‹ Mémoires;Chapitre 170 sur 302 · CHAPITRE XXr · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXr

Le ministre de la police dit que beaucoup d'intrigues sont en ce moment employées pour soulever le faubourg Saint-Antoine. Il lit un règlement de la Société des prétendus Amis de l'ordre, dirigée contre les Jacobins. C'est le noviciat pour être admis à celle des Fils légitimes, dont le serment est : « Attachement à la Royauté et à Louis XVIII ». Les Amis de l'ordre ont des « signes » de reconnaissance, des serments et des réceptions semblables à la francmaçonnerie. Les Fils légitimes ont seuls le secret; l'objet principal pour le moment est d'influencer les assemblées primaires et électorales. Pour donner à leur réunion un motif seulement hypothétique, ils disent qu'elle n'a pour but que de se préparer à la défense, dans le cas où les Jacobins s'y présenteraient en force. Ce sophisme de la défensive est ordinairement celui des agresseurs. C'est la prévoyance de la défaite qui leur tient toujours ce moyen en réserve. Sans blâmer les intentions du ministre et ce zèle officieux dont il nous donne tous les jours des preuves redoublées, je crois qu'il serait convenable de le voir agir davantage, moins bavarder et nous faire moins bavarder nous-mêmes, d'après le texte des tripotages qu'il nous apporte tous les jours. Je demande que le ministre s'assure des lieux de rassemblement qu'il a indiqués, et sache avec précision ce qui se passe dans ces sociétés qu'il nous a dénoncées.

D'après de nouveaux renseignements qui surviennent sur l'état de perturbation du Midi, le Directoire ari-éte que pour tranquilliser ces contrées, i^'il est possible, le général Kellermann fera passer douze cents hommes dans les départements de Vaucluse et des Bouches-du-Rhône.

Puisaye a adressé une proclamation aux fidèles amis de Louis XVIII des départements de l'Ouest. Elle porte qu'il comple beaucoup sur l'influence des « prêtres ». Revellière, dont la philosophie généralement colérique devient convulsive quand il entend parler des prêtres, voudrait qu'un message instruisît le corps législatif de ces faits; il les rattache sans hésitation à la maudite Cour de Rome. Carnot s'oppose à ce nouvel acte de publicité; ce serait une attention trop particulière, un système de persécution contre les prêtres : ils ne font pas autant de mal qu'on le dit, « si on les compare aux anarchistes et aux Jacobins ».

Le Directoire a invité les deux généraux Hoche et Moreau à se réunir pour s'entendre réciproquement sur l'exécution du plan de campagne dont ils sont chargés sur le haut et le bas Rhin.

Les drapeaux de l'armée d'Italie ont été reçus avec enthou- aopiuviôso siasme. Rewbell a prononcé un discours rempli des sentiments les ^" ^ • [)Ius purs do la liberté; on appelle cela un discours révolutionnaire.

La municipalité d'Aix écrit que l'audace des royalistes tient à la protection qu'ils trouvent dans les autorités militaires et judiciaires. Elle déplore les malheurs d'un pays continuellement en proie aux actions et réactions.

A Lyon on a tenté d'enrôler pour Louis XVIII les soldats de la République et les volontaires qui se rendent à l'armée d'Italie. Ce fait est dénoncé par le général Canuel, commandant à Lyon. Renvoyé au ministre de la police avec la dénonciation d'Aix.

Revellière veut ramener l'attention du Directoire sur un message relatif aux prêti'es ; Carnot assure que les Conseils ne prendaient aucune mesure; qu'ainsi ce serait une démarche impolitique. Rewbell soutient le contraire , surtout si l'on ajoute les pièces survenues depuis, et qui prouvent jusqu'où s'avance la conspiration des prêtres contre la République.

Letourneur interrompt la discussion, pour nous apprendre qu'ayant été informé de nouveaux projets des anarchistes contre sa personne, il avait pris le parti d'aller au-devant, qu'il a le matin parcouru à cheval les rues de Paris; que partout il a été respecté et salué ainsi que son escorte. Ce que c'est qu'un poltron révolte! « Ainsi, lui dit Rewbell avec ironie,... vous avez daigné vous promener vous-même. » Oh! si au moment où le Directoire impose à l'Europe, au moment où toutes les puissances briguent l'honneur de notre alliance, si elles savaient ce qui se passe dans notre intérieur, et comme les passions rapetissent ces cinq hommes, qui, s'ils savaient être unis, tiennent dans leurs mains les destinées du monde! Si cette magnifique occasion d'organiser la liberté sur la terre vient à nous échapper, dans combien de milliers d'années se représentera-t-elle au genre humain? dans quelle chance probable y reparaîtra-t-elle jamais?

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