‹ Mémoires;Chapitre 136 sur 302 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

conduite par Bernadolte, se permettaient de traiter de chouans ces soldats citoyens, meilleurs patriotes et jusqu'alors au moins plus probes que ceux de l'armée d'Italie.) Quoique Murât dans sa correspondance se servît de ces formes communes qui sans doute lui appartenaient bien en propre, il n'écrivait bien certainement ici que sous la dictée de son maître; et l'on peut, en se rappelant les tentatives sug-g-érées à Murât dix-huit mois auparavant, renouvelées de cette manière au moment où des troubles et des divisions vont encore éclater, reconnaître comme Bonaparte épiait toutes les chances, avec quelle vigilance et quel acharnement il veut arriver déjà à s'emparer de la force et des avenues du Directoire !

« Au quartier général de Vérone, le 19 frimaire an V de la République.

«Le général Murât « Au citoyen Barras, membre du, Directoire exécutif.

« J'ai appris, citoyen, que vous veniez de former votre garde : dans toutes les occasions, je vous avais manifesté le désir que j'avais d'y entrer; je viens aujourd'hui vous réitérer ma demande et vous prier de porter mes vœux au Directoire. Je verrais arriver avec plaisir le moment qui me rapprocherait de vous.

« Je ne crois pas ma demande déplacée, dans un temps où les plus grands coups, les coups décisifs sont portés dans l'armée où je sers. Si on s'y battait encore, je ne vous ferais pas une demande qui serait improuvée de tout le monde, et que mon cœur même désavouerait.

(' Les choses vont bien ici, mais je ne puis croire que le Directoire ne soit pas trompé sur les principes de bien des personnes que le ministre emploie dans cette armée; on ne parle plus ici que de Monsieur de..., de baron de..., de comte

an V

de..., et cela dans des sociétés composées d'officiers supérieurs. Je me donne à tous les diables.

« Permettez-moi que je vous embrasse et que je vous prie de ne pas oublier que je vous suis entièrement dévoué. « Tout à vous,

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