se sont réunis mystérieusement à dîner. Le ministre, qui sait tout, a su ce qui s'est passé dans ce repas. On y a déploré la sévérité contre les émigrés. Brune, qui était, au camp de Grenelle, aux ordres de Foissac-Latour contre les anarchistes et qui s'y connaît ainsi que l'abbé Desrenaudes, dit qu'il y avait dans l'intérieur des hommes plus dangereux que les émigrés. Il a désigné les Jacobins, tout en disant qu'il ne nommait personne : c'est assez la politique de ce général, l'un des hommes les plus fins de la Révolution sous les formes les plus rondes. Talleyrand seul s'est prononcé contre les émigrés et répète qu'on ne pouvait assez les surveiller, qu'il fallait en faire des exemples. Maret et Semonville auraient parlé dans le même sens que Talleyrand. Ces trois hommes, qui ont été employés par le conseil exécutif provisoire, après la journée du 10 Août, croient par le souvenir de cette nomination fournir des titres nationaux et se procurer des indemnités et des emplois perpétuels dans tous les gouvernements qui peuvent se succéder. Les uns et les autres ont fait et fait faire auprès de moi et de mes collègues des démarches dans ce sens. Toutes leurs prétentions y ont été révélées. Ils ont abordé jusqu'au ministre des relations extérieures, Charles de Lacroix. Il n'a pu leur accorder

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