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CHAPITRE XVII

armées, et serait une faiblesse donnée à nos ennemis. Rewbell dit qu'elle aliénerait en même temps et à la fois tous les princes allemands qui ont montré des dispositions sincères pour faire une alliance avec nous; qu'il ne s'y prêtera' jamais. La Revellière trouve la proposition réellement dangereuse de faire des avances aussi brusques à l'Autriche. « On pourrait, dit-il, adresser directement au prince Charles la réponse à faire au général Kray et demander ainsi l'armistice général. » Rewbell appuie Revellière : son idée est mise aux voix et unanimement adoptée. Carnot voudrait encore envoyer ostensiblement à Vienne et saisir cette occasion pour des ouvertures de paix, qu'il croit commandées par l'opinion publique. Rewbell l'interrompt : « L'opinion dont tu parles, s'écrie-t-il, et à laquelle tu voudrais nous soumettre avant tout, veut aussi rappeler les Bourbons : doit-elle influencer les hommes qui, comme toi, ont condamné Louis XVI et aboli la royauté? » Carnot insiste, la discussion est fermée.

On nous fait un rapport de police d'un nouveau genre : il porte que Tallien, Fréron, Sieyès et Louvet se prononcent comme protecteurs des anarchistes; Letourneur ajoute à ce rapport qu'il faut y comprendre Lamarque, parce que dans le Conseil des Cinq- Cents il s'oppose au rétablissement des barrières et aux octrois, qui sont un revenu indispensable pour l'État.

L'escadre hollandaise a été prise à Saldam, où elle avait été mouiller en attendant l'arrivée de la division française qui devait s'y rendre et qui était encore au port de Brest à cette époque.

La proposition de Carnot, amendée piar celle de Revellière, ayant 23 et 24 été adoptée, le ministre des relations extérieures apporte la rédac- an v. * tion projetée de la lettre au prince Charles pour proposer armistice et paix. Carnot présente le général Clarke pour remplir cette mission. On fait observer que Clarke est étranger; il est nommé malgré l'observation.

On entretient toujours le Directoire dans les mêmes inquiétudes à l'égard des hommes qui ont défendu la liberté en Vendémiaire. Parmi les ofTiciers portés sur la liste d'organisation de l'état-major de la garde du Directoire se trouvait le nom de l'adjudant général Scher* lock. Il avait un certificat de Vendémiaire : il est rejeté pour cette raison. La raison contraire m'empêche de voter pour cette organisation. Je ne connais pas d'autre moyen pour soutenir une révolution que d'employer à sa défense ceux qui l'ont faite.

Les lettres de Bordeaux donnent des renseignements fâcheux sur l'esprit qui domine cette ville et sur l'accueil qu'y trouvent les ennemis de la République. Une autre lettre du Calvados expose les progrès rapides des chouans; des avis de la Provence portent aussi que le royalisme y prend de nouvelles forces. Les renforts qui

auraient dû arriver aux armées n'y sont point encore envoyés. Les émigrés, au lieu de sortir du territoire, y rentrent avec arrogance. Le Directoire censure ses ministres sur leur négligence, et ordonne à chacun de rendre compte sur ce qui le concerne.

Rewbell nous rappelle que l'époque approche où l'un des membres du Directoire doit se retirer; il est d'avis qu'il soit tiré au sort la veille de la nomination du successeur. On lui objecte que ce mode pourrait faire supposer une intention de nous perpétuer. Pour que le tirage au sort paraisse avoir, comme nous voulons qu'il ait, toute son indépendance, il faut qu'il soit effectué en même temps que la nomination de son remplaçant sera faite par le corps législatif, Rewbell croit que ce mode peut valoir quelque mortification au membre sortant.

C'est ici le lieu de répondre nettement à une calomnie répandue contre le Directoire sur le mode de sortie de ses membres. On a débité que cette opération était l'effet de la menace de ceux qui voulaient rester, ou le prix d'une rançon de plusieurs millions donnée à ceux qui se retireraient. Je dois d'abord faire connaître la vraie et seule convention qui fut faite, mais unanimement, entre les cinq membres. Nous avions considéré que si quelqu'un de nous en quittant sa place pouvait se trouver au-dessus du besoin, il fallait le mettre en état de ne pas y tomber d'une manière humiliante pour des premiers magistrats de la République. En conséquence, chacun des restants fournissant une somme de dix mille francs, le sortant se trouvait avoir pour lui une somme de quarante mille francs d'avance. Cette convention fut signée par nous en quintuple dans le deuxième mois de notre installation. La proposition en était venue de Garnot lui-même, dont personne n'a jamais mis en doute la délicatesse. Tout ce qui a été dit au delà ou contrairement à la convention que je viens de rappeler, est une insigne calomnie ajoutée à tant d'autres; et quelles que soient en ce moment et que puissent devenir les divisions qui nous tourmentent, nous nous devons

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