‹ Mémoires;Chapitre 128 sur 302 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

ce qui ne dépendait pas de lui, mais seulement du Directoire et du corps législatif. Ils ont pris son défaut de puissance pour un refus personnel, et lui ont voué une haine solide. Le trio s'est réuni pour dire du mal du ministre et le faire passer pour un homme inepte. C'est de ce procédé qu'usera Talleyrand tout seul contre Maret, lorsque, craignant la disgrâce par la faveur de celui-ci auprès de Napoléon, il lui fera une réputation et pour ainsi dire un trousseau de bêtise incomparable, en répétant dans son salon et ceux de ses vieilles femmes (fin de 1813): « Bête comme Maret, épais comme Bassano », lorsqu'il ajoutera, en parlant de la retraite de Russie : « L'armée n'a point perdu son matériel : Maret est de retour ».

Ce sont des insinuations venues du fait de pareils individus, qu'à son insu Carnot a plusieurs fois acceptées et accepte encore contre Lacroix. M. Maret notamment, paraissant croire déjà à la légitimité héréditaire des places, comme plus tard il croira à la légitimité impériale, se juge dépossédé par la violence et l'injustice du ministre, parce qu'il n'est pas en possession de l'ambassade de Naples.Il veut que l'on s'explique à ce sujet, et forme la demande de cette explication positive dans une lettre au ministre, qui ressemblerait presque à la menace. C'est peut-être la première fois qu'une pareille liberté aura échappé à ce Philinte politique. Il croit en corriger l'âcrcté envers le Directoire en redoublant de protestations, d'offres de dévoùment, en s'y prenant sans cesse sous les formes les plus humbles elles plus respectueuses. A mon égard ce sont des politesses et des coquetteries sans fin : « L'obligeance parfaite, la bonté infinie avec lesquelles le citoyen Barras nous a accueillis, semble nous autoriser à ^'occuper encore un moment de nous »... Si au moins je daifgnais recommander M. Maret à un ministre, au ministre des [finances, combien Userait heureux et reconnaissant. Combien le l'est-il pas déjà! Mais Rewbell a autant de haine que de

dég-oût pour ces génuflexions diplomatiques, et quand il entend parler de Talleyrand, Maret et Semonville, il s'écrie : « Ce sont trois misérables intrigants, des menteurs enragés. On pilerait tout cela dans un même mortier, qu'il n'en sortirait pas un atome de vérité.... Je crois peu aux rapports de police en général, continuait Rewbell, mais il n'y a rien de si mauvais dont je ne croie capables Talleyrand, Maret, Semonville, Semonville, Maret et Talleyrand.... »

Le secrétaire Lagarde présente la rédaction du message relatif aux journalistes : il se laisse aller à une partialité singulière contre ceux qui sont patriotes, il protège et favorise ceux qui ont la couleur royaliste. Rewbell et moi, nous nous opposons à la forme de ce message; nous demandons le renvoi de l'auteur et de l'imprimeur du journal le Rédacteur, jusqu'alors officiel; et que, changeant de nom, le journal auquel le Directoire aura donné son adhésion ne soit plus confié à des hommes qui trahissent nos institutions.

Nous avons appris la mort du roi de Sardaigne. Celui qui lui succède passe pour avoir été toujours l'ennemi des Français. Ils doivent savoir qu'avec les rois qui nous font la guerre nous n'avons espéré la paix que de la force de nos armes. ^rumairc j^ p .(^gg^j^g qu Directoire de sérieuses observations sur la situalion de nos armées. L'Autriche fait passer dans le Tyrol un grand nombre de troupes qui peuvent accabler notre armée d'Italie. Il est urgent d'envoyer à celle-ci toutes les forces disponibles de l'intérieur, et même de détacher des corps de l'armée du Rhin, qui, d'après mon opinion, devrait rester sur la défensive. Il faut encore s'occuper de faire une levée extraordinaire. Si ces mesures ne sont pas prises promptement, je crains de voir l'ennemi, au printemps prochain, obtenir des succès, et peut-être entrer sur notre territoire.

^ ^a™ v!"^° La correspondance des armées annonce que colles du Rhin seront heureuses d'avoir le Rhin entre elles et l'ennemi. Carnot pense que ces événements auront une influence funeste sur la paix avec l'Autriche. Cette puissance ne prétendra-t-elle pas exiger la restitution de la Belgique? Carnot déclare cette possibilité d'un ton fort naturel et comme si elle n'offrait rien qui le contrariât. Il est vrai que du temps du Comité de Salut public et lors de la discussion qui eut lieu à

Page 1