CHAPITRE XXV
est admis au Directoire en séance. Il n'a pu se dispenser d'accourir vers l'autorité pour lui exposer tous les besoins de l'armée du Rhin, et solliciter les plus indispensables ressources. Carnot a souvent des compliments pour ceux qui lui plaisent, comme des injures contre ceux qu'il n'aime pas ; il ne peut laisser sortir Moreau du Directoire, sans dire devant lui : « C'est le Xénophon moderne ».
Willot a écrit au ministre Petiet que le calme règne dans les assemblées primaires des Bouches-du-Rhône. Cela se conçoit : elles ne se composent que de royalistes. Ils ne se battront pas entre eux; d'ailleurs leur grand protecteur est là.
Il est constaté que Carnot connaissait avant l'impression et approuvait l'opinion de Dumas sur la guerre actuelle ou plutôt sur le système de lâcheté qu'ils appellent pacification, par lequel il voudrait la terminer.
L'agent de l'empereur, qui traitait avec ClarkeàTurin,Gherardini, doit se rendre à Paris : les négociations sont interrompues. Clarke a livré les malheureux Italiens; il se vante de la confiance que lui a témoignée le grand-duc de Toscane. Je propose de rappeler Clarke et de traiter désormais de la paix à Paris. Le Directoire se range à cette opinion.
Le traité ratifié par le Pape est arrivé. Sa Sainteté y est énoncée avant la République. Rewbell et moi, nous réclamons contre cette inconvenance. La copie adressée au Directoire par Bonaparte ne nomme le Pape qu'après la République. C'est cette copie qui sera envoyée au corps législatif. Le Pape doit payer dix millions en écus, le reste en diamants ou bijoux. Il conserve du reste sa puissance temporelle.
Merlin nous exprime de grandes inquiétudes sur les dispositions du conseil militaire. Son président, Raire, était hier au soir chez Letourneur. Il voulait me venir faire sa visite : j'ai trouvé que cette démarche était inconvenante de la part d'un juge. J'ai donné chez moi l'ordre de ne pas le recevoir tant qu'il fera partie du conseil militaire en exercice.
On commence à convenir que les élections sont généralement mauvaises dans les départements : raison de plus pour que le Directoire se renferme dans l'exécution littérale de la Constitution ; qu'il rallie les patriotes, et qu'il épure les administrations. Hélas! chaque fois qu'il est question des personnes, le Directoire est toujours moins d'accord. On croit généralement que le magistrat doit être impassible, se dépouiller de toute haine, de tout esprit de parti. Le ministre Cochon présente plusieurs rapports sur des projets terroristes et royalistes. Les premiers, toujours écoutés, réveillent colère et vengeance. Si l'on massacre les républicains, T. II. 24
ce serait fâcheux, dit Carnot avec ironie. On calomnie tous ces pauvres royalistes, il n'en existe plus, ils sont tous résignés à la République !
Clarke demande nouvelle de l'envoi qu'il a fait du projet d'alliance avec la Sardaigne; on le remet au ministre des relations extérieures : injonction est faite de traiter désormais à Paris d'après les bases convenues.
Carnot s'oppose à ce que Beurnonville reparte pour la Hollande, comme général en chef de l'armée française stationnée dans ce pays. Ce n'est pas là une injustice de Carnot. Il aurait pu ne pas attendre ce moment pour émettre son opinion sur le médiocris- , sime personnage. L'armée de Sambre-et-Meuse n'aurait pas vu si longtemps devant elle un ridicule fanfaron, dépourvu de tout talent et qui a laissé tout le monde, officiers et soldats, d'accord sur son mérite, c'est-à-dire son incapacité pour commander seulement quatre hommes et un caporal.
Gherardiniestmortà Turin. Ce serait attacher trop d'importance à cet intrigant, de dire que la Providence veille sur la République; il est vrai cependant que cette mort a différé la conclusion d'une paix honteuse que méditait Clarke.
Bonaparte mande que Trieste est au pouvoir des républicains. L'Italie s'agite pour obtenir sa liberté. Le Milanais demande qu'on le laisse proclamer la sienne. Le Directoire ajourne la réponse sur cette grande proclamation.
On demande au ministre de la police ce qui s'est passé au conseil militaire. Carnot dit avoir reçu chez lui le président de ce conseil. Letourneur en a fait autant. Lorsqu'en l'an II je remplaçai les juges du tribunal révolutionnaire de Marseille, je défendis à ceux qui allaient exercer ces fonctions redoutables de paraître chez moi. Voilà quelles étaient mes jeunes idées sur le respect qu'on doit à l'indépendance du pouvoir judiciaire; il est possible que ce fussent là des idées révolutionnaires ! J'en renouvelle l'expression avec une conviction absolue.
14 Germinal Le ministre de la police met sous les yeux du Directoire la réponse de Germain lorsqu'on lui a présenté sa lettre à Babeuf où il est question de Barras : il a reconnu la lettre comme de lui, mais a déclaré que le citoyen Barras n'a jamais tenu le langage trivial qu'on veut lui supposer. Letourneur s'effraye de l'audace de tous ces accusés de Vendôme. Carnot fait un grand éloge du courage de Grisel, qui avait bien de quoi être épouvanté la veille de l'arrestation des conjurés. « Grisel dînant chez moi, dit Carnot.... — Ah! tu dînais donc avec Grisel, ou Grisel dînait avec toi, s'écrie Rewbell : il y a là bien de la facilité, du dévoûment et même de la popularité de ta part. — C'était, dit Letourneur, ce jacobin de Blondeau, pre-
an V.