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CHAPITRE XVIII. 2ol

Revellière et Carnot se plaignent de la commission des finances. Elle ne veut pas que les cédules sortent du trésor public sans décret : à cette condition, elle proposera leur confection au corps législatif.

Rewbell lit une analyse de nos relations extérieures : il annonce que les émigrés et les rebelles de Toulon passés en Corse avec les Anglais, débarqués ensuite à Gênes, viennent de rentrer en France avec des passeports de Faypoult. Ce Faypoult a été si médiocre ministre, il est tout aussi pauvre ambassadeur ; sa destitution doit être prononcée dans la séance. « C'est un acte impardonnable, un véritable crime à un délégué du Directoire, dit Rewbell, de réintroduire, de ramener sur la terre de la patrie ses ennemis invétérés. » Faypoult était la créature de Revellière, qui ne croit point pouvoir le défendre sans se livrera des personnalités. « Je voudrais continue Rewbell, que sa déplorable administration n'eût pas laissé des traces aussi funestes : il a tout désorganisé et protège les dilapidateurs, s'il n'a partagé avec eux. Qu'on aille voir les hôpitaux, ils sont dépouillés. On veut conserver la régie au mépris de la loi, et soutenir des spoliateurs. » Pour mettre fin à ce nouveau débat, la séance est levée.

Fermement attaché à son mandat de maintenir les institutions 20et2iFridont la République lui a remis le dépôt, le Directoire doit exécuter les lois de la Convention nationale, qui a décrété que l'anniversaire du 21 Janvier serait observé par les autorités. Le Directoire charge le ministre de l'intérieur des préparatifs de la cérémonie, rappelée par décret du corps législatif. Le ministre propose que s'il fait beau, la cérémonie ait lieu au Champ de Mars. Carnot voudrait qu'elle ne fût célébrée que dans l'intérieur; ce n'est qu'une commémoration. Lorsque le moment viendra, dans deux mois, le ministre de l'intérieur nous présentera son programme. « Au reste, c'est là de l'histoire ancienne, c'est du passé, continue Carnot; pensons à l'avenir et même au présent qui nous presse », et il demande que le ministre de l'intérieur soit envoyé dans la Relgique pour préparer les nouvelles élections, faire payer l'arriéré et le courant des contributions. Rewbell s'y oppose. « Le ministre a sans doute reçu, dit-il, déjà des instructions particulières, et peut-être la liste des agents qu'il amènerait avec lui. J'ai besoin d'être éclairé sur des projets qui peuvent n'être pas trop républicains. » Le ministre sera tenu de se conformer à la demande de Rewbell.

Les hommes qui ont fait le projet de précipiter Carnot dans une conduite politique contraire à ses intérêts comme à ses opinions, continuent à l'obséder de vaines terreurs. Il se plaint encore que les terroristes veulent décidément le tuer. Ils l'ont attendu dans une rue où il s'est abstenu de passer : voilà toute la preuve du complot.

Des renseignements et des lettres particulières ajoutent aux craintes du Directoire sur la capacité de Jourdan, dont Carnot prétend que le Comité de Salut public a plusieurs fois douté, parce qu'il a plusieurs fois remis Jourdan en disponibilité.... € Mais, répond Rewbell, ton comité est toujours revenu à le réemployer, et il fallait bien qu'il lui eût rendu des services pour qu'il fût le général en chef de Fleurus.... » Dans ce moment, le général Jourdan est de plus traité d'anarchiste. Le Directoire se forme en comité secret. Chacun s'explique sur les renseignements qu'il a reçus sur les armées. Il est unanimement décidé qu'avant de prendre des mesures publiques, il sera envoyé des agents secrets aux armées, ils auront le caractère ostensible de commissaires aux subsistances. Le ministre de la guerre, à qui le Directoire a très expressément renvoyé l'affaire des fournitures, n'a pas cru pouvoir prendre de parti sans nous en référer. Il demande la parole sur l'entreprise des fournitures générales des armées. Il discute les inconvénients et les avantages de ce projet. Il est repoussé par Rewbell qui assure que les soumissionnaires ne sont pas plus des honnêtes gens que des patriotes. Carnot, qui n'a point à se défendre dans une question de probité^ croit devoir sommer le ministre Petiet de dire à Rewbell s'il a eu la main forcée pour ce rapport. Petiet hésite; il dit pourtant qu'un membre de la commission des finances le pressait pour lui faire accepter ce marché. C'est un député, soit; mais ce n'est pas un membre du Directoire.

Le ministre de la police a suspendu la représentation d'une pièce du Cousin Jacques, intitulée Nanette. Ce Cousin Jacques, dont le vrai nom est Beffroy, frère de l'ancien conventionnel de ce nom, est le même dont j'ai déjà parlé, ami d'enfance de Carnot, avec lequel il a même fait depuis, en société, des ouvx^ages dramatiques et des poésies légères. Les citations produites de l'œuvre contrerévolutionnaire laissent peu de moyens de défendre l'auteur; mais Carnot doit continuer de soutenir son ami; il déclare que ce Cousin Jacques, qu'on dit être un aristocrate, est un bon citoyen; il serait désirable que tous les hommes de lettres écrivissent comme lui Carnot ne peut défendre sans accuser : il fait une sortie contre Louvet, il l'appelle incendiaire. Je justifie le député qu'on calomnie en son absence et qu'on recevrait ensuite d'un air d'affection s'il se présentait.... Après débats, Rewbell fait approuver la conduite .du ministre qui a suspendu la représentation du bon ami Cousin Jacques.

Du moment que les prêtres de la religion catholique ont cessé d'être proscrits, et qu'ils ont pu sortir de leurs retraites, toutes leurs espérances et leurs prétentions ont recommencé. On peut dire d'eux, comme de tant d'autres, que l'appétit leur est revenu en

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