CHAPITRE XXIII
est envoyé par l'Angleterre. Le reste accuse simplement la réception des lettres.
« Lorsque quelqu'un veut venir en France de l'étranger, il obtient très facilement des passeports comme Suisse à Hambourg, à Emden, à Brème et en Suisse à Lausanne. Il est également très facile d'aller en Suisse : on va jusqu'à Champagnole, à Saint-Claude, avec un passeport pour l'intérieur, et là on trouve vingt habitants pour un qui vous guident dans la montagne. Le colonel Roland, qui commande le cordon suisse, et qui demeure à Romainmotier, favorise l'entrée et la sortie de tous ses moyens. Je suis sûr que c'est lui qui a fait rentrer le jeune Lavauguyon.
« Il doit y avoir en ce moment à Hambourg, ou peut-être même à
Paris, un nommé Collevel, qui a offert de servir le gouvernement.
Il est sûrement espion des deux partis, et ne cherche qu'à gagner
de l'argent.
Signé : « Duverne de Presle, dit Dunan.
« Pour copie conforme.
Signé : « Limodin.
« Pour copie conforme,
« Le ministre de la police générale, Signé : « Cochon. »
Dépôt du 8 ventôse an V Républicain. (Registre secret n" 291.)
« Quant à ce qui rendait le portefeuille pesant, c'était un portrait de Cormatin, chef des royalistes en Bretagne; j'ai vu hier au soir Dunan, avec lequel j'ai causé fort longtemps; il m'a développé le plan des royalistes, qui, je vous assure, ne sont pas redoutables. Le pauvre roi de Vérone n'a ni troupes, ni chefs, ni argent : quelques milliers de livres sterling que l'Angleterre veut bien lui donner pour essayer un mouvement à Paris. Il compte particulièrement sur les mécontents, dont le nombre est assez considérable; et il m'a fait connaître le plan des Sociétés des Amis de l'ordre et des Vrais Fidèles; il m'a promis encore de me donner les noms de cent quatre-vingts députés qui ont envoyé leurs noms à Louis XVIII. Il doit aujourd'hui me mettre tout en écrit; c'est, en dernière analyse, la montagne enfantant une souris. « Salut et respect.
Signé : « Limodin.
« Pour copie conforme,
« Le ministre de la police générale, Signé : « Cochon. »
10 Ventôse DÉCLARATION DE DUNAN ANNEXÉE AU REGISTRE SECRET LE 19 VENTÔSE,
""' ^' l'an V (n° 296).
Signé : « Letourneur. »
« Paris, 18 ventôse, an V de la République française une et indivisible. Bureau central du canton de Paris.
Au ministre de la police.
« Citoyen Ministre,
« Je quitte Durian; il ne connaît pas les individus dénommés dans les notes que vous m'avez adressées hier. Quant à Lejeune, dont il est question dans les pièces relatives à la conspiration, il n'est autre chose que le maire de Calais, à qui l'on avait donné ce nom. Les journaux vendus à ce parti sent le Gardien de la Constitution, rédigé pour la plus grande partie par Mersan. Richer-Serisy n'a jamais fait paraître ses numéros qu'il n'ait été payé par eux. Les Actes des Apôtres sont encore de la même fabrique, etc. Je viens de donner des ordres pour arrêter l'homme qui était l'auteur, suivant les apparences, de l'ordre d'extraction de ces messieurs, et signé de vous. Je vous instruirai des résultats. Il est bon de vous instruire que le même homme a eu l'adresse de leur extorquer pour ce prétendu service une somme de six cents louis d'or. J'ai cru que vous seriez charmé de savoir ces légers détails, que j'étendrai davantage. Dunan compte beaucoup sur le gouvernement. « Salut et respect.
Signé : « Limodin.
« Pour copie conforme,
« Le ministre de la police générale, Signé : « Cochon. »
Le Directoire ordonne au ministre de la police de suivre d'après ces nouveaux renseignements le cours de la justice.