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CHAPITRE XVII

la justice réciproque de reconnaître que nous avons été toujours d'accord sur les principes de morale et d'honneur qui nous paraissaient la vertu essentielle des premiers magistrats de la République.

Les agents civils qui n'ont point le caractère et l'habit militaire à l'armée y obtiennent fort peu de considération. Leur ministère étant d'ailleurs tout de surveillance, ils ont à contrarier nombre d'intérêts qui dans le tumulte de la guerre prétendent avoir droit à toute impunité. Il faut qu'ils subissent les mauvais propos des chefs comme des soldats, car les uns et les autres s'entendent pour tenir tête à la surveillance. Ils appellent ordinairement pékin tout représentant de l'autorité civile qui va les contrarier. C'est surtout par ces raisons que les commissaires que le Directoire avait cru pouvoir laisser près des armées n'ont pu se concilier l'opinion des généraux non plus que des soldats, surtout à l'armée d'Italie. Plus que personne impatient de toute obéissance qui peut gêner ses intentions dominatrices, Bonaparte, pour se soustraire à l'autorité civile que nous avions placée près de lui, a pris un moyen déterminé. Sous le prétexte d'intéresser davantage les Italiens à notre réunion en les introduisant dans le gouvernement, il a distribué de plus grands pouvoirs à la commission lombarde de Milan, en ne lui imposant d'autre contrôle que l'approbation nécessaire du général en chef. Bonaparte non plus que les autres militaires n'oseraient point méconnaître ou obséder l'autorité du Directoire s'ils le croyaient uni ; mais ils savent que la division est dans notre sein, et voilà comme les querelles intestines du Directoire conservent son autorité et la perdent en l'éparpillant!

Bonaparte, dont les victoires paraissent encourager l'ambition hautaine, a requis le général Kellermann de diriger sur l'armée d'Italie une partie des forces qui restaient sous ses ordres. Kellermann se plaint de la réquisition supérieure de celui qui n'est pourtant que son égal. Ainsi il ne resterait plus, pour occuper le général }n chef de l'armée des Alpes, que trois bataillons, niais toujours |e même état-major aussi considérable que coûteux et nullement itile. Je réitère ma proposition pour la suppression. Carnot tient ^ncore à l'ajournement.

Je remets au Directoire une liste de nombreux suicides occasionnés par des pertes aux jeux publics ; des familles entières en leuil et réduites à la misère dénoncent ces repaires d'escroquerie; Ils ont jusqu'à présent alimenté de leurs produits honteux une foule de chevaliers d'industrie et de femmes galantes. Les renseignements de la police apprennent même que des jeunes gens,

après y avoir perdu des dépôts de confiance, ont détroussé les passants pour tâcher de remplacer les sommes perdues. Je demande la fermeture des maisons de jeux et des tripots homicides. Tout le Directoire est de mon avis; cependant il ne prononce point.

Aussitôt la ratification du traité de Naples, Bonaparte doit s'emparer de Rome, abolir la puissance temporelle du Pape, la remettre entre les mains du peuple, et faire passer en France une partie des richesses et des produits des arts que cette ville renferme. Rewbell et moi, nous voudrions que ces grandes mesures confiées à Bonaparte fussent régularisées par un arrêté qui fixât la limite de ses pouvoirs. Nous ne sommes point compris, et tout pouvoir sans définition est remis au général en chef de l'armée d'Italie. 25 et 26 Naples a ratifié le traité. Le roi, dans une lettre particulière, an V. témoigne un grand intérêt pour Rome. On délibère sur la réponse à faire. Carnot veut y insérer quelque chose de favorable au Pape, je m'y oppose et je fais observer que si l'on veut rétablir l'armistice, il faut au moins que le gouvernement de Rome soit tenu d'en remplir strictement les premières conditions, et qu'au préalable le Pape désavoue les brefs et les circulaires qu'il a lancés contre les Français. Carnot rejette cet avis; Rewbell et La Revellière l'ap puient. Une très longue discussion s'établit. En attendant, tout est ajourné, et il ne sera provisoirement rien fait à l'égard de Rome : une main invisible défend ce gouvernement, qui est si peu défendable et encore moins défendu par lui-même.

Le Corse Saliceti a été délégué commissaire pour la Corse. C'est essentiellement un homme de parti, qui, au lieu de seconder une réconciliation générale, peut remettre les armes à la main à tout le monde. On devrait au moins écrire à ce sujet à Bonaparte, en lui annonçant qu'on a cru devoir envoyer un autre commissaire à la place de Saliceti. Je propose le citoyen Miot. Quelle serait la responsabilité du Directoire si la Corse se trouvait de nouveau troublée par un boute-feu véritable? Le Directoire s'arrête au choix de Miot.

Carnot fait la proposition de rendre au duc de Parme le Saint Jérôme du Dominiquin, déjà placé dans notre musée. Cette restitution est sollicitée par Mme de Bourbon qui, sous la protection du saint, et oubliant un peu la loi rendue contre sa famille, s'est présentée chez Carnot et chez moi. Je l'ai reçue sans doute avec les égards dus à son sexe et à sa destinée, mais saint Jérôme lui a été un utile introducteur pour l'aider à solliciter pour elle-même. Le Directoire ne prend aucune détermination. Les amateurs de peinture peuvent encore contempler quelque temps au Louvre ce cheld'œuvre du Dominiquin, que beaucoup de connaisseurs d'Italie et de France, particulièrement David, mettent au-dessus de la Transfiguration même de Raphaël.

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