‹ Mémoires;Chapitre 156 sur 302 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

ment ce qu'il veut, ne manquait point d'autorités apciennes et modernes pour appuyer ses opinions. Soutenant que la politique n'est point la politesse, il cite la conduite des Romains envers les peuples conquis, celle des Grecs, à commencer par les Lacédémoniens, qui, à la différence des Athéniens, organisaient aristocratiquement les peuples qu'ils conquéraient. Il est arrêté que La Revellière présentera un projet de Constitution batave qui sera envoyé à Noël, notre ambassadeur, pour être offert au Comité hollandais.

La correspondance de Madrid nous annonce que Pérignon, notre ambassadeur, n'est décidément que le valet du Prince de la Paix.

Le Directoire a jusqu'ici pensé et pratiqué la maxime de la tolérance la plus complète à l'égard de tous les cultes. Il a pensé que toute sa conduite devait consister à ne pas s'en occuper; mais ce n'est point assez pour les prêtres qu'on soit tolérant, ils appellent cela être indifférent, et l'indifférence a toujours été un véritable crime à leurs yeux. Ce qui n'est pas moins criminel aux yeux de ceux qui ont refusé de prêter serment, c'est qu'on accepte les célébrations faites par les prêtres constitutionnels. On nous écrit que dans le département du Pas-de-Calais, un prêtre réfractaire a annoncé publiquement en chaire « qu'il serait moins criminel de tuer un homme que d'assister à une messe assermentée ». Rewbell ne peut écouter sans colère une pareille nouvelle. Il veut aussitôt que nous fassions un message. Il voit périr la République par la faiblesse et la partialité de ses administrateurs. Carnot, au contraire, pense qu'il n'est pas politique de parler et d'agir contre les prêtres . « Ce sont, dit-il en ricanant, de rudes jouteurs. — Mais si ce sont eux qui parlent contre nous, répond Rewbell, faut-il donc se taire, se prosterner devant eux, et leur donner un privilège d'inviolabilité? Voulez-vous que l'État soit dans la Religion, ou la Religion dans l'État? Quant à moi, continue-t-il, je ne connais pas d'organisation sociale possible là où la loi peut être impunément violée et outragée. Prêtres, militaires, magistrats, nous devons tous avant tout respect à la loi. » Revellière, qui n'est pas sans littérature, cite ces deux vers à Carnot :

La loi dans tout Etat doit être universelle;

Les mortels, quels qu'ils soient, sont égaux devant elle.

Carnot a fait beaucoup de vers dans sa jeunesse, sous son nom et ■sans son nom; il s'en souvient toujours avec plaisir; il est même insoupçonné d'être aujourd'hui pour quelque chose dans les com- ■ positions du Cousin Jacques. Carnot applaudit d'un signe de tête

à la citation de Revelliôre, mais aucune décision n'est portée sur les tentatives du prêtre réfractaire.

Le ministre de la police, qui ne néglige et ne nous épargne aucun misérable détail, vient nous informer avec beaucoup d'importance que des billets et cartes portant ce timbre : Comédieii du Roi, ont été distribués au théâtre Louvois. Il serait possible que ce ne soit qu'une erreur provenant d'anciens billets qui n'auraient pas été détruits et qu'on aurait fait servir par inattention. Rewbell et La Revellière votent pour la fermeture du théâtre. Carnot, peu de jours avant, l'avait proposée, et Letourneur l'avait appuyée; ils s'y opposent et la combattent aujourd'hui. Il pourrait s'ensuivre des réclamations et des discussions même à l'assemblée des députés, et des discussions qu'il faut éviter. Rewbell croit que le Directoire qui hésiterait ferait un acte de faiblesse. Je pense qu'avant toutes mesures il faut être éclairés sur les faits qui peuvent les motiver. C'est ce que doit faire le ministre de la police.

Les circonstances qui ont fait manquer l'expédition d'Irlande sont loin de prouver que cette entreprise soit impossible; elles ont au contraire démontré que l'insuccès avait tenu à des fautes qu'il était facile d'éviter, et que le succès devenait immanquable si l'on voulait recommencer la tentative. C'est l'opinion de Letourneur, Carnot et Truguet. Ils disent qu'il ne tient qu'à la République, avec une ferme volonté, de n'en avoir pas le démenti, et de mater l'Angleterre.

Je partage sincèrement leur opinion, mais je crois que nous avons des engagements plus pressants, celui avant tout de rétablir l'armée de Sambre-et-Meuse, et de mettre à sa tète un général capable de lui inspirer confiance et de la ramener à la victoire. Qu'y a-t-il de plus heureux que d'avoir à notre disposition en ce moment le général Hoche qui a laissé de si grands souvenirs à cette armée dont il fut le premier organisateur et créateur, lorsqu'il la commanda comme armée de la Moselle deux ans auparavant? Hoche est nommé général en chef de l'armée de Sambre-et- Meuse.

Si je me laissais aller à l'irritation que les piqûres des journalistes ont allumée dans l'âme de Carnot, je serais peut-être plus autorisé que lui à m'élever contre leurs attaques. Deux journaux, le Censeur et le Gardien, ont imprimé une espèce d'accusation contre moi, relativement à une lettre écrite par Germain à Babeuf. Ils me donnent un rôle auquel je suis étranger; ils me font tenir des discours que je n'ai pas tenus et qui se réfutent d'eux-mêmes à force d'être ignobles. Je n'ai jamais connu ni vu Babeuf; je connais à peine, mais j'ai été dans le cas d'apercevoir Germain, lieutenant des chasseurs, qui, étant destitué avant le 13 Vendémiaire, a coai-

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