‹ Mémoires;Chapitre 176 sur 302 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

tion du Roi, à condition pourtant que nous n'agirions pas avant les élections ; quinze mille livres sterling pour achat d'habits blancs, pour fournir à l'habillement de quelques corps, payables sur la présentation d'un marché à la même époque de la proclamation du Roi.

« Enfin on devait faire passer par nos mains des fonds, dont la quotité n'était pas encore déterminée, pour transmettre à MM. de Puisaye et de Frotté, dont la position exige des dépenses plus considérables que celles de nos autres arrondissements.

« Quoique le plan n'ait été définitivement adopté que très récemment, quoique nulle partie des fonds que j'ai obtenus ne fût encore arrivée, il ne faut pas croire pourtant qu'il ne fût qu'à son ébauche : tous les anciens éléments étaient rassemblés; et voici notre position.

« M. de Puisaye, qui se croit en mesure de faire seul la contrerévolution, veut depuis longtemps se déclarer; nous l'en avons empêché jusqu'à ce moment : il étend ses intelligences depuis Brest jusqu'à Laval. Je crois qu'il compte sur plusieurs des corps qui sont employés dans cette partie.

« M. de Frotté se trouvait encore à Londres à l'époque de mon départ; il comptait se rendre immédiatement en Normandie, où il a laissé les officiers qui servaient jadis sous ses ordres. A en juger parleurs lettres, les dispositions du pays étaient très favorables; ils demandaient le retour de leur chef, et le pressaient vivement, car les royalistes qui sont assurés d'un canton, croient tous qu'ils n'ont qu'à se déclarer et la contre-révolution est faite. M. de Frotté a du jugement, du talent; c'est un de nos meilleurs chefs.

< M. de Rochecot, qui est chargé de préparer le Maine, le Perche et le pays Chartrain, était dernièrement à Paris. C'est un jeune homme très actif, très intelligent. Son organisation militaire n'est que de quelques cents hommes : mais uniquement parce qu'il n'a pas eu assez d'argent pour s'en attacher davantage. Il nous assurait que dans sa partie tout le monde passait au delà de l'Institut philanthropique, et voulait être de celui des Fidèles. M-, de Rochecot entretient des intelligences avec les corps répartis dans le Maine; il en a même à Caen (il y a relativement à lui trois choses que je ne veux vous dire que verbalement).

« M. de Bourmont ne fait que commencer ses fonctions depuis Lorient jusqu'à Paris : dans cette partie il y a beaucoup de philanthropes, les royalistes sont plus rares.

« M. Mallet, ancien aide-major de Chûteauvieux, est chargé de la haute Normandie et de l'Ile-de-France jusqu'à Paris, car tous nos arrondissements jusqu'à cinquante lieues forment un triangle dont un angle s'appuie sur Paris. Il est tout à fait organisé, aura des

hommes tant qu'il voudra avec de l'argent. Il est le plus en mesure pour les élections.

« Dans l'Orléanais est employé M. Dujuglart : je ne connais pas la mesure dans laquelle il se trouve, je le crois assez avancé.

« Le côté de la Picardie, celui du Sénonais et de la Brie sont encore sans chefs et par conséquent sans organisation; nous attendions un M. Buttet qui nous est annoncé comme ayant de puissantes intelligences dans la première de ces provinces.

« Nous nous occupions de renouer des intelligences dans la Vendée; nous étions assurés du succès dans le haut Poitou. Un chevalier Depallu-Duparc a commencé une organisation. Il assure avoir des intelligences jusqu'à Rochefort. A Bordeaux allait se rendre en Angleterre le duc de Lorges, pour organiser ce pays sous notre direction.

« A Paris il y a deux compagnies formées; une d'elles est aux ordres de M. Defrinville, je crois. Je ne connais pas le commandant de l'autre.

« Paris, comme vous l'imaginez bien, est le foyer de nos intelligences. Jusqu'à présent nous n'avions pas essayé de corrompre à prix d'argent, nous l'aurions tenté maintenant, afin de nous procurer des données certaines sur les projets du gouvernement. Je vous ai dit que f avais eu entre les mains le plan de descente en Irlande, ou plutôt le rapport de Carnot relatif à ce plan. Je sais bien comment on me l'a procuré, mais je ne sais pas qui; je pourrais aisément le découvrir.

« Nous mettions beaucoup d'importance à gagner la police. Nous étions très peu avancés à cet égard; mais vous saviez que nous avions fait déjà un premier pas. Nous tirions aussi toutes les semaines un extrait du rapport des commissaires du pouvoir exécutif sur la situation de l'opinion dans les départements.

« Je ne sais d'où nous venait l'opinion que le ministre de la police ne serait pas éloigné lui-même de nous servir, peut-être uniquement de ce qu'il passe pour modéré et de la guerre que lui faisaient les Jacobins.

« Nous pensions de même du ministre de l'intérieur et sans doute par la même raison.

« Mais c'est dans les Conseils que nous avons trouvé plus de facilités. Dès le mois de juin de l'année dernière, il nous fut fait des propositions au nom d'un parti qui se disait très puissant. Nous les transmîmes au Roi, on offrait de le servir à condition qu'il n'y aurait d'autre changement à la Constitution actuelle que la concentration du pouvoir exécutif dans sa personne. Le Roi accepta le service, mais voulut discuter la condition. Il demanda en conséquence qu'on lui envoyât un fondé de pouvoirs ; depuis lors il n'a

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