CHAPITRE XVIII
la République. Carnot trouve de l'exagération dans les rapports. Il soutient avec une nouvelle obstination que les terroristes sont seuls dangereux; que le royalisme, de sa nature, n'est nullement audacieux. Nous lui répondons qu'il, y a des exemples contraires a cette opinion. Lacroix, ministre des relations extérieures, annonce 13. 14
, , ... , , loj- 1. ' L ' et 15 Nivôse
que les négociations entamées avec la vSardaigne ont ete rompues ^n v. par ce gouvernement.
Le ministre de la police craindrait de \'H!)ir mettre en doute l'existence de son ministère, s'il ne nous tenait sans cesse en haleine par quelques faits qui recommandent l'utilité de son département. 11 nous apporte d'un air de jubilation, et nous fait lecture d'une lettre interceptée, écrite de Suisse par un prêtre émigré nommé Proyard à M. l'évêque du Puy en Yelay. Proyard est venu à Paris, dépêché en courrier par le général prince Hohenlohe, adressé à M. Sandos, ambassadeur de Prusse : « Il a, prétend-il, parcouru la France. Pendant son séjour à Paris il a été admis dans trente églises ouvertes, et surtout dans beaucoup d'oratoires particuliers, où il a dit la messe, ainsi que dans les maisons religieuses nouvellement établies. Il a vu des carmélites et des personnes pensant bien qui les visitent : on cite la fille du ministre Bénézech. Les Français sont mécontents; il faut espérer que la fréquentation des temples et des ministres du Seigneur rappellera le repentir et les sentiments de piété. Il a rencontré à Paris M. Cognon, qui conserve un pied dans la Révolution et un en dehors. Il est son ami et celui de M. Gérard, de Lyon; tous deux ont de l'argent à lui remettre. Henry La Rivière, représentant, est annoncé comme bon royaliste; le mot d'ordre est : « Point d'explosion, mais tra- « vailler lentement l'opinion publique ». Le clergé et la noblesse ont conservé toujours de l'influence; ils doivent s'en servir avec réserve pour ramener les hommes égarés. La France est grosse d'un Roi; avec ces mesures, aidés des puissances étrangères, on l'amènera à une couche heureuse. »
Après la lecture de cette pièce qui appartient sans doute
au royalisme, le ministre demande les ordres du Directoire. Rewbell propose un message au corps législatif; il est appuyé par La Revellière et moi; Garnot n'est pas de notre avis : il n'a jamais que son idée fixe devant les yeux, il voit l'anarchie menacer la patrie; elle tirerait avantage du message contre le royalisme, qui ne présente aucun danger. Le mal est dans les journaux de Louvet et de Poultier : c'est eux qui désorganisent les armées, provoquent la désertion. Rewbell est furieux de ces déclamations répétées contre les terroristes. « Je me jetterai, dit-il, tout à fait dans ce parti terroriste, je marcherai avec ceux que vous voulez toujours qualifier de brigands, et nous sauverons la République. Il est humilié, dit-il, de siéger au Directoire; il regrette de ne pas être resté au corps législatif, pour y combattre les chouans, les royalistes, les privilégiés, et même le gouvernement, qui se conduit d'une manière aussi mesquine et si peu digne de sa noble mission. » J'ajoute à ce que vient de dire Rewbell : « S'il y a désorganisation dans les armées, elle est l'ouvrage des hommes plus que suspects qu'on y a envoyés. — Je désirerais, continue Rewbell, que les armées fussent toutes terroristes (ainsi que Garnot s'est exprimé lui-même dans un discours prononcé par lui à la Gonvention nationale pendant la réaction du 9 Thermidor : c'est l'une des plus belles pages de sa vie). N'est-ce pas à ces prétendus terroristes que nous devons les victoires sans lesquelles nous n'existerions ni au Luxembourg ni ailleurs? Personne n'est plus calomnié que moi par les journaux chouans, qui trouvent ici des protecteurs. Le jour oii le Directoire se rattachera les amis de la liberté, cesseront les personnalités que se permettent quelquefois les journaux républicains. J'insiste pour le message. )' Le ministre de police demande à être simplement autorisé à communiquer tous ces renseignements aux commissaires des Gonseils, en y ajoutant les observations qu'il vient d'entendre. Gette opinion est adoptée.