CHAPITRE I
pas deux dans des milliers de siècles ». Nous savions fort bien et sans doute trop bien, nous cinq tant que nous étions, ce que c'était que d'avoir voté la mort d'un roi; et malgré loutes les raisons que nous pouvions trouver dans la nécessité des choses et la terreur des temps, nous n'étions pas autrement certains de l'infaillibilité de notre conduite en cette grande affaire : à plus forte raison ne pouvions-nous pas croire absolument à l'opinion qui ressemblait tant à la flatterie d'un courtisan parlant à des régicides, lorsque M. Trouvé déclarait qu'il aurait bien voulu avoir voté la mort d'un roi.
Est-il possible, est-il croyable que le citoyen Trouvé dont il est ici question, et dont l'incandescence républicaine nous paraît si peu rassurante, soit le même qui dans la suite, chargé de nos affaires dans différentes Cours, y portera les manières et les procédés du despotisme, envers des Etats libres dont il sapera les fondements; que ce soit le même qui, après avoir trahi le poste de tribun et poussé à l'Empire, se vantera l'un des premiers d'être « sujet » de l'Empereur, endossera sa livrée, et deviendra, comme préfet, l'un des plus dévoués satellites de la tyrannie, l'un des plus impitoyables exécuteurs des hautes œuvres de la conscription; qui quittera ensuite l'Empire, quand son maître, vaincu, deviendra le plus faible; se rangera, comme à l'ordinaire, sous la bannière du plus fort; et qui offrira à la Restauration cette servilité que les valets appellent dévoûment, servilité dont le gouvernement impérial a pu sans doute user trop longtemps avec succès, mais qui a fini par le perdre, et perdra de même tous les gouvernements despotiques qui auront la faiblesse de se livrer à leurs esclaves!
Le Directoire, excepté Revellière, jugeant que M. Trouvé, malgré toute son ardeur et son énergie républicaine, était bien jeune pour exercer la fonction délicate de secrétaire général, convient que Revellière, son patron, l'invitera à donner sa démission. Lagarde est nommé à sa place, sur la
présentation de Merlin, ministre de la justice. Ce Lagarde est celui qui restera pendant toute la durée du Directoire pour signer ses actes, et qui l'assistera avec les honneurs de la séance, jusqu'au 18 Brumaire, jour oii il signera Fexequatur de la destruction du gouvernement auquel il doit toute son existence ; qui passera aux consuls encore comme secrétaire, puis sera remplacé par M. Maret, ancien rédacteur du Moniteur. Ce dernier sera à son tour secrétaire perpétuel de l'Empire, comme du Consulat, et récompensé de son secrétariat par un duché : il s'appellera sérieusement duc de Bassano!
Les Comités de Salut public et de Sûreté générale, qui sont encore organisés, se dissolvent, et rendent au Directoire toutes leurs attributions qui appartiennent au gouvernement.
Le Directoire invite le corps législatif à compléter une loi relative à la désertion.
Siméon dénonce Fréron, en mission à Marseille; message au Directoire à cet égard.
L'attaque contre Fréron était injuste et sans bonne foi. Fréron qui, dans sa première mission de l'an II, avait pu avoir, comme nous, toute la fermeté qu'imposait la rigueur des temps, était retourné cette fois (an IV) dans le Midi, avec des dispositions toutes contraires, et en avait déjà fait preuve : il n'avait ni réprimé, ni même poursuivi les hommes qui avaient mérité de l'être; il avait proclamé la paix, la réunion des esprits fondée sur l'établissement de l'ordre constitutionnel, et il en avait heureusement commencé l'organisation. Celait la rancune contre la mission de l'an II, qui faisait poursuivre aujourd'hui le « missionnaire » de l'an IV.
Des commissaires avaient été envoyés en même temps que lui, choisis par le parti thermidorien, comme des « apôtres » delà modération. C'étaient MM. Julien, Mécliin etMarlainville.