‹ Mémoires;Chapitre 145 sur 302 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

les militaires dont nous disposions, le plus capable de diriger et de mener à bonne fin une pareille expédition était sans contredit le général Hoche, pacificateur de la Vendée, homme éminent comme politique non moins que comme guerrier, il avait fait toutes les preuves et donné tous les gages. Il fut nommé commandant en chef. Nous nous en rapportions assez à sa discrétion et à sa délicatesse pour lui donner tous les moyens, hommes, argent, vaisseaux, qu'il croirait nécessaires. On me demanda une liste d'officiers de marine dévoués à la République; mes avis ne furent pas adoptés : on crut qu'ils se rattachaient à mon affection pour l'ancienne marine. M. Morard de Galles fut choisi comme amiral de l'escadre. Ce marin était un honnête homme, mais au-dessous de l'aptitude et de l'activité indispensables pour une aussi grande affaire. Mon jugement sur lui ne tenait à aucune prévention, mais reposait sur des observations formées dans une campagne de mer que j'avais faite avec lui.

Hoche, rendu à Brest, s'aperçut qu'il y avait lenteur et mauvaise volonté dans l'armement ; il écrivit franchement au Directoire qu'avec de pareilles gens on devait s'attendre à des revers; mais, son courage prenant le dessus, il ne crut pas moins devoir remplir sa glorieuse mission, et il fît enfin mettre l'escadre à la voile. Les vaisseaux s'abordèrent en sortant de Brest; l'escadre dispersée ensuite, quelques-uns seulement arrivèrent au lieu du rendez-vous, la baie de Bantry; et celui qui y était arrivé le premier, Grouchy, avec six mille hommes, n'osa entreprendre de débarquer. Etant parti plusieurs fois du port de Brest pour mes différents voyages, j'avais une connaissance particulière des avenues, et je crus devoir prévenir mes collègues des difficultés que présente le canal de Saint-Georges, surtout dans la saison oi^i nous étions (fin de décembre). On ne peut, sans croire à la fatal! lé, considérer ce qu'entraîne souvent celle d'un homme dans les plus grandes affaires, quand on voit que le gêné-

rai Grouchy, qui fait manquer ici Texpédition d'Irlande, est le même qui, près de vingt ans plus tard, sera cause de notre déroute à Waterloo! Waterloo, Bantry! quels que soient les plaidoyers que Grouchy puisse présenter à ses contemporains pour expliquer sa conduite dans ces deux circonstances, elles n'en sont pas moins malheureuses, et retiendront toujours son nom cruellement enchaîné dans l'histoire! Le Séduisant s'était perdu en quittant le port, par suite de l'ignorance de son commandant, que le ministre de la marine aurait dû renvoyer du service. La frégate Fi^aternité n'ayant, à cause de la brume et du vent impétueux, pu rejoindre l'armée le lendemain du départ, fît voile vers Bantry-Bay, où était le rendez-vous. Arrivée là, elle y essuya une chasse terrible par plusieurs vaisseaux; ayant échappé à ce danger, elle revint vers l'entrée de la baie. C'était durant le temps qu'avaient emporté {sic) la chasse et la contrariété du vent, que l'armée était entrée dans cette baie, y avait mouillé et en était sortie. Cependant la Révolution^ vaisseau de 74, se trouva dans ces parages et apprit cet événement à l'amiral Morard de Galles. Alors celui-ci, ne croyant plus possible de rassembler les forces navales, fit route pour Brest : il tomba dans une division anglaise et reçut une seconde chasse non moins forte que la première. Il se décida à porter dans le sud, toujours accompagné de la Révolution. Tous les deux rencontrèrent le vaisseau rasé le Scévola, qui était sur le point do couler, et ils prirent à leurs bords l'équipage et la troupe de ce bâtiment ; après quoi on acheva de le submerger. Ensuite ils firent rencontre de la Tortue qui amarinait deux prises ; enfin ils abordèrent à la Rochelle; ils ont même, chemin faisant, repris la flûte le Suffren, que les Anglais avaient amarinée quelques jours auparavant.

Il restait à rentrer le vaisseau 7es Droits de riiomme, la frégate la Z?rayowre et la. Justine; cette dernière n'a pas reparu. La Bravoure est arrivée à Lorient ayant perdu son gouver-

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