CHAPITRE XVIII. 2b
mangeant. Nous leur laissons avec une tolérance et une générosité franches la possession du royaume du ciel ; mais ce n'est pas assez pour eux : il faut qu'ils s'emparent de nouveau de la terre, et qu'ils nous en disputent le gouvernement temporel. Ce système d'envahissement, beaucoup plus accéléré qu'on ne l'aurait cru, a trouvé des complices et fauteurs à Lyon. La municipalité de cette ville a pris un arrêté pour consacrer l'exercice libre et extérieur de processions religieuses des prêtres catholiques. Pourquoi les cultes protestants et autres n'useraient-ils pas de la même permission? Carnot, toujours ferme pour les uns à l'exclusion des autres (sic). Le Directoire sent les conséquences d'une conduite qui déborde et franchit déjà si clairement les limites approuvées par la Constitution. Le Directoire décide que les auteurs de cette infraction patente seront destitués; que l'autorité supérieure réprimera de pareils excès- Rewbell communique en même temps une lettre du député Vitet qu^ donne des détails affligeants sur les meurtres impunis dont cette commune [Lyon] est le théâtre. Le général Canuel est accusé d'être le protecteur du fanatisme et des crimes du royalisme, qui marchent de front dans les réactions. Aussitôt Carnot fait l'éloge de Canuel ; il croit élever beaucoup ce personnage, qui le sera toujours fort peu, en l'assimilant à Willot, abreuvé comme lui de fausses dénonciations. Nous demandons le rappel de Canuel. Le ministre de la police fera un rapport.
Le seul monarque qui depuis la mort de Frédéric ait montré la 03,24 et 25 capacité d'occuper un trône, le seul * homme >, pourrait-on dire, ^a™\\*' qui ait vraiment régné dans cette dernière époque du x\in° siècle, l'impératrice de Russie, Catherine, a cessé d'exister. Des dépèches interceptées viennent de nous apprendre sa mort. Carnot voudrait aussitôt faire demander officiellement la paix à son successeur. Le Directoire croit ce désir de paix très juste et très naturel, mais sa expression trop prompte pourrait aller à un but contraire par sa précipitation. On écrira seulement à nos agents à Hambourg et à Bei"lin qu'ils préparent des ouvertures officieuses, sans qu'elles puissent être considérées comme officielles.
La plus belle mission que jamais gouvernement ait eu à remplir, est bien celle que la France nous a donnée pour faire son établissement républicain. Il est bien démontré que cet établissement ne peut s'appuyer que sur celui des autres peuples. Ceux auxquels la victoire a permis de nous montrer leur vraie sympathie, sont là les mains levées vers le ciel et nous suppliant de ne point les abandonner au ressentiment de leurs bourreaux. Ils réclament enfin l'organisation de leur nouvelle existence. Croirait-on qu'en présence d'une pareille possibilité, devenue plus qu'une probabilité, un homme de la portée de Carnot semble aussi peu comprendre le
rôle qui nous est délégué au sujet de cette belle Italie que nous devrons nous hâter de régulariser et de fortifier? Le Directoire s'occupe du projet d'organisation des autorités républicaines d'Italie. Carnot ne dit-il pas que notre politique doit se borner à pressurer comme un citron les Milanais et les autres États soumis par l'armée française ; qu'il faut transporter en France tout ce qu'on pourra de ce pays ; ensuite faire la paix avec l'Autriche et lui rendre nos conquêtes? Rewbell veut que le projet de Constitution et d'organisation de l'Italie ne rende point ce pays indépendant de l'armée française, mais seulement de l'Autriche et de Rome. Les opinions sont divisées surtout lorsque j'émets l'idée de constituer une grande république d'Italie, qui serait le puissant et fraternel auxiliaire de la France, et donnerait au système représentatif que nous commençons une espèce d'équilibre à l'égard du système royal héréditaire qui est encore en majorité et en force dans l'Europe. « Loin qu'une République italienne puisse devenir la sœur de la République française, répond Carnot, elle ne peut qu'en être la première ennemie. Voyez d'oîi Rome république est partie, si les Gaules mêmes ont échappé à sa conquête. »
Pour sauver la vivacité d'une discussion qui s'enflamme, on décide d'écrire à Bonaparte, avec invitation de nous faire connaître son 2G Frimaire opinion. Reprenant la discussion avec sa ténacité ordinaire, Carnot nous communique une lettre d'Italie adressée au i^eprésenlarit inai*rc'aif V. ^^^^ ' ^^ Y assure que les Italiens ne sont nullement portés à l'innovation, qu'ils sont ennemis delà république; qu'à Milan comme à Ferrare et à Bologne, on n'a recruté que quelques gueux, la plupart étrangers; que le peuple milanais s'attend à rentrer sous la domination de l'Autriche; qu'il l'appelle de ses vœux; que toutes nos conquêtes peuvent accélérer la paix, si désirée même par l'armée française. Carnot prend avantage de cette lettre pour conclure que les peuples italiens réclament leurs maîtres et qu'il faut les satisfaire en faisant une paix qu'il appelle « honorable ».
L'envoyé hollandais en Suisse, M. de Witt, a informé Rewbell que Râle et Berne n'étaient pas amies des Français. Bâle a donné passage à une colonne autrichienne, et croit s'excuser en se plaignant des excès de quelques soldats français qui, après l'affaire de Huningue, étaient passés sur le territoire bâiois.
L'envoyé de l'Angleterre, Malmesbury, avait été annoncé comme arrivant en France avec les intentions les plus faciles ; il n'a pas tardé à dévoiler la politique dont il est l'organe. Il a osé énoncer d'abord la restitution de la Belgique, l'abandon de la Hollande, la restitution des biens séquestrés et le statu quo avant la guerre. Il est bien clair que le ministère anglais n"a pris ce prétexte de paix que pour jeter l'odieux sur le Directoire. Pouvons-nous seulement