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CHAPITRE XIX. â

les émigrés, a cru pouvoir faire fabriquer de faux assignais et mandats pour détruire la ressource de notre monnaie nationale. 11 est très vrai qu'une grande quantité de cette fausse monnaie, lancée sur notre territoire, a porté un grand préjudice à notre crédit. Le ministre de la police a cru le gouvernement français suffisamment autorisé par ces émissions des faux assignats, confectionnés en Angleterre, à user de représailles. Sur la proposition officieuse à lui présentée par un M. Morainville, il a autorisé ce particulier à établir une contrefaçon de billets de banque anglais; Morainville vient d'en faire passer pour plusieurs millions en Angleterre, en Hollande et dans les villes hanséaliques. Cette fabrication, au reste, par des maladresses sans fin, n'a porté aucun préjudice à la banque d'Angleterre, qui en avait été prévenue. Si, dans ces Mémoires où je ne crois devoir rien taire de ce que comme gouvernement nous avons fait à tort ou à raison, par spontanéité ou par entraînement, j'ai dû révéler un fait aussi grave, et qui peut rester à notre charge, ce n'est pas que je prétende qu'il soit possible de le justifier par aucun des prétextes qu'on appelle les nécessités de la guerre, pas même par le droit de représailles. Ce moyen antisocial et vraiment infernal a été depuis déployé plus en grand par Bonaparte contre les banques de Vienne, de Hambourg, de Londres, etc. Il était réservé à ce génie satanique de surpasser tout ce qu'il y a eu de plus mauvais dans les plus désastreuses inventions de la politique.

La discussion s'ouvre sur les instructions qu'on donnera à Clarke 56 Nivôse pour traiter de l'ultimatum avec l'Autriche. Carnet propose de ^"^' simplifier cet ultimatum. On demanderait seulement que l'empereur renonçât à la Belgique et la cédât. Il reprendrait possession de ses États au nord et en Italie, ensuite on le dédommagerait de Ja Belgique en le laissant s'étendre en Allemagne. Bewbell soutient tqu'il faut conserver la limite du Rhin. Ce sont des propositions trop )eu honorables pour la France que celles qu'on veut faire à l'em- )ercur d'Autriche. Le ministre des relations extérieures laissera

l'Autrichien occuper la Bavière, les évèchés de Passau et de Salzbourg et nous conserverions les limites du Rhin et les places que nous avons en Italie, libres et indépendantes. Rewbell et La Revellière parlent en faveur des peuples d'Italie. Carnot et Letourneur avancent que ce peuple ne mérite aucune considération; qu'il faut obtenir la paix pour nous sans nous soucier des autres. La République, selon moi, doit surtout se distinguer 'par la fidélité à ses engagements, par une protection spéciale envers les peuples qui, combattent pour leurs libertés. Carnot répond que les Italiens sont nos ennemis; qu'il serait aussi ridicule qu'affligeant de penser que la conclusion de la paix, si importante pour la France, peut être rejetée pour une chicane au profit de l'indépendance des frères et amis d'Italie. Il ne voit dans tous les Italiens que des lâches et des coquins, produit de la longue servitude où les a retenus le sacerdoce, qui les a énervés et avilis dans cette combinaison (sic). Ces peuples, sans doute, sont de l'espèce humaine et pourront se relever un jour de leur dégradation parles efforts de l'éducation; mais cette affaire est longue, et ce n'est pas à nous à en prendre la responsabilité : « En attendant, continue Carnot, pour ce que sont et valent aujourd'hui les Italiens, tels que nous les avons devant nous, je n'en fais pas plus de cas que d'un crachat. » Après une discussion très prolongée on se résume à peu près à ceci. La Belgique et tout ce que les lois ont réuni à la France lui sera conservé ; le stathouder obtiendra un dédommagement sur l'Allemagne ; le traité sera commun à la Hollande; il sera accordé six mois pour l'évacuation des pays conquis; les peuples d'Italie ne pourront être recherchés pour leurs opinions, ni pour leurs actions; Rome n'est pas comprise dans le présent traité. Je propose d'y ajouter l'indépendance de Bologne, de Ferrare, que ses peuples ont sollicitée et que nous leur avons itérativement promise; que les habitants d'Italie conservent leurs propriétés; qu'ils puissent les vendre, les aliéner et en percevoir les revenus dans leurs pays comme chez l'étranger, où ils soient libres d'aller. Carnot déclame avec unnouvel emportement contre les pauvres Italiens, il soutient toujours que ce sont autant de bandits attachés à la royauté ou à l'anarchie; que cette canaille ne doit pas faire oublier le grand intérêt de la France, qui est la paix. Letourneur m'interpelle de m'cxpliquer sur cette question : faudrait-il rompre les négociations, dans le cas où l'empereur tiendrait à ce que les peuples conquis ne fussent pas compris dans le traité? Je déclare sans hésitation qu'il faudrait rompre cette négociation et toutes les autres, à moins de manquer aux premiers principes de la Révolution, à laquelle nous devons l'existence et qui nous a ordonné de la respecter sous peine d'être les premiers parjures du monde à la liberté, à l'humanité, nous que

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