CHAPITRE XXV
que je n'adhérerais à aucune cession, je consens à garantir le Piémont de l'invasion des Autrichiens, à condition de l'envoi sans retard à Bonaparte des huit mille huit cents hommes et des cinquante pièces de canon. Adopté.
L'envoyé vénitien Quirini croit pouvoir se plaindre que le commandant français à Bergame ait favorisé l'insurrection du pays contre son gouvernement. Renvoyé à Bonaparte.
Dans une conférence entre Serbelloni, Augereau et moi, nous avions projeté de donner le commandement de Bologne à un général capable de soutenir les événements qui allaient éclater à Rome et dans les États du Pape. Augereau nous dit en confidence que Bonaparte avait trahi à Mantoue lorsqu'il leva le siège; c'est alors qu'Augereau attaqua l'ennemi et le battit. Chacun fut alors de son avis. Augereau raconte que Clarke joue le rôle de Willot auprès de Bonaparte, et s'exprime très mal ailleurs sur lui. Clarke n'est vu de bon œil par aucun général républicain; n'a-t-il pas osé dire à l'Autrichien Vincent que la République tiendrait tant qu'elle pourrait? La cause de la perte de plusieurs mille hommes à Arcole tient à ce que, dit Augereau, « Willot m'a retenu, pour la garder au service de sa contre-révolution, une demi-brigade qui eût décidé la victoire; si, continue Augereau, ma division en avait été renforcée \.. » Il y a bien quelque vérité dans ces assertions d'Augereau, mais c'est la coutume des généraux de toujours s'attribuer ce qu'il y a de brillant à l'armée, et de toujours donner aux autres les échecs. Aussi, à les entendre séparément, c'est tout le monde qui a gagné la victoire, et jamais ce n'est personne d'eux qui ait subi la défaite.
Vérone, Brescia, Bergame s'ébranlent; le système républicain y triomphe.
Tandis que le roi de Prusse reprend une attitude menaçante et demande des dédommagements, le prince Henri de Prusse emploie ses bons offices en faveur de la République, qu'il aime. Ce n'est pas la première fois qu'il se trouve y avoir plus de bon sens dans les branches cadettes que dans les branches aînées. Cela est simple : dans l'ordre social le plus élevé, comme dans les classes ordinaires, les aînés tenaient la fortune et le pouvoir, qui trompent ordinairement ceux qui en jouissent; les cadets restaient à côté et pouvaient mieux juger la vérité.
La séance du corps législatif a été extrêmement orageuse. Le Directoire n'a point été ménagé. Son acte d'accusation a été proposé. Je demande à mes collègues si c'est là l'ouvrage des terroristes. Sans la crainte salutaire qu'ils inspirent aux royalistes, nous serions déjà sur la route de Vendôme. Reconnaissez donc vos amis, ils ne peuvent être que dans les rangs républicains.
Une note du ministre de la police dit que les émigrés, rentrant
de toutes parts, ont l'ordre du Prétendant d'être très circonspects et d'attendre le moment favorable pour agir. Les défenseurs de la royauté ont toujours eu le droit jésuitique de la restriction mentale.
^ïrr'\\°''' Depuis la bataille de Rivoli, l'armée d'Italie occupait les bords de la Piave et de l'Avisio. L'armée autrichienne, commandée par le prince Charles, occupait l'autre rive de la Piave; elle avait son centre placé derrière la Cordevole, et appuyait sa droite à l'Adige, du côté de Saluées (sic).
Le Directoire, dont la prévoyance militaire n'a jamais obtenu la justice de celui dont elle a fait la g-loire, avait pris les plus grandes mesures pour assurer le succès de la nouvelle campagne d'Italie. Une division considérable, tirée du Rhin, a été dirigée vers l'armée d'Italie. C'est partant des bords de ce fleuve que le corps d'armée dont je parle avait à traverser toute la France pour franchir ensuite, dans la plus rigoureuse saison, la barrière, jusqu'alors réputée inexpugnable, des Alpes. Cette marche, la plus longue, la plus forte que dans l'hiver ait jamais exécutée sur ce continent un corps d'armée, n'éprouva aucun retard, et n'ayant pu être soupçonnée ni même crue par les ennemis, allait leur donner à combattre en Carinthie les mêmes hommes qui les avaient battus tant de fois au delà du Rhin.
Ce serait une omission qu'on aurait à reprocher, même à mes Mémoires particuliers, que de ne pas rendre ici la mention de gloire qui appartient au général de l'armée de Sambreet-Meuse dans cette mémorable opération. Le général Bernadotte, regardé dans cette armée comme le plus digne élève du grand Kléber, est celui qui, détaché du Rhin avec sa colonne de vingt mille hommes, venait alors de traverser toute la France, en donnant l'exemple de la discipline la plus austère, sans qu'un hameau non plus qu'une ville aient eu à se plaindre de la plus légère infraction.
Quel put être 1 etonnement de ce digne général et de ses