‹ Mémoires;Chapitre 202 sur 302 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

rite supérieure qui a le droit de la discipliner? Le Directoire décide qu'il y aura séance à neuf heures du soir pour entendre tous les ministres réunis sur le projet de Merlin.

Beurnonville demande à retourner dans le canonicat de Hollande qu'on appelle le commandement en chef de l'armée française en Hollande; que s'il faut absolument des appointements à Beurnonville, on peut le satisfaire en le traitant comme Moreau et le gardant ici jusqu'à ce que Hoche ait opéré sur le Rhin. Rewbel demande à Carnot si Paris est décidément la résidence des généraux. Sont-ils des évoques qui ne veulent point rester dans leur diocèse? Carnot donne de nouveaux éloges à la personne de Moreau.

Rewbell lit des lettres du Midi qui révèlent des actes arbitraires de Moynot d'Opson, et donnent la liste de nouveaux assassinats. L'agent Cadet rendra compte.

Nous nous réunissons à neuf heures chez La Revellière. Les ministres Cochon et Merlin produisent le projet d'arrêté qui traduit devant le tribunal criminel Dunan, Brottier, Lavilleheurnois et Poli. Hs auront à y répondre sur le crime de conspiration contre la sûreté de la République, en faisant abstraction toutefois du crime d'embauchage, pour raison duquel ils ne peuvent plus être poursuivis de nouveau. Le Directoire adopte et ordonne que cet arrêté sera imprimé et placardé. On ne conçoit pas comment, à l'occasion d'une affaire toute spéciale et purement royaliste, Carnot peut imaginer de revenir encore à ses préventions; il voudrait qu'on insérât dans l'arrêté les mots anarchie et terreur. Le Directoire refuse cette insertion ; elle n'arrive nullement au sujet : elle n'aurait pas le sens commun.

Hoche a reçu l'ordre de passer le Rhin. Deux grenadiers du corps législatif dénoncent leur chef Ramel comme royaliste. Carnot et Letourneur veulent faire arrêter les soldats factieux. J'ai le malheur d'avoir la même opinion que les soldats; c'est encore celle des députés patriotes. Le moment arrivera où il faudra chasser un chef déshonoré aux yeux mêmes de ses soldats.

On propose de casser le conseil militaire et de le remplacer par 20 Germinal des juges intègres : Carnot s'y oppose. Je suis de l'avis de Carnot : ^° ^' ce serait établir que nous punissons les tribunaux qui ne se conforment pas à nos volontés. Je suis loin d'estimer les membres actuels de ce conseil militaire; on pourra l'épurer dans la suite; ce n'est même pas sans quelque peine que j'ai voté la remise en jugement de Dunan et compagnie : mais si, croyant que l'intérêt public l'exigeait, je m'y suis conformé, je désire que le Directoire ne se retrouve pas dans une semblable position. Je vote avec Carnot. Ajourné.

Quirini remet à Rewbell une note où il se plaint de ce qui s'est 22Germiiiai passé à Crémone et à Brescia. Un officier français et un émigré ^" ^'-

nommé L'Hermite ont forcé les portes de la première de ces villes. A Brescia, une colonne de Bergame s'est munie de canon et s'est portée sur Vérone, oîi elle a été battue par les habitants. Elle est rentrée et se trouve bloquée dans Brescia. Il sera écrit à Bonaparte d'empêcher que les Français ne se mêlent dans les querelles des Vénitiens, qu'il serait cependant peut-être utile de désarmer.

Un prêtre du nom de Poule, ancien augustin et ancien curé dans le département de l'Hérault et qu'on croit neveu du célèbre prédicateur, a tenté d'assassiner Sieyès, membre du Conseil des Cinq- Cents. Il s'est introduit chez ce député à neuf heures du matin, il a déchargé sur lui un pistolet à balles, qui lui a seulement brisé la main droite. L'assassin ne peut détruire les pages immortelles écrites par cette main puissante. Les écrits, peu nombreux, mais admirables, d'un grand publiciste méritent qu'on dise de leur auteur ce que Mirabeau a dit de Franklin : il a répandu des flots de lumière. L'Essai sur les privilèges, Qu'est-ce que le tiers état? ses vues politiques communiquées aux diverses assemblées sont des ouvrages qui vivront autant que la liberté même. Il n'en a pas moins bien exprimé les sentiments qu'analysé les idées. Sieyès a montré beaucoup de sang-froid dans ce guet-apens, il a conservé toute sa présence d'esprit et dit seulement à son portier, avec une fine ironie bien permise à la victime : « Si M. l'abbé Poule vient se représenter à la maison, vous ne le laisserez plus entrer ». Cet abbé assassin n'est pas aussi doucement plaisant que celui qu'il a assassiné : il regrette de ne lui avoir pas donné tout à fait la mort; il en sera dédommagé et soutient que tous les républicains français périront. On dit que M. l'abbé Poule est un fou ; il est au moins très probable que ce n'est point un jacobin.

Hoche a fait toutes ses dispositions pour passer le Bhin. Bonaparte doit être à Brixen et à Klagenfurt.

Le traité d'alliance offensive avec Turin est adopté. L'article secret porte que le roi de Piémont nous cédera la Sardaigne à la paix continentale; la République le dédommagera par des possessions en Italie à sa convenance; il prendra un autre titre que celui de roi de Sardaigne.

Les trois propositions suivantes sont remises à l'envoyé de Portugal : 1° exclure les vaisseaux anglais des ports du Portugal; 2° céder à la France le territoire jusqu'à la rive gauche de l'Amazone; 3" compter à la République dix milliions. Dans le cas de nonacceptation par M. d'Arengio, il quittera Paris sous trois jours.

Le tribunal criminel du département de la Dyle a refusé de prêter serment de haine à la royauté; ses membres ont donné leur démission.

On se souvient du rôle contre-révolutionnaire joué par un certain

an V.

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