‹ Mémoires;Chapitre 167 sur 302 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

de leur intrigue plus ou moins subalterne. Si d'ailleurs ces hommes, qui n'ont pas de grandes pensées dans le cœur, et qui ne veulent que satisfaire leur intérêt, venaient à s'engager sérieusement, ils seraient les premiers à se dénoncer les uns les autres, et nous en aurions bon marché. Je parlais ainsi parce que j'avais reçu de plusieurs d'entre eux, directement et indirectement, des confidences qui avaient pour objet de se rendre nécessaires à mes yeux, et de parvenir à ce que je pusse les placer au service du Directoire. Mon jugement quant à leurs relations entre eux était tellement fondé par les antécédents, qu'au moment où je parlais, nous avions déjà des preuves de sa réalité. Ainsi le ministre de la police vient nous déclarer que le général Menou était venu lui dénoncer Rovère; Menou avait affirmé au ministre que ce député appartenait à la faction royale. Un de ses amis, noble de Normandie, a été mis dans la confidence : il l'avait rendue à Menou, et voilà l'usage que Menou en faisait.

L'officier chargé de présenter les drapeaux de l'armée d'Italie remet une lettre de Bonaparte : il se plaint qu'on lui a envoyé le pluviôse beaucoup de généraux lâches et ignorants. Il en donne une liste ^n ^• nombreuse, et demande qu'on les rappelle dans l'intérieur. C'est par suite d'aussi mauvais choix que nos armées ont été désorganisées. Ce reproche paraissait s'adresser à Carnot. Il l'épond que les généraux récusés lui ont été désignés par des députés. Le ministre de la guerre donnera de prompts renseignements pour faire l'épuration militaire.

Bonaparte nous annonce qu'il marche sur Rome. Des lettres interceptées du cardinal Rusca portent qu'il faut organiser une guerre de religion contre les Français, qui sont des mécréants. « Je vous l'avais prédit, s'écrie Revellière. Voilà ce que c'est que la religion catholique. »

Lorsque la police semble avoir vidé son sac de conspirations, elle revient au thème ordinaire suivi depuis la Révolution par ses implacables ennemis : il consiste à représenter aux imaginations inquiètes le spectre de la faction d'Orléans. D'après le ministre de la police, c'est encore cette fois la faction d'Orléans qui remue. Il déclare que Lyon et Marseille sont agités par les royalistes et les anarchistes ; que les uns et les autres sont également nombreux et dangereux. Il mêle à ces agitateurs du dedans les militaires qui combattent à la frontière ; il nomme le général Lefebvre comme un forcené jacobin : il prétend que l'armée de Sambre-et-Meuse est de la secte des anarchistes. Par suite de toutes ces perturbations au nom de l'anarchie, Letourneur, l'imagination frappée, s'est levé à la hâte dans la nuit, épouvanté d'un bruit qu'il avait entendu venant de la rue; il s'est assuré que ce bruit qui l'avait éveillé était causé par une patrouille de cavalerie.

19 Pluviôse an V.

20 Pluviôse an V.

Un agent secret a été arrêté à l'armée d'Italie. Au moment d'être pendu, il s'est annoncé comme chargé de faire des ouvertures de paix. Un courrier a sur-le-champ été expédié pour que cet agent ' ne soit pas mis à mort, mais traité avec humanité. Bonaparie nous répond qu'il avait d'avance partagé notre opinion; qu'il espérait bien, avec certains procédés, soutirer de l'individu tout ce qu'il pourrait y avoir en lui d'important. Il y a certains procédés infaillibles pour faire parler les gens dont on est le maître. Bonaparte en sait peut-être plus sur ce chapitre que tous les inquisiteurs reli- ^•ieux et politiques.

Malgré la préférence que Willot veut toujours donner, dans ses rapports, aux royalistes contre les Jacobins, il veut bien reconnaître par nos dernières dépêches que plusieurs assassinats ont été commis sur des personnes qui appartiennent à la classe du peuple. La distinction est large et curieuse. Rewbell remarque que ce sont toujours les patriotes qui périssent. Le Directoire ne voudra-t-il orendre des mesures que lorsque la royauté sera proclamée?

Le ministre des finances présente les nouvelles réclamations des administrations des hôpitaux de Paris. Ils demandent la direction du Mont-de-Piété. L'afiaire sera décidée le 29.

Un M. Rivière de Vimoutiers m'avait écrit, quelques jours avant la découverte de la conspiration royaliste, pour me mettre en garde contre ce qui se tramait. Il est arrivé pour me faire connaître les noms des voleurs de la diligence de Caen, et les attroupements qui ont recommencé dans la Normandie contre la République. J'adresse au ministre de la police M. de Vimoutiers.

Le ministre de la police fait lecture d'un manuscrit trouvé chez Vauvilliers ; il y est question d'une assemblée représentative unique, réunissant tous les pouvoirs. Ce manuscrit sera communiqué aux Conseils.

Barrière, La Chaussée et Debarre sont traduits devant un conseil militaire. De grands débats ont lieu à ce sujet au Conseil des Cinq- Cents. Carnot prétend qu'on néglige trop la conspiration anarchiste; faut-il toujours lui rappeler que ses anciens amis au Comité de Salut public sont la tête de cette faction?

La convention entre Bonaparte et le grand-duc de Toscane relative à l'évacuation des troupes françaises stationnées à Livourne a été stipulée moyennant un million que versera le grand-duc dans les caisses de l'armée. Elle est ratifiée.

Les fournisseurs La Porte et Flachat, accusés de concussion en Italie, viennent d'être arrêtés à Paris : ils protestent contre leur translation. Carnot craint que cette mesure ne compromette le Directoire. On ne peut se hasarder à frapper les hommes d'argent sans de grands ménagements. Ils tiennent à tant de complices, ils

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