CHAPITRE XIX
nail. On assure que la Ville de Lorient, autre flûte, doit être aussi dans ce port. Quant au vaisseau les Droits de Vhomme^ parvenu aux atterrages de Brest, près la baie d'Audierne, il a été pris de nuit pour une frégate par un vaisseau rasé portant du gros canon et par une frégate de quarante canons anglais. Le combat s'est engagé et a duré toute la nuit. Malheureusement le vaisseau français ne pouvait faire jouer les deux batteries que d'un côté de la frégate, parce qu'il régnait une tourmente qui noyait la batterie opposée. Néanmoins on se trouvait au jour à portée de pistolet. Dans cet état, le vaisseau anglais, qui craignait l'abordage, tenta une manœuvre pour s'éloigner. Lacrosse, qui commandait le français, fit aussi une manœuvre pour prendre ses ennemis par la gauche; il y eut alors abordage forcé, dans lequel, par un coup du sort, notre vaisseau perdit son mât d'artimon et son grand mât de hune. L'anglais était fort maltraité par le canon, mais non démâté aussi cruellement. Il s'éleva peu à peu dans le vent, et, après avoir froissé sa quille sur la roche, il parvint à prendre le large et se sauva. Pendant que cela se passait, Lacrosse faisait aussi des efforts pour piquer au vent, toujours dans le dessein de rejoindre le vaisseau ennemi, et n'ayant plus à craindre la frégate qu'il avait châtiée de manière à lui ôter le désir de reparaître. Hélas! il ne put jamais parvenir à s'éloigner de la côte : d'abord la tempête venait du large, et en second lieu parce que, son grand mât d'artimon étant à bas, ses principales ressources manquaient absolument. Il dériva donc de plus en plus, et finit par tomber sur la roche où il est resté.
Cependant le contre-amiral Bouvet, qui s'était séparé de l'escadre faisant voile pour l'Irlande, est rentré à Brest au mépris des ordres qu'il avait reçus. Son arrestation et sa mise en jugement sont prononcées.
Morard de Galles et Brieux arrivent sous peu de jours. Le général Hoche est ramené par eux, et rendu à Rochefort.
Telles sont les tristes nouvelles dont Hoche, frémissant de rage et accablé de chagrin, nous rend compte ; tel est le malheureux résultat d'une expédition qui fit trembler l'Angleterre, fermer sa banque, et dont M. Pitt épouvanté ne peut s'empêcher de dire dans son expression d'admiration pour les Français : « Comment lutter avec ces hommes intrépides qui s'avancent contre nous sous la protection des tempêtes! » Le général Humbert, commandant la légion des Francs, était à bord des Droits de l'homme. Il s'est montré avec beaucoup décourage et de sang-froid pendant un combat qui a duré dix heures, dont deux bord à bord.
Tous les bataillons qui étaient embarqués, sont envoyés dans les départements de la ci-devant Bretagne, et il est à croire qu'on ne tentera pas de seconde expédition, du moins pour cette année.
Bonaparte, en apprenant cet échec de l'expédition d'Irlande, s'écrie, dans sa personnalité toujours exubérante : « Mais pourquoi ne m'a-t-on pas envoyé en Italie ces vingt mille hommes si légèrement confiés au général Hoche? » Nous avions envoyé à Bonaparte tous les renforts dont il pouvait avoir besoin, aussi ce n'est pas à l'égard de Bonaparte que nous pouvions être en reste de quelque chose. Ne cherchons point et ne laissons point donner au Directoire des torts qu'il n'avait pas. L'expédition d'Irlande était une belle, grande et juste conception. Elle a manqué par l'impéritie de la marine et la faiblesse d'un chef militaire. Le poète français a fait dire à César :
Et j'ai souvent connu qu'en chaque événement Les destins des Etats dépendaient d'un moment.
Si le débarquement de Hoche eut été accompli, c'en était fait de l'Irlande et même de l'Angleterre. Rapportons-nous-en, en définitive, à ce sujet, au témoignage que j'ai rapporté de