‹ Mémoires;Chapitre 197 sur 302 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

seillerais d'aller se réfugier chez Carnot lui-même : je suis assuré de ne point surfaire notre collègue en avançant qu'il serait aussi éloigné de repousser que de trahir l'hospitalité. » L'arrivée de Charles Lacroix met fin à la discussion. Ce ministre reçoit l'ordre de communiquer à l'envoyé du Portugal l'ultimatum du Directoire; si l'envoyé refuse ou s'il n'a pas le pouvoir suffisant, notre ministre lui signifiera de quitter Paris sous trois jours. Le Portugais nous est signalé comme une espèce d'espion anglais et qui leur est dévoué.

La Prusse ménage toujours sa neutralité à notre égard, tant qu'elle nous voit assez forts pour lutter contre nos ennemis. Elle se fait valoir par des coquetteries dont le soin est remis à son ministre, M. Sandoz Rollin, qui est exercé au métier. C'est avec une espèce de décence et de convenance envers le pouvoir républicain que le vieux diplomate répète la formule ordinaire des esclaves de sa robe : « Le Roi mon maître ». M. Sandoz Rollin est donc venu chez moi le matin m'assurer que son souverain ne prendra aucun parti contre la République; qu'il est malade; que son Cabinet l'est aussi; que le gouvernement français peut être tranquille.

Le député Dumas est plein d'ardeur pour justifier la bonne opinion que Cochon a voulu nous donner de ses sentiments politiques : il propose au Conseil des Cinq-Cents de faire rentrer les émigrés. Il rencontre grande opposition; il répond à Treilhard et à Auguès que sans cette mesure, la Révolution n'est pas terminée.

On a déjà vu que la police était sur la trace de Lavauguyon, autrement dit prince de Carency, venu à Paris clandestinement pour travailler en faveur de l'Espagne, qui est notre amie publique et notre ennemie secrète; une partie du complot se trouve déjouée par le renvoi de ce ministre de Louis XVIII. Il paraît démontré que l'ambassadeur del Campo est aussi, à Paris, agent intermédiaire de contre-révolution. Le renversement de la République, le remplacement des Cinq, comme ils disent, voilà la dernière instruction de Rlankenbourg. Dans ce moment, on veut tout ou rien.

Au milieu de ces oscillations politiques, le crédit se rétablit difficilement : l'argent, qui a succédé à tous les papiers monnayés qui sont épuisés, avait reparu avec une promptitude et une abondance qu'on peut dire miraculeuses, mais il recommence à se resserrer. C'est avec de grands efforts que le ministre des finances a réalisé une somme de huit cent mille francs destinée aux armées du Rhin et de Sambre-et-Meuse. Cette dernière est toute prête pour agir. Carnot fait beaucoup d'observations, et dit en avoir encore plus à faire : elles sont toutes entendues depuis longtemps. Le Directoire se prononce, décide sans plus de délai l'envoi de la somme et l'ordre de marcher en avant. Je crains que cet ordre n'éprouve des retards :

c'est à sa prompte exécution que tient réellement la paix, tant désirée par Carnot. Elle ne sera conclue qu'à Vienne ou sous ses murs. 9 Germinal Le ministre de la police déroule la liste des électeurs : « La plupart, dit-il non sans quelque inquiétude, sont des marquis et des comtes. » Les nobles, tout en passant leur vie à se plaindre d'être ruinés par la Révolution, sont encore les plus grands propriétaires de France; ils exercent dans les départements une immense et fatale influence, dont on n'a pas d'idée à Paris, oîi tous les rangs sont confondus et inaperçus. Carnot pense que des hommes généralement riches, ayant voiture, faisant beaucoup de dépenses, pourront répandre de l'argent à Paris s'ils sont députés. Quant à l'affaire de . la Cour de Cassation, qu'on ne croit pas encore terminée, Siméon a dit à Cochon que Portalis et lui ne sont nullement certains de pouvoir empêcher Vaublanc, Dumolard et Pastoret de prendre la parole si le tribunal vient à la barre; mais que la majorité sera pour le Directoire.

L'armée d'Italie vient de remporter une nouvelle victoire : elle a fait cinq mille prisonniers autrichiens. Le prince Charles est poursuivi, et les hauteurs de Trieste sont occupées par l'armée républicaine.

Le ministre de la police n'a pas fini ses homélies sur les projets des anarchistes : il veut que dans plusieurs assemblées ils aient insulté les royalistes. Je réponds que les royalistes ne manquent jamais de protecteurs dans le sein du gouvernement î « En même temps que vous traitez de Jacobins vos plus chauds amis, n'ai-je pas vu ici le député Hardi, celui qui vient de vous donner des lumières si précieuses sur le Calvados, accusé tour à tour par vous de royalisme et d'anarchie, ainsi que Jean Debry? et cependant ne sont-ce pas là vos défenseurs au corps législatif? Et moi tout le premier, moi dont vous connaissez la conduite au 9 Thermidor et contre le retour de la Terreur, ne me trouvais-je pas aujourd'hui à vos yeux un terroriste de première ligne? Ce n'est pas que je m'en défende, puisque cette dénomination signifie aujourd'hui bon républicain. »

iictiSGer- Le Directoire écrit à Bonaparte que le gouvernement ne prend pas pour le moment de détermination relativement aux pays conquis en Italie, mais qu'il ne met aucun empêchement à ce qu'ils s'organisent et se déclarent libres et indépendants, si toutefois le général en chef de l'armée d'Italie juge que l'armée française ne soit point exposée à quelque danger par la réaction que peut provoquer cette révolution républicaine.

Au moment où nous imaginions que Moreau, à la tête de son armée, devait franchir le Rhin, le ministre de la guerre nous apprend qu'il est revenu à Paris ; il demande à nous le présenter. Moreau

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