‹ Mémoires;Chapitre 149 sur 302 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Ajoutez à ces chants impies le Réveil du peuple renouvelé avec les cris : « A bas la République! Mort aux Cinq! »... et c'est sur les victimes désignées par ces furieux royalistes que le commandant de la place et de la gendarmerie portent encore toutes leurs rigueurs, afin de les livrer pieds et poings liés à leurs bourreaux. Aucune mesure n'est prise : renvoi seulement au ministre de la police.

En même temps que Carnot est si doux envers les journalistes qui ne s'en prennent qu'à ses collègues, il est d'une irritation redoublée contre les journalistes qui l'attaquent personnellement; s'il pouvait mettre Rewbell avec lui de moitié dans son ressentiment, il lui dit qu'il n'est pas épargné. « C'est vrai, répond Rewbell. Eh bien, prenons notre canne et marchons ensemble en distribuer cent coups aux tiens, aux miens; au Censeur^ au Cousin Jacques et à leurs pareils. — Cette expédition, dit l'un de nous, doit être confiée à Carnot, puisqu'il se croit le plus blessé. Ce serait manquer à ce qu'on lui doit que de lui refuser la présidence dans cette correction paternelle des journalistes. » Carnot ne peut garder son sérieux et s'échappe à rire. « Ecrivez ([u'il a ri », dit Rewbell au secrétaire Lagarde. Désolé d'avoir ri, Carnot réplique, sérieusement : « Mais c'est qu'on attaque notre honneur, notre probité, tout ce qu'il y a de sacré. — Il faut, dit Rewbell, répondre par notre conduite à toutes les calomnies; nous sommes en première ligne pour être attaqués, mais aussi en première vue pour montrer notre innocence. »

Des négociations ont été entamées à Milan avec l'agent Vincent, stipulant pour rAutriche. Clarke nous écrit que ces négociations sont rompues; que les traités qui lient l'empereur avec l'Angleterre l'empêchent de conclure l'armistice général: qu'au reste on ne veut pas reconnaître la République; et qu'il serait peut-être possible de négocier sous main un traité. Des pouvoirs à cet effet sont envoyés à Clarke. Il serait plus convenable d'en charger l'agent secret que nous avons k Vienne,

Le ministre de la police, qui tous les jours nous occupe des choses les moins sérieuses, nous annonce celte fois qu'il n'y a rien de plus grave que ce qu'il va nous faire connaître; il demande une séance particulière. Je fais retirer le secrétaire Lagarde. Cochon donne lecture d'une déclaration du chef d'escadron Malo, commandant toujours au camp de Grenelle. Cet officier déclare que la conduite vigoureuse qu'il a tenue précédemment, lors de la tentative des anarchistes sur le camp, l'ayant fait croire aristocrate par les royalistes, qui s'imaginent toujours rencontrer leurs pareils, les commissaires de Louis XVIII ont voulu le gagner; qu'il s'y est prêté dans la vue de servir la République et le Directoire qui la représente; qu'il a eu une conférence avec le prince de Poix, de Narbonne, Viomesnil, Bouille et plusieurs autres dont il ne sait pas encore les noms; qu'il y a été question d'égorgement du Directoire ; que le duc de Bourbon était attendu; qu'un des enfants du comte d'Artois devait être à Paris; que Puisaye y était arrivé depuis trois jours; qu'on était en mesure de rétablir le trône; que l'abbé Sicard était correspondant des conjurés. Malo déclare qu'ils l'ont chargé de mettre dans leurs intérêts le commandant des grenadiers du corps législatif; qu'on lui a fait beaucoup de promesses et donné l'espoir d'être placé au premier rang avec d'augustes personnages qui devaient paraître et jouer le principal rôle dans cette contre-révolution. Le Directoire, après avoir entendu cette déclaration, charge le ministre de la police d'inviter Malo à s'occuper de suivre les traces qui peuvent mener à tout découvrir; et le ministre de la police personnellement donnera à l'affaire la plus grande attention.

Les temps de guerre ne sont pas des temps de morale : comme ils donnent des prétextes, on y prend des raisons de toutes les violations. Il est sans doute très constant que, depuis que nous sommes en guerre avec l'Angleterre, cette puissance, coalisée avec plusieurs autres et liée encore avec

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