‹ Mémoires;Chapitre 196 sur 302 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

ici d'aplanir toutes les bonnes et mauvaises difficultés pour obtenir une paix honorable et la liberté de l'Italie. Je me fais fort de trouver cent mille écus qui seront comptés par une maison de commerce. Je les garantirai jusqu'à ce que le ministre des finances puisse les rembourser. Ma proposition est acceptée.

Un rassemblement de royalistes a eu lieu dans les Basses-Alpes : ils sont entrés à Pertuis avec le drapeau blanc. Le général Tison voulait prendre des mesures répressives, lorsque le directeur du jury a tout « civilisé » en décidant les royalistes à se retirer. Letourneur me dit que j'ai des préventions contre Willot. Je demande à Letourneur si mes préventions ne sont pas justifiées : par l'apparition du drapeau blanc, dont Willot n'a pas prévenu et ne rend pas compte; par l'assassinat journalier des républicains, et par l'organisation paisible de la contre-révolution faite sous les yeux et la protection de ce général. Le Directoire me paraît encourir une grande responsabilité de tout le sang versé.... Mes collègues gardent le silence. Letourneur prend la parole pour s'écarter de la question, suivant sa manière : il vient d'être informé que Drouet est à Paris; il faut le faire arrêter à l'instant. Carnot invite le ministre à exécuter la proposition de Letourneur, qu'il dit être l'opinion du Directoire. Je réponds qu'elle n'est pas unanime; je crois pouvoir assurer que Drouet est passé en Hollande; mais je saurais sa demeure, que je ne l'arrêterais pas, que même je le préviendrais; si Rovère, que je regarde comme l'ennemi personnel de la République, se trouvait dans le même cas que Drouet, j'en agirais de même. La correspondance communiquée par Cochon continue d'être affligeante. Comme s'il avait juré de ne pas nous laisser un moment de repos, il voudrait ne pas moins nous occuper des délits privés que des questions politiques. 11 croit devoir informer le Directoire qu'un individu condamné aux fers s'est évadé, et qu'il a assassiné les deux témoins dont les révélations avaient décidé sa condamnation. Sans doute voilà un crime affreux, il tombe sous le coup des lois ordinaires. Il existe en France des tribunaux : pourquoi ne pas leur déférer ce dont il s'agit?

Le premier privilège des généraux qui ont acquis une existence brillante, c'est d'abord de pouvoir dénoncer tout le monde, même leurs officiers. Rewbell demande la destitution des généraux Haquin et Grandjean, accusés de royalisme et d'impéritie par le général Augereau et les députés Cavaignac et Montmayou. La proposition est rejetée.

La flatterie a de tout temps épié les hommes qui sont investis du pouvoir, pour les servir selon leur passion. Certaine d'abonder dans le sens de Carnot en lui présentant tous les jours de nouveaux dangers, la police continue son système d'alarmes. Quelques

ouvriers sans travail ont projeté de se rendre à l'audience du Directoire pour y exposer leur situation. La police de Cochon veut que ce soit l'effet d'un complot sinistre. Carnot demande que les postes soient doublés ainsi que la haie des grenadiers qui doit l'entourer. Accordé.

Pendant que nous sommes occupés sur un point à répondre sur la question des anarchistes, nous ne sommes pas plus tranquilles du côté des royalistes conspirateurs. On nous informe que leurs 7 et 8 Ger- amis Ont fait des démarches nouvelles auprès du Tribunal de Cassation pour le déterminer à passer outre sur l'arrêté du Directoire qui lui défend de connaître de l'appel qui lui a été fait contre le conseil de guerre. Rewbell nous convoque a huit heures du soir chez lui, ainsi que Merlin, pour convenir de la réponse à faire au Tribunal de Cassation, dans le cas d'une signification qu'il adresserait au conseil militaire. Je crois que nous pouvons nous rassurer sur ces nouvelles tentatives de l'intrigue royaliste : le Tribunal de Cassation est encore composé en majorité d'hommes éclairés, voulant le bien et la paix; qui bien sûrement sont loin de vouloir donner suite à ce qu'ils regrettent sans doute déjà d'avoir si imprudemment commencé.

La fermentation qui résulte naturellement de toutes ces entreprises des partis contre notre établissement politique doit se porter dans les élections. Le ministre de la police nous rend compte que des assemblées primaires sont le théâtre de scènes violentes. Les choix sont en général dans le sens opposé au gouvernement, mais beaucoup d'honnêtes citoyens paraissent animés du désir sincère de soutenir le Directoire. Tronçon-Ducoudray et Dumas ont été chez Cochon : ils ont juré sur l'honneur, en leur nom comme aux noms de Siniéon et de Portails, qu'ils aiment le gouvernement, et qu'ils défendront tous les membres du Directoire collectivement et individuellement attaqués. Carnot ajoute : « Vous voyez comme on calomnie ces braves agents : ils sont aussi patriotes que Doulcet ». Il croit pouvoir produire une preuve non équivoque du patriotisme et de l'attachement au Directoire de ce dernier en disant que plusieurs fois il lui a témoigné le désir d'être ministre des relations extérieures.

Carnot répète que Drouet est à Paris, que Bergoing sait le lieu de sa demeure. « Voilà, dit-il, les prétendus patriotes qui ne veulent rien faire connaître au gouvernement. » Je réponds que Bergoing ne serait ni un patriote ni un honnête homme s'il était capable de violer un secret ou un sentiment d'humanité : « J'aime à penser que tous tant que nous sommes ici, nous ne pouvons penser sans frémir à l'idée d'envoyer à l'échafaud un représentant de plus. Si je croyais Drouet véritablement en danger, je lui con-

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