CHAPITRE XXIV
été admis au Directoire, je n'avais fait aucune observation. Je réponds que mon opinion sur les ennemis de la République est aussi connue qu'invariable : que je ne transigerai jamais avec eux, quelle que soit leur secte, mais que j'avais cru ne pouvoir exprimer aucune opinion personnelle à des juges qui doivent conserver toute leur indépendance.
Notre ambassadeur en Prusse, M. Gaillard, croit pouvoir ras- 30 ventôso surer le Directoire sur les mouvements du Cabinet de Berlin, par ^" ^ • des raisonnements qui se résolvent en un seul, fort simple : la Prusse sera pour nous tant que la victoire nous sera fidèle; dans le cas contraire, nous l'aurons pour ennemie. Au surplus, le ministre prussien s'est chargé de faire connaître à l'empereur de Russie le désir qu'aurait le gouvernement français de rétablir la bonne harmonie entre les deux puissances.
Merlin, dont la peur habituelle ressemble quelquefois au courage dans les premiers moments, mais qui, après la réflexion, paraît effrayé du succès même qu'ont obtenu sa conduite énergique et sa logique judiciaire, voit avec terreur grossir l'orage royaliste prêt à fondre sur nous; il croit que l'acte d'accusation du Directoire est résolu, et qu'on n'attend que l'envoi du nouveau Tiers pour le mettre à exécution. Ce projet a été confié par plusieurs députés très influents à plusieurs de leurs collègues qui l'ont révélé à Merlin, et lui donneront les noms des comploteurs les plus actifs.