CHAPITRE XXVI
neutraliser ces projets attentatoires, c'est l'impression des correspondances. Carnot fait part qu'un haut juré de Vendôme est venu à Paris; c'est un terroriste. Rewbell, La Revellière et moi, demandons que le nom de ce juré et celui de Dubois-Crancé, cité dans les lettres de Germain, soient retranchés de l'impression.
La séance s'ouvre. La Revellière et Rewbell disent que le résultat des élections du Var est aussi mauvais qu'ailleurs, et justifie malheureusement les prédictions de Rarras.
Moreau a passé le Rhin, et Hoche a continué de battre les ennemis : il a fait huit mille prisonniers, pris vingt-huit pièces de canon et des drapeaux.
L'envoyé de Portugal refuse les conditions présentées par le Directoire. Rewbell vote pour que la négociation soit rompue, et qu'il soit décidément enjoint à l'envoyé de quitter la France. M. d'Arengio veut gagner du temps. Le ministre des relations extérieures lui signifiera que faute d'acceptation des propositions, il quittera Paris dans vingt-quatre heures. Les propositions antérieures seront au surplus regardées comme non avenues. Adopté. Lctourneur affecte de dormir, et Carnot sort avant la délibération.
Des plaintes nouvelles s'élèvent contre Pérignon, si peu digne de représenter la République en Espagne. Ajoutez encore à tous les reproches qui lui ont déjà été faits, qu'il est accusé de se mêler d'affaires d'intérêt et de tripotages de commerce les moins honorables.
La correspondance présente toujours de fâcheux résultats : assassinats, proscriptions, audace . des royalistes, prédications contre la République. Cet effrayant tableau frappe pourtant le Directoire. Ne serait-il pas la première victime de toutes ces entreprises criminelles? La mesure à prendre pour sauver la patrie, c'est de rappeler aux fonctions publiques les républicains et d'en écarter les royalistes qui s'y sont introduits; si la paix a lieu, il faut réaliser la promesse, depuis si longtemps faite, du milliard aux défenseurs de la patrie; il faut, à la paix, opérer en leur faveur la distribution des terres et des maisons nationales provenant d'émigrés. Carnot répond qu'il a préparé un travail à ce sujet; il le présentera au Directoire.
Le ministre de la police lit une lettre de l'agent Cadet; celui-ci prétend que les patriotes ne sont point incarcérés à Marseille; que les élections du Var ne seront pas si mauvaises. Cet agent, qui a été placé par Cochon, sur la recommandation de certaine personne fort suspecte, est encore conservé !
Le ministre de la police, qui avait annoncé que Willot refuserait la députation, vient déclarer que, cédant à des conseils reçus de
I Paris, Willot s'est déterminé à l'accepter. , T. II. 25
5 Floréal
6 Floréal an V.
Les dépêches de Bonaparte apprennent la signature de préliminaires de paix entre lui et les plénipotentiaires de l'empereur; on les appelle les préliminaires de Leohen, parce qu'ils ont été signés dans cette ville de la haute Styrie, située à 38 lieues sud-ouest de Vienne. Trois projets ont été envoyés au prince Charles par le général ; au départ de la lettre que nous recevons, il n'y avait pas encore de réponse de l'empereur. Auquel des trois projets sera donnée la priorité"? On peut trouver à coup sûr bien détestable l'article qui restituerait le Milanais : se peut-il qu'il soit accepté! Au surplus il est bien singulier que trois projets aient été soumis à l'empereur d'une manière aussi facultative et laissés à son choix;l'honneur du gouvernement, celui du général de l'armée d'Italie, tiennent à l'indépendance de l'Italie : dans le premier et le troisième projet, cette clause est expressément insérée, ainsi que la cession des pays réunis dans le Nord, l'indépendance cispadane et transpadane, en dédommagement de la cession du pays vénitien de terre ferme à l'Autriche.
Le courrier de Bonaparte ne peut pas tarder d'arriver : il va faire cesser notre inquiétude pour ces malheureux peuples de l'Italie poussés par nous à la liberté, abandonnés ensuite à leurs oppresseurs. Bonaparte ignorait encore le passage du Rhin. Sa dépêche est amère, il accuse les généraux du Rhin avec toute son aigreur ordinaire, il faut que tout coopère à ses volontés, il est déjà à ses yeux le centre du monde.
Le gouvernement autrichien est indigné d'avoir été abandonné paria Prusse; il ne cache pas le désir d'obtenir vengeance de cet abandon, qu'il appelle une trahison.
Moreau a passé le Rhin et fait deux mille prisonniers; mais il a perdu beaucoup de monde, il a eu plusieurs généraux blessés. Son passage, effectué en présence de l'ennemi, aurait pu l'être sur des positions moins dangereuses.
Le général Hoche avance sur la haute Lahn ; l'ennemi fuit devant lui : n'est-il pas bien déplorable qu'avec de tels succès on veuille conclure une paix honteuse.
7 Floréal Carnot était à l'Opéra lorsque les préliminaires de paix ont été iin V. annoncés. Il raconte que de nombreux applaudissements ont éclaté, que les royalistes ont fait chorus avec les républicains. Le ministre Truguet, qui assistait aussi à l'Opéra, prie Carnot de se rappeler qu'au lieu de la joie qu'il croit avoir remarquée, ce sont des murmures qui ont étouffé les cris de « Vive la République! ». Carnot dit ne point s'en être aperçu.
Le ministre de la police est chargé de notifier à M. d'Arengio l'ordre de quitter le territoire de la République.
Hoche marche sur Francfort. Chacun de ses pas est marqué par