CHAPITRE XXII
Roi fera tout pour réformer les abus qui s'étaient introduits dans le régime, mais rien ne pourra le décider à changer la Constitution. Dans le cas oii un parti puissant dans les Conseils proposerait de reconnaître le Roi à des « conditions », les agents de Paris engageraient ce parti à députer auprès de Sa Majesté un fondé de pouvoirs, avec lequel elle discuterait elle-même les vrais intérêts de la France.
« Le but que l'on se propose est le renversement du gouvernement actuel, mais en évitant autant que possible que le changement d'ordre soit marqué par l'effusion du sang. C'est dans la Constitution actuelle elle-même que l'on peut trouver le moyen de la détruire sans grande secousse. Les fréquentes élections offrent la possibilité de porter en majorité les royalistes aux places du gouvernement et de l'administration.
« Jusqu'à ce moment les royalistes n'ont su tirer aucun parti de leur nombre : la pusillanimité les a éloignés des assemblées primaires, ou s'ils y ont porté des votes, ils l'ont fait sans concert préalable, et leurs voix se sont perdues sur les sujets que chacun préférait en son particulier. Pour obtenir la majorité des suffrages dans les assemblées primaires, il faut trois choses : 1° forcer les royalistes d'y aller; 2° les forcer de réunir leurs suffrages sur des individus désignés; 3° faire voter dans le même sens qu'eux cette classe d'hommes, qui, sans attachement à un gouvernement plutôt qu'à un autre, aiment l'ordre qui garantit leurs personnes et leurs propriétés. Afin de parvenir à ce triple but, il sera formé deux associations, l'une composée de royalistes éprouvés, l'autre de royalistes timides, des égoïstes, des indifférents, etc.
« (Il est inutile que j'entre à cet égard dans un ancien détail, puisque vous avez les règlements de ces deux Instituts.)
« Ces deux associations seront établies dans toute la République. Les agents ne doivent pas se laisser tromper par l'idée qu'il y a des partis où les dispositions sont telles, que cet établissement est superflu; partout il y a des tièdes et des peureux auxquels l'Institut philanthropique convient.
« Pour en tirer tout le parti que l'on se propose, les commandants de chaque arrondissement s'attacheront à connaître le caractère et les opinions de tous les individus de leur canton; chose facile, la Révolution a prononcé dans les départements le caractère de chaque individu, de manière à ce que chacun peut hardiment juger son voisin.
« Ils choisiront les royalistes les plus courageux, et en formeront des compagnies, dont la quantité et le nombre seront proportionnés aux moyens pécuniaires que les agents pourront destiner à ce service; ils leur fourniront des armes et des munitions.
« Ces compagnies seront toujours prêtes à se rassembler; elles le seront surtout dans le temps des assemblées primaires. A cette époque elles auront pour objet de repousser tout autre parti armé ou non armé qui voudrait s'opposer à la liberté des élections. Bien entendu qu'elles ne prendront jamais les armes les premières, et qu'elles ne se montreront qu'avec les couleurs républicaines. Elles auront encore un autre objet, celui de forcer, par les menaces ou autrement, les membres de l'Institut philanthroj^ique à se rendre aux assemblées primaires.
« Dans les provinces où des insurrections ont existé, les commandants ne négligeront rien pour y conserver, y augmenter l'esprit royaliste; on y préparera les paysans à un nouveau soulèvement, mais nulle part on n'en exécutera que d'après les ordres formels des agents supérieurs.
« Ceux-ci et les autres agents s'attacheront à gagner des chefs de corps ou des corps entiers (et alors ces corps resteront à leurs drapeaux), ou à faciliter et encourager la désertion : ils retiendront les soldats déserteurs dans les campagnes, sous prétexte de les employer aux travaux de l'agriculture, et ne les enrôleront qu'au besoin.
« S'il arrivait que le succès des préparatifs militaires fût tel, que l'on pourrait raisonnablement se flatter de renverser immédiatement le gouvernement, alors on renoncerait au moyen des assemblées primaires, et l'on profiterait du moment favorable pour arriver directement au but que l'on se propose, le rétablissement pur et simple de la monarchie. C'est aux agents à juger dans quels cas il peut être convenable d'employer ce moyen. Enfin, dès que les agents de Paris se croiront assurés que le Roi ne peut tarder d'être proclamé, soit par suite des mesures que prendront les Conseils dans lesquels il aura des partisans en majorité, soit par les moyens militaires.; ils lui enverront sur-le-champ un royaliste sûr pour lui en donner avis et pour ramener immédiatement un prince du sang, afin que dès le premier jour, s'il est possible, les royalistes aient un chef qui fasse taire toutes les jalousies et les ambitions particulières.
« Pour préparer et développer ce plan, il fallait des fonds, et l'Angleterre seule pouvait les fournir.
« M. de Pr-écy a obtenu pour l'agence dont il est chargé la permission de tirer sur M. Wickham, ministre d'Angleterre en Suisse, tout ce qu'il jugerait lui être nécessaire, sauf l'approbation de M. Wickham.
« Et moi j'ai obtenu soixante mille livres sterling pour nos dépenses préparatoires, l'assurance d'une somme de trente mille livres sterling qui devait m'être payée dans le mois de la proclama-