‹ Mémoires;Chapitre 135 sur 302 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

être ses modèles. La richesse, avec toutes ses conséquences, a envahi la Hollande, et les digues qui la protègent contre les eaux de l'Océan, ne la défendent point contre la corruption : c'est dire que cette république est ouverte à toutes les intrigues et que notre (

alliance sous ce rapport a besoin d'une grande attention.

Bonaparte, qui ne s'oublie jamais et qui se plaint qu'on l'oublie toujours, m'écrit que l'armée d'Italie va avoir de nouvelles troupes ennemies à combattre. On devait, il y a trois mois, lui envoyer vingt mille hommes, qu'on pouvait détacher des armées du Rhin et de Sambre-et-Meuse. Les ordres du Directoire n'ont point été exécutés. Le bureau de la guerre n'a point d'excuse pour un pareil retard : il faut au moins connaître les coupables, quels qu'ils soient. Je demande que le Directoire écrive séance tenante au général Hoche, qui a toujours à sa disposition les troupes avec lesquelles il a pacifié la Vendée, de faire passer de suite en Italie dix mille hommes de son armée. Hoche ne connaît point l'envie qui craint les succès des autres : il est assez généreux pour les aider de tous ses moyens. Je demande aussi que l'armée des Alpes soit supprimée; que les bataillons qui y restent encore soient envoyés à Bonaparte; qu'on examine ce qu'il est possible de distraire des armées du Rhin. Carnot prétend qu'il est impossible de distraire aucune troupe du Rhin. Au surplus, d'après la justice que je viens de rendre aux dispositions du général Hoche, les dix mille hommes de l'armée de l'Ouest ne tarderont pas à se rendre en Italie. Je suis à même de vérifier tous les jours que la France est partout au pouvoir d'une force d'inertie qui paralyse toutes nos résolutions, et partout manque l'exécution aux mesures que nous avons adoptées. En fait de gouvernement, c'est l'exécution qui est tout. Je propose un message tendant à ce que la dégradation civique à temps soit décrétée contre les autorités quelconques qui n'obéiraient pas dans le plus bref délai aux ordres qu'elles reçoivent. Le Directoire ajourne la proposition.

Le représentant Cavaignac vient me confier qu'il tenait de la ^^ ?^ ^* ^îj*

f ri -1 mairo an V.

source la plus certaine que de ténébreux dessems étaient agités pour restituer la Belgique et évacuer l'Italie, sous le prétexte d'obtenir la paix ; qu'une pareille machination avait pour appui des membres des Conseils législatifs, même des membres du Directoire, notamment Carnot, avec lequel il avait conféré la veille. En' me donnant cet avis pressant, Cavaignac m'a déclaré qu'il ne me demandait nullement le secret. Oîi en sommes-nous si de pareils complots se trament dans notre propre sein? Je crois ne devoir pas différer l'explication d'un fait aussi grave, que je mets sur la ligne de la trahison. En entrant en séance, j'interpelle Carnot. Il avoue avoir parlé à Cavaignac du projet que j'annonce, mais seulement

« € par hypothèse », dit-il : si nos armées éprouvaient des revers,

s'il n'y avait pas d'autres moyens d'obtenir la paix, il n'hésiterait pas, pour l'obtenir, à voter le sacrifice de la Belgique et de l'Italie.

Letourneur et Carnot proposent d'envoyer Lacuée à Naples. C'est bien assez, selon moi, d'avoir composé l'administration des fourrages des familles Dumas et Lacuée, protégées par deux membres du Directoire. Si l'on met en doute mon assertion, elle sera soutenue par des députés que j'offre de faire entendre en séance et qui s'offrent de démontrer la collusion. Carnot interrompt la discussion, en demandant qu'on charge le ministre de nous présenter sur-le-champ les destitutions ordonnées par la loi du 3 brumaire.

On a vu, dans les premiers jours de l'installation du Directoire, les tentatives de Murât, qui était déjà l'homme de Bonaparte, pour se faire nommer commandant de notre garde; on a pu apprécier par quel raisonnement nous avions repoussé sa demande. On jugera la place que doit prendre dans les intrigues de l'époque et dans les calculs de Bonaparte une lettre que je reçois du même Murât.

Dans la lettre de Murât, datée de Vérone, le 19 frimaire an Y, prenant, comme à son ordinaire, et de très haut, le ton du patriotisme le plus exalté, dénonçant même l'armée oii il était, l'armée d'Italie où les étals-majors, disait-il, voyaient affluer dans leur sein les barons, les comtes et les marquis, il recommençait avec prières la demande qu'il m'avait faite, lors de l'installation du Directoire, d'être mis à la tête de notre garde. Il fut bien prouvé que, devenu plus intime de son chef depuis la campagne qu'ils venaient de faire ensemble, c'était bien Bonaparte qui, ne voulant pas s'exposer à un refus pareil à celili qu'il avait rencontré les années précédentes, couvait l'idée première d'avoir un homme à lui à la tête de notre garde. (On conçoit que celui qui, avec une aimable gaîté, ajoutait à son nom de Murât celui de Maral, fût difficile et exigeant en patriotisme. Il sera bientôt de ceux qui, au moment de l'arrivée de la colonne de Sambre-et-Mcuse,

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