‹ Mémoires;Chapitre 168 sur 302 · CHAPITRE XXI. 3H · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI. 3H

sont si puissants par le fait même de leurs rapines! On ne doit pas perdre de vue le mot du fournisseur à Villars qui le menaçait : « Monseigneur, on n'a point à craindre d'être pendu quand on a cent mille écus au service du Roi, c'est-à-dire à la disposition des juges qui voudraient nous pendre ».

Le ministre de la marine soumet un long mémoire dont le résultat serait la guerre contre les Anglo-Américains. Carnot, l'ami de la paix et de la morale, sourit à cette guerre. « On pourrait au moins s'emparer provisoirement de leurs bâtiments », dit-il. Je ne prétends pas avoir une politique à la hauteur de cette opinion. Je suis bien éloigné de penser que les motifs allégués soient suffisants pour nous engager dans une pareille guerre; sans parler de tout ce qu'elle aurait d'injuste, on peut en présumer les malheureuses conséquences. Nos colonies ne subsistent que par les approvisionnements américains, dont on ne peut se passer. Je demande qu'il ne soit donné aucune suite à la proposition. Elle est ajournée.

Le Directoire avait fortement réclamé de l'Espagne l'abandon de la Louisiane. Le Cabinet de Madrid paraît toujours s'y refuser, à moins d'une indemnité. Carnot voudrait bien lui donner en échange l'Italie. Une clause pareille, c'est toujours l'idée de sacrifier ces pauvres Italiens. Je dois à mes collègues la justice de reconnaître que cette crainte suffit pour leur faire à l'instant abandonner le projet de cession de la Louisiane. Le Directoire n'achètera point à ce prix la plus belle contrée.

La prise de Mantoue a été annoncée par un courrier dépéché 21 Piuvioso à l'ambassadeur Serbelloni. Bonaparte écrit de Bologne que les troupes de la République entrent dans la Romagne; il propose de céder le Milanais à l'empereur, et d'organiser une république de Bologne, de Ferrare, Reggio, Modène et la Romagne.

Clarke écrit à Letourneur et à Carnot que sa mission en Italie ne lui donne qu'un rôle tout à fait secondaire; il se plaint amèrement. Nous demandons la lecture des lettres, elle est refusée : elles contiennent des choses cachées au Directoire.

Le sang des patriotes continue à couler dans le Midi. Au lieu de prendre aucune mesure répressive, Willot a laissé établir le parti royaliste : lui-même il commence à être aujourd'hui fort inquiet de son propre ouvrage; mais on veut qu'il reste encore dans sa division. On décide seulement qu'il sera envoyé un agent secret pour nous rendre compte directement de la situation de ces contrées : c'est M. Cadet.

L'ancien maire de Calais apporte un portefeuille appartenant à Dunan, l'un des trois commissaires royaux arrêtés; il remet en même temps vingt-quatre mille livres provenant du même personnage et une lettre que Mme Dunan écrivait en Angleterre, où

son mari était il y a trois mois. Dunan est un nom supposé, le véritable nom du conspirateur est Duverne de Presle.

Le ministre de la police dénonce le directeur de l'hôpital de Saint-Cyr, qu'il a surpris à donner des feuilles de route pour les chouans et la Vendée ; il est associé avec Jardin du Courrier républi'xiin. Des agents sont envoyés chez Mme Nicolaï, à Saint- Germain, où Jardin doit se trouver en ce moment.

Le roi de Prusse fait avancer des troupes sur Nuremberg; il a feint que cette marche aurait pour but de menacer l'Autriche. Le Cabinet de Berlin, toujours incertain, ne se prononcera réellement en faveur de la République que lorsque, victorieuse partout, elle n'aura plus rien à craindre et saura se faire craindre elle-même.

M. d'Arengio, ambassadeur du Portugal, dans un entretien particulier qu'il m'a demandé chez moi, m'a prévenu que Chors, agent de la République à Lisbonne, était un intrigant sans crédit près de sa Cour; qu'il devait cette place à une manœuvre du Cousin Jacques, ami de Carnot ; qu'il y a des sommes promises et même déposées pour soutenir les intrigues commencées. M. d'Arengio déclare formellement qu'il a les preuves de ce qu'il avance. Je rends compte au Directoire, en séance secrète, de cette communication. Le sentiment personnel qu'on pouvait en cette affaire me supposer contre les inculpés, m'interdit de la suivre. Il est décidé que le ministre des relations extérieures, sur mon refus, conférera avec M. d'Arengio, et présentera de suite des mesures.

Rassal et Topino-Lebrun ont informé La Revellière que les partisans de Louis XVIII cherchent à se réunir aiix anarchistes; que l'Angleterre soutient , encourage et paye tout ce qui veut du trouble en France ; que La Vauguyon fils les a confirmés dans cette opinion.

K Pluviôse Carnot pense qu'il faudrait raser Mantoue; je crois que cette ^" ^ • place doit être conservée, comme boulevard pour la république d'Italie. Carnot dit qu'il faudrait proposer le Mantouan au duc de Parme; d'autres, au roi de Sardaigne; qu'on pourrait encore pressentir si l'Espagne désirerait le royaume de Sardaigne pour le duc de Parme; qu'on dédommagerait le roi de Piémont par le Mantouan; que l'Espagne et la Sardaigne reconnaîtraient dans ce cas et garantiraient la République Cispadane, à laquelle on ajouterait les États du Pape. Ces propositions seront discutées dans les séances prochaines.

Le général Hoche a présenté son plan de campagne sur le Rhin; ce beau travail est celui d'un homme qui connaît aussi bien la guerre que la politique. Le plan de Hoche est adopté avec admiralion et reconnaissance unanimes.

Truguet et Letourneur pensent qu'il faudrait destituer l'amiral

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