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CHAPITRE XIX

M. Pitt, assez bon juge sur la matière : jamais ce iiiinistre et son pays n'ont éprouvé « une pareille commotion »,

Le général Moreau persistant à déclarer qu'il ne peut i'' Nivôse conserver Kehl, Carnot propose de l'autoriser à. capituler ou à évacuer, Rewbell veut qu'on ordonne de tenir et de défendre Kehl jusqu'à la dernière gargousse. Carnot réplique qu'on sacrifierait inutilement beaucoup de monde et même l'artillerie. Il veut attaquer personnellement Rewbell en lui disant : « Si Mayence avait été défendue de cette manière,.. ». Rewbell établit avec un raisonnement très calme et très serré que la situation de Kehl et celle de Mayence ne se ressemblent pas. Il voit bien au surplus que la reddition de Kehl est un parti pris d'avance, Moreau n'a sollicité d'autorisation que pour garantir sa responsabilité : l'ordre de défendre Kehl jusqu'à la dernière extrémité lui a été donné, et doit être exécuté. Carnot voit ici une hostilité contre Moreau, que ses talents militaires devraient préserver d'une rigueur sans mesure. Je propose de prescrire à Moreau de tenir Kehl tant qu'il aura des munitions et que la défense sera possible. La Revellière est de mon avis. Carnot né veut plus écrire à Moreau, Letourneur adopte ma rédaction; Rewbell revient à son opinion, plus dure que la mienne, La Revellière rédige le projet de lettre, Carnot refuse de voter, Rewbell préfère la rédaction que Carnot propose ; Letourneur y adhère ; la majorité l'adopte. La discussion est terminée par ces mots de Carnot qu'on croirait réconciliatoires : « Mes collègues, ne nous fâchons pas ». Dans la soirée, le général Dupont, de la part de Carnot, m'invite à signer les dépêches relatives à Kehl. Je signe l'expédition, « Est-il nécessaire d'envoyer un courrier extraordinaire? — Le Directoire avait cette intention », dis-je au général. Il revient quelques instants après me rapporter que Carnot ne veut rien prendre sur lui. Je réponds que notre devoir est d'exécuter les intentions manifestées du Directoire : le courrier est parti.

Quoique les vues énergiques que Carnot a déployées en 1793 par la conduite de la guerre n'aient plus la même hardiesse, et qu'il paraisse saisi d'une timidité que nous serons souvent dans la nécessité de combattre, il serait à souhaiter qu'il restât tout entier livré à celte partie, qu'il possède certainement en homme supérieur. Mais son imagination est devenue la proie de certaines personnes qui lui ont montré le jacobinisme comme un vampire incessamment attaché à ses pas.

Dans la nuit du 16 au 17 on est venu en grande hâte lui annoncer que les anarchistes se réunissaient en armes vers le Panthéon;' il en a prévenu le ministre de la police ainsi que le commandant de la garde du Directoire. Nous n'avons pas voulu contrarier le sentiment de terreur qui poursuivait Carnot, autrement que par la connaissance des faits; nous avons donc chargé le commandant en second et le général en chef d'aller reconnaître ces rassemblements armés. Ils reviennent après avoir fait patrouille le jour et la nuit dans tous les sens, et s'accordent avec nos autres agents pour déclarer qu'ils n'ont rencontré personne et que la plus grande tranquillité règne. Carnot était si pénétré de son danger, qu'il a l'air aussi malheureux qu'humilié d'être forcé de renoncer cette fois encore à cette chimère.

18 au Le procès de la conjuration Babeuf se poursuit à Vendôme. Le

•^Nivosc dénonciateur Gi'isel est appelé en témoignage à la haute cour Carnot croit qu'il est nécessaire, pour qu'il ne soit pas assassiné en route, de lui faire prendre un détour, et de lui donner un passeport en conséquence et de l'argent pour son voyage. N'en a-t-il pas déjà assez reçu, ce provocateur et véritable complice de ceux qu'il a l'ait mettre en jugement et qui ne sont pas aussi coupables que lui? Nous faisons tous cette réflexion en nous regardant non sans quelque rougeur. Cependant le ministre de la police donnera des fonds au délateur Grisel.

Il semblerait que les pouvoirs délégués à une grande distance de la capitale devraient avoir plus de motifs pour rester unis afin de se trouver plus forts pour tenir tète aux obstacles qu'ils sont des-

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