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CHAPITRE XXVI

Le général Hoche n'a point tardé à user de la permission qui lui a été donnée de passer le Rhin. L'armée de Sambre-et-Meuse est redevenue digne d'elle-même sous le commandement du bouillant et habile général. Elle s'est précipitée sur les Autrichiens, les a atteints à marches forcées, a fait quatre mille prisonniers, pris des canons et des drapeaux; l'aile gauche a eu aussi des succès. Les ennemis se retirent sur la Lahn. Hoche les poursuit; ils sont dans de bonnes mains.

On annonce l'arrivée de nouveaux drapeaux envoyés de l'armée d'Italie par Bonaparte.

Jardin et Marchenna sont arrêtés. Le 1^'" floréal, Revellière- Lépeaux, poursuivant son système religieux, se crut en mesure de poser les premières pierres de l'édifice dont il était le grand architecte; on appellera ce jour celui de la fondation de la Théophilanthropie, parce que les membres de la secte nouvelle, sous le nom de Théophilanthropes ou d'Amis de Dieu et des hommes, commencèrent à célébrer à leur manière des fêtes religieuses et morales. Le mot de fondateur qu'on donne à Revellière ou qu'il se donne lui même était peut-être un peu présomptueux. Dans la ferveur de sa création, Revellière nous proposait à tous d'y prendre part : nous lui dîmes en riant que nous avions assez d'wn Pape à Rome, et que c'était assez d'un second au Directoire, puisqu'il voulait bien l'être. « Au surplus, ajoutai-je, il n'y a pas de bonne religion sans martyrs; pour faire prospérer la tienne et lui donner du relief, tu devrais commencer par te faire pendre ».... Revellière ne paraissait pas disposé à pousser l'apostolat jusqu'à ce période.

Des pouvoirs nouveaux ont été envoyés à Bonaparte pour traiter SFior^ai de la paix générale. Le Directoire veut conserver l'occupation mili- , taire de la rive droite du Rhin jusqu'à la paix continentale. Il sera îcrit à Bonaparte à ce sujet, pour que cette condition soit portée ïn tête des négociations. Il me semblerait préférable d'abandonner la rive droite du Rhin, pour se renfermer dans la cession des pays réunis, et persister dans l'indépendance du Milanais.

Bonaparte doit encore stipuler un délai convenable pour l'évafcuation de l'Italie.

Le Messager du soir accuse Carnot de s'être opposé à une délibé- ^ration tendant à demander la cassation des élections : c'est une espèce de répétition de ce qui a été précédemment énoncé des bonnes dispositions de Carnot pour le nouveau Tiers.

Willot est élu député à Marseille; le ministre Cochon prétend qu'il refusera. Cette nomination est-elle la sanction de tant d'assassinats commis dans le Midi?

Les élections du Var inquiétaient tellement Willot, qu'il a envoyé trois cents hommes et du canon à Brignoles pour influencer les

choix. Les prisons sont encombrées de patriotes qui depuis plusieurs mois n'ont pas su se faire entendre. La Revellière et Rewbell s'affligent des choix qui vont introduire au corps législatif les plus grands ennemis de la liberté.

Le prince Charles, qui s'était d'abord refusé à toute négociatioi avec Bonaparte, vient de lui envoyer le général Bellegarde pouiconvenir d'un armistice de cinq jours pendant lesquels on pourrait négocier. Bonaparte, qui ordinairement ne pense guère avoir besoin de pouvoirs pour faire ce qui lui convient, a cru, dans la circonstance, n'en avoir pas de suffisants : il a appelé Clarke aussitôt; il ^ de suite posé en principe la cession de la rive du Rhin, en y comprenant Mayence, et la reconnaissance de l'indépendance cispadane réunie à Modène et à Massa Carrara. A ces conditions il restituera Mantoue à l'empereur, et l'on discutera pour le Milanais. « J'ai posé ces bases, m'écrit-il, je désire qu'elles conviennent au gouvernement. Ma position a constamment changé depuis que je suis en Italie. Je serai finalement accablé si la paix n'a pas lieu, et si les armées françaises du Rhin ne franchissent de suite ce fleuve. » On a vu depuis combien de temps elles l'ont franchi.... Mais il est dans l'égoïsme ordinaire de Bonaparte de ne point voir ce que font les autres, ou de le nier. Les Vénitiens ont près de vingt-cinq mille hommes sous les armes; ils ont assassiné plusieurs volontaires; un vaisseau vénitien a protégé dans le golfe un convoi autrichien qu'une frégate française eût amariné sans cette opposition. La maison du consul français à Zante vient d'être brûlée. Bonaparte a demandé réparation dans douze heures au sénat; il attend le retour de son aide de camp Junot, qu'il a chargé d'une lettre menaçante pour le doge. Il va faire prendre possession par Kellermann de la terre ferme de Venise; les nobles vont être arrêtés; une proclamation est prête pour rassurer le peuple et garantir le respect du culte, la sûreté des personnes et des propriétés. Les Vêpres Siciliennes ne recommenceront plus : c'est en vain que le Pape soulève secrètement les habitants de l'État de l'Église.

Quoi qu'en dise Bonaparte, se plaignant toujours dans ses dépêches, voilà plus de quinze jours que l'armée de Sambre-et-Meuse a passé le Rhin. Lefebvre, Championnet sont sur la rive droite et se portent sur la Sieg.

Le ministre de la police ne nous fait pas grâce un seul jour de ses rapports. Il croit que près de trois cents babouvistes organisent un mouvement; qu'une correspondance active a lieu avec les prévenus de la haute cour. Des lettres saisies sur la femme Didier annoncent qu'un grand coup doit être porté le 10 floréal. Le Directoire ne dissimule point ses craintes, il charge le ministre de ne rien ménager pour empêcher le désordre. Un grand moyen de

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