‹ Mémoires;Chapitre 133 sur 302 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

de nommer sur-le-champ un commissaire militaire revêtu de pleins pouvoirs, à l'effet de diriger sur l'Italie les garnisons du Midi. Cette mesure donnera vingt mille hommes, qqi suffiront à de nouveaux succès. Garnot prétend qu'il n'est pas possible d'entretenir une armée plus considérable en Italie; que Bonaparte se plaint à tort et se plaint toujours. Garnot craint surtout qu'on ne dégarnisse le Midi des troupes que commande Willot, et avec lesquelles il impose aux anarchistes de, ces contrées. Par transaction, le ministre de la guerre est chargé de présenter des moyens dans la prochaine séance.

L'aigreur fermente et augmente tellement dans le sein du Directoire, que nous sommes en débat, et même en comba^, pour les questions les plus simples, intérieures comme extérieures. Le Directoire, usant de son droit à l'égard des administrations que la Constitution lui a subordonnées, a cru devoir destituer celle du département de la Somme, dont les méfaits aristocratiques ont commandé cette mesure. Garnot veut la remettre en place. « Ce sont, dit-il, les élus du peuple : les prochaines assemblées primaires et électorales les renommeront; ils seront peut-être portés au corps législatif : il est prudent de se les concilier. Il faut bien se faire des amis, pour les opposer à tous nos ennemis. »

L'exaspération de Carnot est excitée par plusieurs de ses alentours : ils prétendent que les terroristes veulent l'empoisonner. I Cochon ne s'en tient pas aux terroristes, il craint un double mou- Irement terroriste et royaliste. Willot écrit à Carnpt contre Ie& lutorités des Bouches-du-Rliône, il les dit détestables. Willot ■couse les autres de ce dont il devrait être accusé lui-même. C'est lue manie de prendre le devant. « Au surplus, Antonelle a été Irrèté », poursuit le ministre de la police. On ne conçoit pas ce nue veut dire cet « au surplus » qu'il paraît donner comme une compensation inutile de ce que d'autres victimes lui ont échappé. Carnot et Letourneur proposent d'envoyer Antonelle à Vendôme. La proposition est adoptée. Le même ministre nous présente une lettre interceptée qui annonce aux émigré^ qu'ils rentreront ainsi

que les prêtres, parce qu'ils ont la protection d'un membre du Directoire. Son air de réticence en cherchant le regard de mes collègues, et en évitant le mien, pouvait être pris pour une manière de m'indiquer comme prévenu de complicité avec les émigrés. 7. 8 ot 9 Carnot lit une lettre du général Clarke écrite de Lyon. Nous ^ aTv!^^ n'avons point chargé le citoyen Clarke d'explorer la ville de Lyon, nous l'avons seulement envoyé en Italie ; mais pour un homme qui a la vocation des choses de police, il faut qu'il fasse de la police partout où il passe. Remplissant donc un mandat de plus, qu'il s'est donné lui-même, l'observateur Clarke veut bien reconnaître que la ville de Lyon est tranquille; que les municipalités ont un bon esprit; mais le bureau central, nommé sur la proposition de Reverchon, est mauvais. Rewbell et moi ne croyons pas pouvoir nous en rapporter au jugement prononcé par Clarke en courant la poste. Carnot a de l'humeur, et dit que presque toutes les autorités de la République sont composées de brigands : il faut rappeler les choix du peuple, afin d'éloigner promptement des places tout ce qui a été nommé par le Directoire.

Carnot, à propos des affaires de Rome, témoigne toujours de l'intérêt pour le gouvernement papal. Une vive discussion vient d'avoir lieu au Conseil des Cinq-Cents au sujet du député Drouet; Letourneur, qui a entendu tout à l'heure Carnot déclarer que presque tous les fonctionnaires étaient des brigands, croit devoir renchérir encore. Formé à l'école de la colère, il dit à son tour que plus de la moitié du Conseil des Cinq-Cents n'est qu'un ramassis de brigands. 11 blâme avec violence Carnot de n'avoir pas exigé du receleur de Drouet, le député Rergoing, le numéro de la maison où se retirait ce prévenu. « Il faut, dit-il, faire arrêter Bergoing. Je le saisirais moi-même si je le rencontrais. » Cette jactance nous inspire plus de pitié que de courroux. Rewbell et moi, nous moquant de ce foudre de guerre, nous affirmons que si cette rencontre avait lieu, c'est Letourneur qui serait dompté. Il nous paraît indigne de la morale et de tout respect humain de vouloir abuser de la confiance, et violer l'hospitalité accordée par un député à son collègue malheureux. Drouet ne demandait qu'à se retirer chez l'étranger, parce que des ennemis puissants le poursuivent avec acharnement. « Faut-il, m'écriai-je, voir traîner encore à l'échafaud des représentants du peuple? Celui-ci notamment, revenu des cachots de l'Autriche où il est resté plusieurs années sans savoir ce qui s'est passé en France, ne peut-il pas être excusable s'il s'est imaginé qu'il devait y trouver tout ce qu'il y avait laissé, à son départ, des institutions républicaines de 1793; s'il a pensé*que, ne les retrouvant plus, il avait le droit de les réclamer? » J'exposai tous ces faits et ces raisonnements avec une émotion dont je n'étais pas maître;

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