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CHAPITRE XXI

avoir adopté le système d'élever chaque mois de nouvelles prétentions sur les pays en deçà du Rhin. Aujourd'hui c'est l'exploitation des bois, demain l'exercice libre des cultes, ensuite la fête du roi de Prusse qu'il faut continuer de célébrer en présence des républicains français; la perception des revenus publics; les domaines royaux. Lorsque le Directoire montre de la fermeté, les prétentions reculent; bientôt il s'en présente d'autres, le gouvernement prussien semble avoir de nouvelles velléités, mais il n'ose.

La ville de Toulouse vient d'être le théâtre de nouveaux assassinats. Carnot les attribue aux anarchistes. « Nous verrons, dit Rewbell (comme s'il savait quelque chose de ce qui va éclater), nous verrons si ce sont ceux que tu accuses sans cesse. » Cochon demande à l'instant la parole au Directoire pour l'informer de l'arrestation de trois commissaires royaux. Le ministre fera un rapport, et veillera à ce qu'ils ne s'évadent pas.

Un grand nombre de députés républicains se rendent le soir au Directoire pour témoigner leur satisfaction sur la découverte et l'arrestation des commissaires royaux. Ils disent : « Au moins, ce ne sont point là des Jacobins ! »

A la séance du lendemain, le ministre de la police donne lecture 13 Pluviôse des pièces saisies sur les commissaires royaux; ils se nomment Brottier, Dunan et La Villeheurnois. On trouve dans ces pièces : le plan d'exécution pour le rétablissement de la monarchie; les pouvoirs donnés aux commissaires par Louis XVIII ; des proclamations au peuple; le remplacement des ministres, Rénézech excepté; les journalistes qui doivent être arrêtés, les journalistes chouans conservés. Le ministre pense que les agents royaux doivent être traduits devant une commission militaire comme embaucheurs. Carnot, comme par esprit de compensation sans doute, croit devoir encore répéter que beaucoup « de moustaches marseillaises sont à Paris. — Cela est possible, lui dis-je, puisque Willot les laisse égorger dans le Midi par les royalistes. » Une lettre fort inquiétante du maire d'Aix vient à l'appui de mon opinion. Rewbell pense que le ministre Bénézech et autres désignés dans les papiers de la conspiration devraient être arrêtés provisoirement, leurs papiers examinés, et toutes les lettres à l'adresse des commissaires royaux et de leurs complices saisies à la poste. Un général est compromis dans cette conspiration royale. Rewbell croit que c'est Kellermann, beau-frèr.e : de Barbé-Marbois, nommé ministre de Louis XVIII. Malo ayaiït donné trop d'éclat à cette affaire, l'arrestation des commissaires ;a dérangé les mesures prises pour arrêter les complices. Leurs correspondances paraissent avoir été soustraites. Rewbell demande qu'il soit établi dans leur domicile des agents de police pour examiner T. II. 20

les arrivants; qu'on surveille les relations des journalistes que la commission royale a exceptés de ses rigueurs; qu'une proclamation soit faite aux Français sur l'état de la République, et que Willot soit décidément remplacé dans le Midi. Le tout sera mis en discussion le lendemain.

Depuis le renversement de la monarchie, le théâtre de l'Opéra autrement dit l'Académie Royale de Musique, a eu pour dénomination celle de Théâtre des Arts. Suivant l'ancien usage, ce théâtre de luxe n'a pu faire ses frais, et a eu recours sans cesse au gouvernement pour des subventions très onéreuses. Le Directoire, en s'occupant de cet établissement, veut qu'au moins sa dénomination émane de l'institution républicaine : le Directoire décide que le théâtre des Arts s'appellera désormais Théâtre de la République et des Arts.

J'ai raconté fort rapidement l'expédition d'Irlande, d'après les circonstances éparses que cet événement nous a fait connaître. Le ministre de la marine, Truguet, a été chargé de nous faire un rapport général sur la malheureuse expédition. Dans celui qu'il nous apporte, il ne mentionne ni nos pertes, ni l'honorable combat de Lacrosse. Ce sont peut-être les réticences d'un cœur français douloureusement affecté. Je voudrais excuser Truguet par ces motifs : Rewbell n'est point de mon avis ; il se fâche de cet oubli ; on garde le silence. Truguet promet de compléter son rapport, Rewbell dit sèchement : « Qu'il soit vrai ! » i3Piuvi(se Le ministre de la police transmet au Directoire de nouveaux renseignements sur la conspiration royale. Les commissaires royaux reconnaissent la signature de Louis XVIII. On décide l'impression de toutes les pièces saisies, et le renvoi au corps législatif suit la discussion sur les journalistes que leur intelligence avec les commissaires royaux a paru devoir faire surveiller et arrêter. Letourneur et Carnot croient dangereuse, injuste, la mesure, ne fût-elle que de surveillance, si Louvet et Poultier surtout n'y sont pas compris. On ne pouvait s'attendre à une pareille combinaison. Rewbell remarque que les deux individus objets de la haine de Carnot sont condamnés à la mort par les commissaires royaux tandis que les autres que Carnot protège sont honorablement mentionnés.

Il résulte de nouvelles lettres venues de Willot lui-même et adressées à Carnot, que les assassinats continuent dans le Midi; les patriotes y sont opprimés: les royalistes, soutenus, triomphent. Le remplacement de Willot est urgent. Il n'y a que l'envoi d'un général étranger aux partis, mais républicain, qui puisse ramener le calme et la confiance dans ces malheureuses contrées. Carnot s'oppose toujours et avec humeur au remplacement de Willot.

an V.

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