‹ Mémoires;Chapitre 155 sur 302 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

quand les imaginations sont frappées. Des coups de fusil' partis 2 Pluviôse des Invalides ont blessé à la cuisse un soldat qui passait. Malo, ayant passé de ce côté quelques instants après, voudrait que ce fût sur sa personne que les royalistes et les anarchistes auraient dirigé leur coup. Il paraît que les auteurs de cet accident nullement prémédité sont tout simplement deux boulangers tirant à la cible dans une des cours, et que l'accident n'a tenu qu'à leur maladresse. Telle est au moins l'opinion du ministre de la police» qu'on sait bien n'être pas pressé du besoin de trouver, encore moins de créer des innocents; au Conseil des Cinq-Cents, le député Rouillet veut que les Jacobins soient les auteurs de cet assassinat.

Letourneur recommande encore au ministre de la police les plus grandes précautions contre tout ce qui pourrait troubler la cérémonie du 21 Janvier. Nous montons en voiture pour nous rendre à Notre-Dame. Le peuple plaisantait beaucoup sur les costumes des Directeurs et des ministres; des femmes nous faisaient la grimace. Placés sur l'estrade qui nous était destinée, nous fûmes tout à coup enveloppés d'un tourbillon de poussière. Des toiles d'araignées et de la terre furent comme lancées d'un trou pratiqué dans la voûte, destiné au passage des cloches. Ce tourbillon paraissait principalement dirigé sur la tête chauve de Carnot; il crut même voir survenir un crachat sur le papier de musique qu'il tenait à la main. Carnot était placé près de moi ; je me retirai dans l'autre partie, pour ne pas être atteint par ces espiègleries. Le discours que je prononçai comme président n'éprouva aucun murmure, non plus que le serment. Le peuple demeura silencieux au cri de « Vive la République! », répété seulement par les autorités. La cérémonie achevée, nous retournâmes au Luxembourg. Nos collègues se croyaient échappés à un grand péril. Je réunis le soir chez moi un membre de chaque autorité de Paris. Le ministre de la guerre m'amena lies généraux Hoche et Lefebvre. Hoche revenait de Roche- Ifort, aussi indigné qu'affligé de son revers d'Irlande. Il nia tqu'il y eût eu des tempêtes en mer pendant la navigation. II

se plaignait des marins. Le général Debelle, son beau-frère, disait qu'ils manquaient autant d'instruction que de civisme. Le vaisseau les Droits de V homme avait échoué à Audierne, après un combat contre un vaisseau rasé et une frégate anglaise. Celle-ci, à son tour, avait échoué sur la côte de France; il ne restait plus en mer de l'expédition d'Irlande que deux vaisseaux de transport.

Le général Lefebvre, arrivant de l'armée de Sambre-et- Meuse, était intéressant à entendre sur la position de cette armée, dont il était l'un des créateurs et qu'il n'a jamais quittée. Il me fît part du chagrin que les défenseurs de la République éprouvaient de se voir rendre aussi peu de justice dans l'intérieur; il m'assura que le général Kray « était peut-être plus indigné que les Français des calomnies répandues contre les généraux républicains. L'Autrichien a déclaré qu'en toute circonstance il s'honorerait de reconnaître le mérite et les vertus des soldats français. Dans un diner que le général Kray nous a donné pendant V armistice, continuait Lefebvre, il a mis de la coquetterie à faire exécuter par sa musique l'air des Marseillais : Allons^ enfants de la Patrie.... » Lefebvre ajoutait encore, avec toute la chaleur de son âme, que les défenseurs de la patrie et les républicains jouissaient de plus de considération et étaient plus en sûreté aux avant-postes que dans l'intérieur.

Rentrons en séance au Directoire. Rewbell et La RevelHère exposent que l'Assemblée batave est livrée à une incertitude aussi inquiétante pour ce pays que pour nous; qu'il n'est pas possible de le laisser plus longtemps sans Constitution, flottant au vent de toutes les passions qui éclatent dans les sociétés populaires qui réagissent avec ressentiment sur la France elle-même. Il faut forcer la Hollande d'accepter un gouvernement. Je pense que, suivant les formes de la politesse la plus vulgaire, et suivant les convenances que se doivent les peuples libres ou qui prétendent l'être, nous ne pouvons rien nous permettre de plus que de faire connaître à la Hollande un vœu fondé sur l'intérêt réciproque des deux républiques sœurs et amies. Rewbell, qui veut en général très forte

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