CHAPITRE XXV
sont tous les jours victimes? Il faut- chasser des autorités civiles et militaires tout ce qui n'est pas franchement républicain. Nos ennemis ne sont tant soit peu grands que de la faiblesse du gouvernement. » Aucune mesure ne vient encore au secours des circonstances.
Le Directoire, après longue discussion, adopte une expédition contre l'Angleterre. L'Espagne fournira vingt vaisseaux de guerre; la Hollande, seize ; la République, vingt, ainsi que les bâtiments pour le transport de trente mille hommes. Sur ma proposition, il est décidé qu'on évitera tout combat d'escadre, et que toute sortie des ports sera suspendue jusqu'à ce que la grande flotte soit en mer et réunie. Truguet se concertera avec les puissances alliées.
Duverne de Presle, rassuré par je ne sais quel parti, ne veut plus rien avouer.
Letourneur a reçu d'importants avis sur un rassemblement de voleurs qui avait lieu dans un quartier désigné de Paris. Il nous apprend qu'aussitôt il a envoyé le capitaine Lemarrois avec vingtcinq grenadiers pour les arrêter. C'était déjà usurper les droits de la gendarmerie. Encouragé par ces haineuses entreprises, Letourneur se propose de faire lui-même la police de la capitale. < On peut maintenant dormir tranquille, dit Rewbell. Quant à moi, je ne suis pas fanfaron et ne fais point blanc de mon épée, continue-t-il, mais je ne crains pas même ceux qui veulent toujours renvoyer aux autres la peur qu'ils ont eue eux-mêmes; dans l'ancien régime, j'ai fait trembler le gouvernement ainsi que le garde des sceaux, et défié leurs lettres de cachet ; je ne me sens pas moins fort envers le corps législatif et même envers le Tribunal de Cassation; ma colère n'est pas bonne, parce qu'elle dure toujours ; je ne cherche point à me battre, mais je ne refuse jamais quand il le faut, et alors je tue mon homme. »
Le Prince de la Paix paraît rejeter les propositions de la cession de la Louisiane en échange de la Sardaigne, que le roi de Piémont donnerait pour le Mantouan, si le Milanais n'est pas libre. Plus de tergiversations ; prononçons cette liberté : cet acte imposera à ceux qui voudraient se croire lésés. Encore ajourné.
L'armée de Sambre-et-Meuse, sous le commandement de Hoche, a repris son ancienne vigueur, et ne tardera point à franchir le Rhin.
Le ministre de la police craint que les accusés près la haute cour ne soient acquittés; il annonce que des rassemblements armés onj paru dans les communes environnantes, à l'effet sans doute d'intimider les juges.
Les élections du département du Var ont été effectuées sous la menace des baïonnettes et du canon dirigé par Willot et Moynot
3 Germinal an V.
d'Opson. Ce sont, comme de raison, trois ennemis déclarés de la République qui ont obtenu les suffrages ordonnés par la force armée. Ce triomphe se rapporte parfaitement aux instructions des commissaires royaux. Un grand nombre de patriotes sont maintenant renfermés dans les prisons. Que vont-ils devenir? Ils ne sont pas réclamés et défendus, comme le sont les royalistes.
Le ministre de la guerre présente un travail de promotions. Je demande qu'avant toute discussion, le Directoire pose en principe qu'aucun officier ne sera remis en activité s'il n'a fait la guerre de la liberté. Le ministre de la guerre répond : « Le Directoire sera obéi ».
Le bureau central, peu soigneux du malheur des classes indigentes, et ne craignant pas d'y ajouter encore par des mesures de rigueur, a pris celle d'ordonner l'expulsion des échoppiers (teneurs de petites boutiques appelées échoppes) dans les différents quartiers de Paris, où ces infortunés gagnaient leur vie. Je pense que cette mesure est intempestive, et qu'on peut, par toutes sortes de raisons d'humanité et même de politique, différer l'expulsion. Carnot se réunit à moi et ma proposition est adoptée.
Un rapport doit être fait par une commission au Conseil des Cinq-Cents sur la proposition d'effectuer dans le sein du corps législatif le tirage du membre sortant du Directoire. Rewbell ne trouve cette préoccupation du Conseil ni décente ni constitutionnelle. C'est une usurpation de notre droit dans une affaire qui lui est étrangère, et dont il n'aurait pas dû s'occuper. Le but, toujours le même, de la part des meneurs, c'est d'avilir le gouvernement. Rewbell déclare qu'au surplus il ne reconnaîtrait point une pareille loi, et ne lui obéirait pas si elle était rendue. Letourneur et Revellière sont de l'avis de Rewbell. Carnot et moi, nous pensons que si la loi est rendue, nous devons l'exécuter. Discussion ajournée, snerminai Clarke a adressé au ministre des relations extérieures un nouveau projet de traité d'alliance avec le roi de Sardaigne. Dans les idées du négociateur, nous accorderions à ce roi, qu'on appelait Roi des Marmottes, la garantie de ses États contre toute invasion extérieure et intérieure. Il fournirait huit mille hommes d'infanterie, huit cents de cavalerie, cinquante pièces de canon, qui seront envoyés aussitôt au général de l'armée d'Italie pour être employés contre l'empereur d'Autriche. En dédommagement de ces fournitures et de son île de Sardaigne, il aurait le Mantouan avec passage pour y arriver, le Milanais et le droit de passage sur le territoire génois; la garantie des États actuels du gouvernement Papal. Pour soutenir son incroyable traité, Clarke ajoute que c'est l'avis de Ronaparte, qui attend les hommes et les canons dont il a besoin. Une longue discussion s'engage sur ce ridicule plan. Après que j'ai eu déclaré