CHAPITRE IL
voyer dans les départements des agents militaires. Il fallait des hommes fermes, exercés à rencontrer les difflcultés et à ne pas les craindre. Fouché, soit qu'il eût consommé déjà les ressources qu'il était accusé d'avoir recueillies à Lyon, soit qu'il eût le désir d'y ajouter quelque chose, et de couvrir sa position du manteau de l'indigence qui était encore populaire, Fouché se présentait tous les jours à moi en sollicitant une place quelconque qui lui donnât le moyen de ne pas « mourir de faim ». C'était son expression. Je lui fis donner l'agence des 10® et 11" divisions militaires, voulant à la fois le sauver du besoin et des intrigues démagogiques, où il se jetait en plein avec des individus qui devaient bientôt forcer l'attention du gouvernement à s'occuper d'eux, Fouché était très lié avec Babeuf, et était même son collaborateur, non pas en littérature, car Fouché ne savait pas plus écrire que Talleyrand : il a toujours fait faire ce qu'on a cru qu'il faisait; mais pour fomenter et mener des intrigues, il ne laissait jamais le travail à personne.
L'armée d'Italie a battu l'ennemi, fait cinq cents prisonniers et pris les canons.
Le Directoire prévient de nouveau les Conseils que la pénurie des finances est à son comble, et qu'il est urgent de lui donner les fonds qui ont été accordés.
Une escadre anglaise désemparée par la tempête a été remplacée par une autre sur les côtes de la Bretagne.
Le Directoire adresse une instruction aux commissaires du gouvernement dans les départements. C'est encore l'œuvre de Real, (jui l'a faite avec talent et enthousiasme. C'est l'expression de la liberté la plus pure et la plus décidée, empreinte de sentiment et de conviction. Je doute que Real soit plus tard aussi heureux dans son style, lorsqu'il sera voué à faire des homélies impériales et à partager et justifier les excès du pouvoir de Bonaparte. La tyrannie n'est une source d'éloquence que pour ceux qui la combattent et l'accusent Un ancien a dit : « Je défie l'esclave d'être orateur »; il y a dans ce mot une poétique tout entière.
Par suite delà dénonciation dirigée contre Fréron, Merlin fait un rapport sur les destitutions opérées par ce commissaire dans le T. H. 2
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département des Bouches-du-Rliône. Le Directoire les approuve, malgré deux oppositions virulentes; et il adresse aux Conseils son arrêté, et le rapport de son ministre. L'armée d'Italie vient de battre complètement les Autrichiens et les Sardes : elle leur a fait trois mille prisonniers et enlevé leurs magasins : elle occupe non seulement le mont Saint-Bernard, mais Cairo et Vado. Cette affaire s'appelle la bataille de Loano.
Le Directoire fait part aux Conseils que l'armée d'Italie, après avoir battu les Sardes, s'est emparée de Vado, que Jourdan a poussé les Autrichiens sur la Nahe, et que l'armée du Rhin, forcée de rétrograder, s'est établie sur la Queich. L'armée de Jourdan a plus de soixante-dix mille hommes ; elle obtiendrait de plus grands succès si son général avait l'audace des premiers temps; celle que montra le vainqueur de Fleurus dans cette fameuse journée, n'appartiendrait-elle pas à son caractère, et n'aurait-elle été que l'effet de la terreur qu'inspirait à ses agents le redoutable Comité de Salut public, lorsqu'il les plaçait entre l'échafaud et la victoire?
Le ministre de Toscane, Carletti, écrit au ministre de l'intérieur qu'il désire rendre ses devoirs à la fille de Louis XVI, et qu'il rendra compte à qui de droit de la réponse à sa lettre. Un témoignage sincère de respect et d'intérêt pour un auguste malheur n'aurait certainement pu encourir le blâme d'aucun membre du Directoire, quelque révolutionnaire que nous fussions accusés d'être, et que nous fussions réellement. Mais un courtisan, ambassadeur d'un petit État d'Italie, qui se croyait permis dé traiter légèrement une grande république, s'exposait naturellement à quelque sévérité des premiers magistrats chargés de représenter la puissance française. Le Directoire, sentant le besoin de ne pas laisser incertaine sa considération, au dehors comme au dedans, crut qu'il devait en cette circonstance commencer à faire preuve de cette fermeté qui seule impose aux insolents. Nous ordonnâmes donc à notre ministre des l'elations extérieures de suspendre toute relation avec M. Carletti et de ne plus communiquer qu'avec le secrétaire de légation à Paris; l'ambassadeur de la République française à Florence devait néanmoins continuer l'exercice de ses fonctions.
L'armée de Sambre-et-Meuse a battu les Autrichiens : le général Marceau a pris position sous Mayence. Dans la Vendée, Charette et Sapinaud ont été chargés et poursuivis par l'armée républicaine, qui s'est emparée des Herbiers. Par suite de plusieurs conférences avec les commissions des finances du corps législatif, le Directoire s'arrête à un emprunt forcé de six cents millions,- mais ce n'est. là qu'un palliatif.
Grand tumulte au Conseil des Cinq-Cents, par suite de la dénon- n Krimairo dation portée contre Job aîné, accusé de dévastation et d'égorgements dans le Midi.
Les armées républicaines continuent à faire preuve de dévoûment et de désintéressement : elles viennent au secours de la patrie en redoublant de privations. L'armée d'Italie elle-même, où le général en chef de la corruption n'est point encore parvenu, donne le plus grand exemple d'abnégation, en renonçant à sa solde, pour en faire hommage à la République.
Les généraux Rey et Lemoine ont battu les chouans près de Vannes.
Le Directoire, croyant devoir opposer toujours plus de fermeté à ses ennemis, fait une proclamation où il annonce la détermination de combattre à la fois les factieux et de chasser de Fi-ance les émigrés rentrés, qui ont recommencé les troubles. Une résolution sur les finances est rejetée par le Conseil des Anciens. Le ministre de ce département présente un projet de message pour obtenir que les fonds nécessaires aux services publics soient décrétés par le corps législatif. Le tableau effrayant qu'il fait de la situation de la République pouvait être plus réservé et découvrant .moins notre position à l'ennemi : mais le Directoire pense que ces sortes de ménagements sont au-dessous d'un grand peuple, qui, même dans la situation la plus difficile, ne doit redouter aucune publicité, et ne peut triompher de ses ennemis que par l'énergie. Le Directoire adopte le message, sans y vouloir faire aucun changement.
Les Conseils décrètent quinze cents millions d'assignats pour le service de la guerre.
L'armée de Sambre-et-Meuse, d'après la volonté itérative et sévère du Directoire, transmise à son chef, a repris l'offensive. Pichegru seconde ses mouvements : le Directoire veut que le Palatinat soit évacué.
La désorganisation des postes est malheureusement aussi désolante que celle des autres services publics. La France va manquer des premières voies de communication. Le Directoire adresse aux Conseils des messages sur l'urgence de la réorganisation des postes.
Le Directoire n'apprend pas sans une vivo peine que les dernières lois rendues sur la mise en liberté des détenus n'aient pas encore reçu leur exécution, par suite des réactions antérieures au 13 Vendémiaire, dans toutes les parties de la France. Les prisons se trouvent encombrées : elles sont
devenues attributions des tribunaux, depuis l'établissement du gouvernement constitutionnel ; mais les tribunaux euxmêmes sont incomplets dans beaucoup de départements. La Constitution ne donnant que dix jours à tous les corps électoraux pour compléter leurs opérations, il s'en trouvait plusieurs qui avaient atteint le terme de leur session sans les avoir terminées. Le Directoire en informe le Conseil des Cinq-Cents, ce qui donne lieu à la question de savoir par qui seraient nommés les fonctionnaires que ces assemblées n'auraient pu choisir. A qui confiera-t-on ces élections dont le corps électoral ne s'est pas occupé? Rassemblera-t-on encore une fois les mêmes électeurs, puis opérera-t-on la formation d'une nouvelle assemblée, ou déposera-t-on sur la tête du Directoire exécutif le droit de suppléer au défaut des nominations populaires? Dumolard, qui n'est encore aux Cinq-Cents qu'un bavard, ainsi qu'il l'a été, trois années auparavant, à l'Assemblée législative, celui dont Chénier a dit parlant de la Tribune où
Souvent de Vergniaud l'éloquence énergique Vainquit de Dumolard le fatras léthargique,
ce Dumolard penchait pour que le Directoire eût la nomination des juges. Un autre membre des Cinq-Cents, qui dans les premières années de sa vie avait semblé appartenir à la philosophie, et que son éloquence blafarde et son expression insignifiante ont fait depuis nommer par Mirabeau Têle-de- Veaii, M. Pastoret, appartenant aujourd'hui aux spéculateurs de la contre-révolution, voulut produire ici tous les arguments que pouvait fournir la fausse logique de l'esprit de parti : « Les nominations que doit faire le Directoire sont déterminées par la Constitution, dit M. Pastoret. Croire que parce qu'il a le droit de destituer, il a le droit de nommer, serait une erreur semblable à celle de prétendre qu'un homme qui a le pouvoir de détruire a celui de créer; si l'on