CHAPITRE XVII
la Convention nationale, Carnot n'a jamais été partisan de la réunion de la Belgique à la France ; mais quand la raison publique a décidé contre son opinion, et que les deux pays ont déjà tant à se louer réciproquement de leur réunion, comment ne pas joindre tous ses vœux et tous ses efforts pour maintenir les fruits de la victoire? Je fais observer à Carnot qu'une pareille concession serait le renversement de notre loi fondamentale. Carnot soutient que la réunion de la Belgique à la France n'est pas comprise dans la Constitution. Rewbell lui démontre qu'il se trompe, et il plaint Carnot d'avoir une telle disposition à fléchir dans les revers : au lieu de jeter l'alarme parmi les députés patriotes, il serait décent qu'un membre du gouvernement les rassurât. Les députés d'Italie sont fort mécontents de la proposition qui leur a été faite d'ajouter un agrandissement aux Etats du roi de Sardaigne. Serait-il possible qu'on n'acceptât pas seulement les défaites, mais qu'on les désirât pour nous forcer à une paix honteuse! Au surplus, Rewbell soutient que le plan de campagne exécuté sur le Rhin devait nous y ramener; qu'une influence funeste part du Bureau de la guerre et du Bureau topographique; que, loin d'approuver la conduite des généraux qui ont marché en arrière, quelque honorable que soit leur retraite, il faudrait les punir, comme le faisait Carnot tout le premier lorsqu'il était dans sa vigueur au Comité de Salut public. Le Directoire reçoit des deux chefs de la police, qui ne sont pas indignes de sa confiance, une dénonciation contre Carnot et son frère. D'après cette dénonciation, ce serait aux deux frères qu'il faudrait attribuer le principe de la conspiration de Drouetet de ses complices; et cependant ce sont bien eux qui ont fait les démarches les plus actives pour les arrêter. Le Directoire reçoit ces dénonciations avec le dédain que Carnot aurait dû montrer pour celles précédemment dirigées contre ses collègues. Carnot est encore accusé de ne s'occuper, au Bureau topographique, qu'à dresser des
listes de destitution contre les officiers patriotes, que Ton comprend dans la catégorie des anarchistes. Le Directoire, qui sait fort bien à quoi s'en tenir sur ce qu'il y a de répréhensible dans le caractère de Carnot, ne croit pas devoir le compromettre par des suggestions étrangères. Carnot peut encore trouver ici l'exemple de la conduite que des collègues qui se respectent doivent observer entre eux.
18 et 19 Truguet, ministre de la marine, apporte la nouvelle, qu'il a reçue de ^an^\!^ Saint-Domingue, de la nomination officielle de Fréron à la législature; on l'interpelle pour savoir qui peut avoir influencé ce choix. La question le surprend : ce n'est point le ministre, mais les électeurs qui nomment les députés; il n'en est pas moins chargé, ainsi que le ministre de l'intérieur, de rendre compte des nominations coloniales. Carnot et Letourneur voudraient naïvement qu'il n'arrivât à la représentation nationale que des hommes qui leur convinssent. Beaucoup de gouvernements peuvent avoir ce goût, je dis à mes collègues qu'ils n'en ont pas le droit. Nous sommes encore dans l'enfance du gouvernement constitutionnel et l'on ne se doute pas que si tous les droits du peuple doivent être respectés, le droit électoral est le plus sacré de tous, parce qu'il est le principe fondamental de tous les autres.
20 Brumaire L'amiral Richeri est arrivé à Rochefort. Un adjudant général de ^" ^'' l'armée de Sambre-et-Meuse est chargé d'annoncer au Directoire que cette armée manque des approvisionnements et des équipements les plus nécessaires. Le général autrichien Kray a proposé d'évacuer la rive droite pour l'avantage et la tranquillité des deux armées. Le Directoire autorise les mêmes conventions pour l'armée du Rhin.
22 Brumaire L'envoyé de Parme est introduit et communique ses pouvoirs.
Carnot, prenant la parole avec solennité et comme au nom du gouvernement tout entier, déclare au ministre des relations exté rieures que le Directoire envoie un ambassadeur à Vienne pour proposer la paix et un armistice préalable. Étonné de cette proposition prononcée comme décision, je demande si c'est pendant mon absence qu'un pareil arrêté a été pris. Carnot répond que telle est son opinion, qu'il croit partagée par ses collègues. Le tourneur avoue que c'est aussi la sienne; qu'en conséquence elle doit être adoptée; qu'elle est au moins en discussion. Une avance; aussi prompte et aussi humble me paraît intempestive, au moment où l'envoyé anglais va recevoir les pouvoirs de l'Autriche pour traiter. Notre démarche ajouterait au découragement de nos