‹ Mémoires;Chapitre 141 sur 302 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

aller se reposer de ses sottises qui lui ont valu le mépris des deux armées.

Carnot présente ensuite une nomination de la municipalité d'Arles : ce sont des choix désignés par Willot et Durand-Maillane. J'obtiens après longue discussion le renvoi au ministre de la police pour rapport.

Un aide de camp de Beurnonville annonce que l'armée de Sambrect-Meuse manque de tout, mais qu'elle est toujours républicaine. Carnot lui répond : « Dites anarxhiste ; les soldats déclament d'une manière indécente contre le gouvernement; ils regrettent Jourdan, détestent Kléber, et nous feraient à tous tant que nous sommes ici un très mauvais parti s'ils nous tenaient. » Voilà comment, sans pouvoir se contenir, Carnot, par ses boutades, aliène les défenseurs de la République, et fait les affaires des royalistes. Le Directoire devrait exprimer d'autres sentiments à l'armée. La vérité est que. cette armée, constamment républicaine et vertueuse, s'est couverte de gloire à plusieurs reprises ; qu'elle a fait les choses peut-être les plus difficiles de la guerre moderne; qu'elle ne demande encore aujourd'hui, pour voler à la victoire, qu'un chef capable, des vêtements et des vivres; occupons-nous de lui en fournir, ne la calomnions pas ; elle recommencera sa gloire : c'est ainsi que .répondent les soldats français à ceux qui les accusent.

Le député Lebrun, membre du Conseil des Anciens, a prié Carnot de faire agréer un commissaire de son choix pour un arrondissement qui l'intéresse. Le député Lebrun, qui n'a pas hésité à dire au Directoire lui-même qu'il était royaliste, est-il bien l'homme de confiance de la main duquel nous devons recevoir des fonctionnaires? Carnot dit avec candeur que « Lebrun est bien changé > de ce que fut jadis le secrétaire de Meaupou. Lebrun a assuré qu'il était maintenant, ainsi que Portails, très républicain. C'est sur cette assertion d'hier que Carnot vient nous avancer aujourd'hui que Lebrun et Portails sont de fermes appuis de la République. Ces deux républicains si déterminés ne sont pas autres que ces deux personnages destinés à se distinguer si pompeusement au service de l'Empire : tandis que l'un s'appellera « Excellence », l'autre ne prendra pas seulement le titre de « prince », il croira l'être; et ses enfants le croiront aussi! Le Directoire veut être poli, s'il n'est pas tout à fait crédule : le commissaire désiré par Lebrun est adopté. Dans la satisfaction de ce petit succès, Carnot ajoute : « D'après ce qu'on impute à mon frère et à moi, nous aurions dit au député Bergoing que la République ne serait bien gouvernée et bien administrée que par des citoyens modérés. Je ne désavoue pas certes cette dernière partie de mon opinion. — Ce n'est pas moins la nôtre à tous que la tienne, dis-je à Carnot : nous sommes T. II. 17

d'accord sur les principes; il n'y a discussion que sur la manière de les appliquer. Le choix des personnes devient le fait, et le fait est toujours la question sur laquelle il faudi'ait s'entendre avec calme et bonne foi, si nous voulons maintenir la République. »

auioNivôsc Clarke, envoyé en Italie pour nous rendre compte de l'état ^" ^" politique et militaire des peuples conquis, n'a déjà plus à s'en tenir à cette mission trop simple. Ainsi qu'on l'a déjà vu à son passage à Lyon, il va bientôt faire de nouvelles preuves de ce caractère de duplicité que l'opinion publique regarde comme l'apanage établi de la diplomatie. Au lieu de se rappeler qu'il était l'agent du Directoire, Clarke a commencé par se faire celui de Bonaparte et se mettre à ses gages : il lui a fait part de ses instructions secrètes. Il adresse au Directoire une liste des officiers généraux employés à l'armée d'Italie : les observations qui accompagnent cette liste portent notamment qu'Augcreau, Masséna et Lannes sont des voleurs coupables de toutes sortes d'exactions.

Bonaparte était d'abord si peu prévenu pour Clarke, que fort peu de jours après l'arrivée de celui-ci, nous reçûmes de l'état-major de Berthier, c'est-à-dire de Bonaparte lui-même, la note suivante :

« On mande de l'armée ce qui suit :

« Clarke est le neveu de M. Shée, secrétaire du duc d'Orléans. L'oncle Shée était en même temps secrétaire général des hussards (sic) avec la commission de colonel. Clarke était guidon de la colonelle générale dans le régiment des hussards du duc d'Orléans, et ce qu'il y a de plus singulier, c'est lui qui a accompagné M. le duc d'Orléans à Londres quand ce prince, sous l'Assemblée constituante, après les événements des 5 et 6 Octobre, obtint la permission du Roi ou reçut l'ordre de Lafayette de quitter momentanément Paris. Pendant toute la durée de la mission anglaise il lui servit d'interprète, de secrétaire intime. Comment expliquer ce qui se passe? A quelle stérilité de purs républicains sommes-nous réduits,

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