‹ Mémoires;Chapitre 19 sur 302 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

autorités constituées. Elles n'existent point antérieurement à la Constitution qui les crée ; elles ne tirent leur pouvoir d'aucun droit préexistant ; la même Constitution qui leur donne l'existence, détermine et limite leur pouvoir; ils ne peuvent que ce qui leur est accordé par la loi qui leur donne l'être. Tout ce qui ne leur est pas donné expressément leur est refusé. »

Les Conseils, faisant justice de toutes ces subtilités, décrétèrent que la nomination des places vacantes dans l'ordre judiciaire serait faite par le Directoire.

J'avoue que ces raisonnements, qui me furent rapportés 24 Frimaire à l'issue de la séance du Conseil des Anciens, m'auraient paru tout à fait irrésistibles dans les temps ordinaires ; mais nous étions encore loin d'être tranquilles, et les corps électoraux à qui l'on devait le nouveau Tiers, et qui avaient nécessité le 13 Vendémiaire, n'étaient pas fort rassurants; puisque la victoire du 43 Vendémiaire avait établi le Directoire et ses droits, il fallait qu'il se maintînt par son principe même ; et certes le pouvoir exécutif, tel que l'avait fait la Constitution de l'an III, n'avait pas une force comparable à tous ceux qui ont été délégués par d'autres Constitutions. Les hommes, si difficiles aujourd'hui pour la nomination des juges, n'ont pas fait question de remettre ce droit au pouvoir exécutif, dans toutes les Constitutions auxquelles ils ont coopéré depuis. Il est prouvé, et reconnu par tous les bons esprits, que ce pouvoir n'a rien d'exorbitant, en y joignant surtout l'inamovibilité. Ce n'est pas ici le lieu de parler des lacunes que la Constitution de l'an III avait laissées dans la partie de son pouvoir exécutif, telles que l'impuissance de dissoudre les Chambres, de faire obéir la trésorerie. Ces lacunes deviendront sensibles lorsque l'on verra le jeu de la machine mise en mouvement, et quels rouages lui manqueront pour être heureusement engrenée.

Quant à moi, plus convaincu aujourd'hui, à la suite de

toutes nos expériences, que l'établissement de la bonne liberté lient à la division des pouvoirs, et que l'organisation respective et indépendante est la vraie garantie de toute sûreté et sécurité sociale, je ne dissimule point que j'ai cru que le Directoire avait besoin d'être soutenu et fortifié dans les premiers moments de son existence ; qu'à cette existence était réellement attachée celle de la France; et que ceux qui refusaient au Directoire les moyens qu'il réclamait sans aucune ambition personnelle, laissaient voir en eux les ennemis du nouvel ordre social, déjà occupés de ramener l'ancien. Et quels sont nos moyens en présence de tant de besoins de tout genre? quarante milliards d'assignats à démonétiser et tous les services manquant à la fois; la marine comme la guerre sans approvisionnements, sans arsenaux. Les mandats vont remplacer les assignats : mais déjà les gages des uns et des autres sont absorbés; les biens nationaux avilis et vendus à un prix inférieur, qui ne présente point de ressources!

Dans cette crise oii l'on est forcé de s'adresser à tout, le Directoire fait demander par son ambassadeur en Hollande, Noël, le reste des subsides qui nous sont dus par Leurs Hautes Puissances; le Directoire témoigne en même temps son désir de maintenir les traités existants, et il exprime la résolution bien prononcée de disperser les rassemblements de Brème et d'Osnabrûck.

Par un message, le Directoire demande l'autorisation d'aliéner des forêts et de vendre les mobiliers nationaux, pour fournir aux dépenses des approvisionnements des armées, jusqu'à ce que l'emprunt forcé puisse rentrer. Nous apprenons que la malheureuse Pologne est partagée : le ti'aité entre les Coui's de Pétersbourg, d'Autriche et de Prusse est sanctionné par le roi Stanislas Poniatowski , il signe la destruction de sa patrie dans la prison où le détiennent ces puissances. La liberfé lui est rendue après son abdication et le partage consommé.

Le conseil militaire a condamné Caumarlin à la déportation.

L'échange de la fille de Louis XVI contre les ministres et députes français a été retardé. Marie-Thérèse-Charlotte, fille de Louis XVI, part le 28 frimaire, à 4 heures du matin, de la prison du Temple,

Page 1