CHAPITRE XVIII
que pour traiter de la paix on ne trouve d'autre négociateur dans la République qu'un Irlandais, qu'un ci-devant secrétaire intime de Mgr le duc d'Orléans, ami, il est vrai, du Directeur Carnot? Il est à croire que, par reconnaissance pour ce procédé conciliateur, les Anglais troqueront le lord Malmesbury contre M. Lally-Tollendai, qui déjà joue à Londres le rôle accrédité de Malmesbury à Paris, Ici la faction des Bourbons de crier à la faction d'Orléans (sic). Mais où estelle? dit-on. Un homme d'Etat nous répond : « Elle est en « route. Puisse-t-elle s'y rompre le cou! car nous voulons de « bonne foi la République et la Constitution de l'an IV (sic). » Nous n'avons donné aucune suite à la note de Bonaparte; elle mérite cependant quelque attention, comme échantillon de son style pamphlétaire où le venin est si largement distillé. Clarke croyait avoir conquis Bonaparte par sa trahison, et s'imaginait être au mieux avec lui, qui le traitait et le dépeçait de cette manière. Il n'agissait pas avec moins de fausseté envers « ses généraux » : on a vu tout à l'heure comme, voulant leur ôter tout honneur civil, il les vouait à l'opprobre comme autant de voleurs; il ne les traitait pas avec moins de méchanceté dans la question de leur honneur militaire, qu'il n'avait pas encore voulu leur ravir. Alors qu'il nous écrivait avec le plus de pompe sur les exploits de l'armée d'Italie, et qu'il exaltait le plus les généraux ses coopérateurs, notamment Augereau au pont d'Arcole, il me mandait qu'il ne fallait pas prendre au sérieux tout ce qu'il nous disait sur ces fameux généraux qu'il portait si haut : « Il faut, disait-il, les grandir pour que leur grandeur serve à la République; il faut faire des noms qui parlent aux imaginations, il faut montrer des colosses : les hommes ne se prennent que par les sens ». Mais Bonaparte n'avait pas besoin de nous pour obtenir la publicité qui lui convenait. Il était, par Regnaud Saint-Jean-d'Angély et d'autres agents qu'il avait à son armée, en rapport avec tous les journaux de
Paris, comme il était le maître et le faiseur de ceux d'Italie. On voit comme, en tnême temps qu'il cherchait à apprivoiser Clarke auprès de lui pour le tourner contre le Directoire, il s'occupe encore de le travailler à Paris, comme orléaniste, afin de lui ôter toute considération et de le tenir davantage dans sa dépendance pour le faire ag-ir à son gré suivant ses combinaisons.
Moreau annonce que la seconde parallèle des attaques est achevée et que Kehl ne peut plus tenir. Il a été obligé d'évacuer. L'armée française est de soixante mille hommes; l'ennemi est beaucoup moins nombreux que nous; il est en plaine et nous sommes retranchés : l'ordre de ne point rendre Kehl est expédié sur-lechamp à Moreau.
Quoique la retraite de Moreau ait été assez brillante pour dévenir l'un de ses trophées les moins contestés, elle n'en a pas moins eu la malheureuse conséquence de nous ramener jusqu'au Rhin et de nous y faire perdre la rive droite. La tête du pont de Strasbourg, le fort de Kehl, a bien pu arrêter encore quelque temps les forces de l'ennemi, mais les premiers traités faits avec plusieurs parties de l'Italie ne sont point définitifs, et n'ont pu être considérés que comme des armistices. Toute rupture est subordonnée aux événements de la guerre.
Carnot, que depuis longtemps on n'a guère vu se décider, nous faconte d'une manière fort aimable qu'il a donné, la veille, un dîner à des représentants patriotes ; que, leur a-t-il dit, nous nous réjouissions d'avance d'une réconciliation toute naturelle ; c'était aller trop vite en espéi'ance. Les convives de Carnot ont reproché la conduite du Directoire envers eux. Carnot a répondu à Treilhard et à Berlier qu'ils étaient les organes de Louvet, de Poultier et d'autres exclusifs; que les patriotes repoussés par le Directoire étaient des hommes qui n'avaient que la couleur du patriotisme et ressemblaient à l'adjudant Minette qui « monseigneurisait » le prince de Conti. 11 et 12 Des lettres de Lyon, de la Provence et du Languedoc écrites par
Nivoseanv, ^^^ fonctionnaires civils et militaires dignes de foi annoncent qu'on y enrôle publiquement pour le royalisme; que les assassinats continuent; que l'esprit public est détruit; que les patriotes sont proscrits, et que la contre-révolution domine. Le Directoire peut mettre un terme à tous ces excès en se prononçant par une proclamation, par des ordres, par l'envoi de commissaires. Un message en même temps adressé aux Conseils produira de l'éclat, et redonnera de l'énergie aux i^eprésentants et aux citoyens fidèles à