‹ Mémoires;Chapitre 187 sur 302 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

liers et l'organisation d'une guerre civile ; il est arrêté qu'on donnera de la publicité à l'organisation de la société des Amis de l'ordre et de celle des Fils légitimes, qui se propage dans les départements, pour influencer les élections.

Bonaparte écrit de Mantoue que le traité avec le Pape est ratifié 22 ventôse par Sa Sainteté. Clarke vient d'arrêter un traité d'alliance avec la Sardaigne; il n'est pas d'avis d'accepter, encore moins de proposer à l'Autriche, l'établissement d'un congrès qu'elle désire.

Le prince Charles est parti pour Vienne, où il a été demandé pour recevoir les derniers ordres du Conseil Aulique; l'armée républicaine est au moment de se mesurer de nouveau avec les Autrichiens; il sera écrit en conséquence à Clarke.

Le ministre de la police a intercepté plusieurs lettres d'émigrés de Lyon. Les émigrés qui sont à l'étranger sont informés qu'ils peuvent compter sur cette ville. On y désigne les royalistes sur les rangs pour la législature. A Marseille, ceux qui se proclament les honnêtes gens seront bien sûrement élus; les correspondances du Midi apprennent l'arrestation du courrier, près le Pont-Saint-Esprit, par une compagnie de voleurs qui s'appelle royaliste. Dans une lettre interceptée il est question d'une conversation avec un général français ex-commandant à Milan : on soupçonne Despinois.

Clarke s'est rendu à Florence. Il a communiqué au grand-duc le 24 Ventôse désir du gouvernement français d'avoir la paix : on restituerait à l'empereur ses États d'Italie, pour la cession de la Belgique et les pays occupés en deçà du Rhin. Le gi'and-duc a témoigné le désir de ce rapprochement, et s'est chargé d'en écrire à son frère. Clarke lui a dit que Thugut était vendu à l'Angleterre, il lui a communiqué sa correspondance avec Saint-Priest. Si l'empereur voulait renoncer à ses États d'Italie, on pourrait trouver une compensation en Allemagne. La République favoriserait la sécularisation des évéchés au delà du Rhin. Rewbell, La Revellière et moi, nous exprimons notre mécontentement de ce qu'évidemment Clarke n'exécute pas les ordres qu'il a reçus, afin de nous amener, en nous trompant^ à livrer les malheureux peuples d'Italie pour les immoler à une paix déloyale et barbare. Clarke propose de consentir un armistice général; il veut que Bonaparte soit de cet avis : n'est-il pas reconnu que rien ne serait plus nuisible aux intérêts de la République? Le traité avec la Sardaigne est dans le même esprit que les propositions à l'empereur : on veut que nous garantissions ses Etats, ceux du Pape, et que nous n'exigions presque rien des indemnités réclamées et accordées. Le Directoire décide de nouveau que Clarke se conformera aux dernières instructions. Carnot parvient à ce que [nous le laissions chargé des négociations, quoiqu'il soit abandonné )ar la majorité et même par Letourneur.

Les ministres reçoivent l'invitation de s'occuper des élections. D'après toutes les offres et les révélations de Duverne de Presle, le ministre de la police est autorisé à l'assurer que s'il déclare tout sans restriction dans les débats, et s'il fait des aveux utiles à la République, il sera garanti de la mort.

Les associés de Babeuf traduits devant la haute cour de Vendôme sont loin d'être abattus; ils se défendent comme des lions, très peu ayant recours à des dénégations; les autres soutenant avec énergie qu'ils sont les vrais défenseurs de la patrie; qu'en tout ce qu'ils ont tenté ce n'a été que dans la vue du bien public et pour le bonheur du genre humain. Appuyés et comme acculés en quelque sorte contre ce rempart si élevé et si fort, convaincus de leur droit et de l'excellence de leur cause, ils poussent l'audace jusqu'à chanter à l'audience : Tremblez, tyrans, et vous perfides, l'opprobre de tous les partis. Ils terminent les séances en entonnant le 25 Ventôse refrain de l'hymne des Marseillais. Letourneur est furieux de l'in-

an V .

solence des accusés : il trouve que la haute cour ne montre pas de caractère; il veut qu'elle réprime sévèrement ces intrépides malheureux : il ne lui vient pas à la pensée de désirer plus de décence et de respect de soi-même à des juges dont quelques-uns, tels que Vieillard, injurient tous les jours, du ton de la passion et de la colère, ceux qui ne sont pas condamnés, et qui lors même qu'ils le seraient déjà, mériteraient encore les égards que ne peut jamais oublier le pouvoir qui siège sur un tribunal.

Le Directoire arrête l'envoi d'un message au corps législatif pour obliger les électeurs, comme tous les fonctionnaires publics, à prêter le serment de haine à la royauté et à l'anarchie. Camus et Thibaudeau combattent cette proposition; ils voudraient même engager à ne pas obéir, si la loi était rendue. Daubermesnil croit qu'une forte partie des législateurs actuels veut faire couper le cou aux républicains et les traduire à Vendôme, à peu d'exceptions près.

Lorsque le gouvernement n'est point uni, son action devient tous les jours plus faible, de près comme de loin. Aussi les troubles qui ont lieu dans presque toutes les parties l'approchées de la France, ne peuvent-ils manquer de s'étendre aux plus lointaines, à plus forte raison aux colonies, qui sont déjà elles-mêmes embrasées de leurs propres passions. Il est plus que temps d'empêcher dans ces contrées les assassinats dont elles sont le théâtre. Il n'y a que des hommes patriotes éclairés et étrangers aux discordes de ce pays, qui puissent y porter la paix, y établir des règlements de police et de travail, et concilier les intérêts des noirs avec ceux des propriétaires. Une proclamation c|ui leur garantirait la liberté sur des bases désormais inviolables, ramènerait la confiance, la tranquillité

Page 1