‹ Mémoires;Chapitre 137 sur 302 · MURAT · texte numérisé non relu

MURAT

10 Frimaire Quoique nous ayons décidé le principe que ce n'était point au Directoire à traiter en aucune manière avec les entrepreneurs des fournitures des armées, ces messieurs ne se tiennent cependant point pour battus. Ils veulent absolument avoir affaire au Directoire. Les munitionnaires des fourrages nous adressent une réclamation des plus accentuées contre le système nouveau que ceux des agioteurs coalisés veulent faire prévaloir contre la fortune et la liberté de la République. Garnot convient que ces sortes de demandes ont été renvoyées au ministre de la guerre : il dit que ce ministre doit présenter un travail pour l'entreprise générale de tout le service au moyen d'une compagnie à laquelle s'adjoindra Vilain XIIII; que le gouvernement pourra traiter avec sûreté. Carnot, toujours préoccupé des préventions favorables ou défavorables qu'on sait l'inspirer, dit que le ministre de la guerre désire l'entreprise générale proposée par Pantini, Dumas, Lacuée et compagnie. Rewbell, en colère, s'écrie : « Ceux que tu proposes sont autant de fripons éhontés », il ne consentira ni à l'adoption de cette compagnie, ni à l'entreprise générale; il est faux que le ministre lui-même soit de cet avis, mais on voudrait le forcer à l'adopter. « Oui donc les force ainsi? répond Carnot. — Ce ne sont pas directement les membres du Directoire, réplique Rewbell. — Ce sont ceux qui ont ta confiance, dis-je à mon tour à Carnot, qui te circonviennent, et t'enveloppent la tête dans un sac, pour cette affaire d'intérêt comme pour toutes celles de la politique. Ce sont les ennemis de la République : c'est Lacuée, Dumas, Doumerc. Cette compagnie a des affdiations coupables, même avec l'étranger; elle veut accaparer les services pour les faire manquer tous au besoin et amener la famine. » Revellière se réunit à Rewbell et à moi, et Carnot se rend à notre décision, il se charge même de prévenir le ministre des « intentions du Directoire ».

Carnot ne pouvant plus représenter Lacuée, c'est Letourneur qui ose encore le proposer pour Naples; Rewbell fait adopter Caudaux; Carnot, piqué, se laisse aller à dire : « Les députés d'Italie en France feront bien d'acheter des biens ici, car peut-être un jour n'auront-ils pas d'asile dans leur pays ».

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